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LES COLONISATIONS DU VET NAM ET LE COLONIALISME VIETNAMIEN

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« avancées » de guerre et toute la puissance militaro-industrielle des États-Unis n'ont pu venir à bout de cette rusticité du monde rural dont le symbole est la bicyclette de la « piste Ho Chi Minh » assistée par quelques camions et quelques chars d'assaut. Les batailles d'Indochine furent des batailles de logistique et de galeries souterraines livrées par des paysans, effectifs et efficaces, sans le panache de rutilantes charges de cavalerie.

L'histoire vietnamienne a donc coulé sur l'Indochine à la manière d'une inondation, emportant les autres peuples, partout où ceux-ci occupaient un sol bas, en rizière ou que l'on pût mettre en rizière.

Contre-épreuve décisive, cette épopée ethnique s'était arrêtée au pied des contreforts du haut-pays — à l'exception de certaines pointes politiques ou militaires, comme la région de Cao Bang, vers le Nord, ou l'enclave de Plei Ku, en pays Moi. Parti du Tonkin, pour arriver jusqu'au Golfe de Siam, à près de deux mille kilomètres de là, le Viet-Nam, à l'époque relativement récente où nous nous sommes associés à son histoire, n'avait pratiquement pas entamé l'habitat des peuplades mois...

Une thèse bien connue de Pierre Gourou est qu'en pays tropical la culture du riz sous la forme de rizières inondées permet seule le développement d'une civilisation avancée, tout en le limitant. L'expansion vietnamienne répond à cette vue historique. Il faut cependant serrer de près la structure sociale du Viet-Nam, pour expliquer ainsi ses succès, car les Chams et les Khmers connaissaient eux aussi cette modalité de riziculture inondée — à telle enseigne que, dans le Sud-Annam notamment, les vainqueurs n'ont même pas remis en service tous les habiles systèmes d'irrigation des vaincus. La supériorité pratique de la société rurale vietnamienne a donc historiquement la chance de se trouver, dans les particularités internes, en harmonie avec le système social chinois, qu'elle a imité comme ses rivaux méridionaux imitaient l'Inde.

Le fait qu'enregistre l'histoire générale de l'Indochine, en regard d'accomplis­ sements culturels, artistiques — voire militaires, somme toute comparables — est en effet, une constante progression, contre ses rivaux, du système économique et social vietnamien, d'inspiration chinoise; d'où par l'intolérance foncière* de ce système à l'égard de ce qui ne lui ressemble pas, le recul ou la disparition des peuples de culture indianisante, bien doués à tant de titres, mais selon les formes sociales et spirituelles d'une autre métropole civilisa­ trice.

Quelle est donc l'originalité de cette culture sino-vietnamienne ? Elle paraît avoir emprunté à son voisin du Nord la force de vaincre ses adversaires du Sud. Mais où a-t-elle puisé celle de résister à son propre modèle, et d'en rejeter la domination politique, après des siècles d'assujettis­ sement? Dès que commence le Viet-Nam, le maître mot de ses problèmes historiques paraît justement se trouver dans cet esprit de résistance, qui associe de façon paradoxale à d'étonnantes facultés d'assimilation une irréductibilité

  • *

    Quel est ce double sens où « foncier » se rapporte à l'aspect agraire et à l'aspect fondamental?

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