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Thanh H. VUONG

nationale à l'épreuve des défaites, des démembrements et des conquêtes. Un millénaire, et plus, d'annexion pure et simple à la Chine, du IIème siècle avant J-C au Xème siècle A.D, loin d'être venu à bout de l'user, paraît l'avoir renforcée.

Ce sont les Annales chinoises qui font sortir le Viet-Nam de ses légendes et lui ouvrent une histoire.7

I - GENÈSE DU PAYS DES VIETS

Le peuplement écrit les péripéties de l'histoire. Sur les 33 millions d'habitants que comptait le Viet Nam en 1965 (à savoir 18 millions dans le Nord et 15 millions dans le Sud), près de 30 millions vivaient sur une superficie égale à 20 % de celle du territoire national et le reste de la population errait (et ce terme peut s'entendre littéralement, car la plus grande partie de cette population est semi-nomade, pratiquant la chasse, la cueillette et la culture sur brûlis) sur une étendue supérieure à 250 000km2 de plateaux et de montagnes.

Issue des Annales chinoises, cette histoire est écrite par la « longue marche » vers le Sud accomplie avec ténacité d'un petit delta à riz au suivant, jusqu'à l'ouverture de la vaste plaine du Mékong atteinte et soumise au peuplement vietnamien assimilant par la charrue et éliminant au sabre les peuplements an­ térieurs.

Malgré la très grande diversité de leurs origines raciales, les Vietnamiens constituent aujourd'hui, du point de vue ethnique et culturel, un peuple homogène, mythiquement et réellement. Toute la péninsule indochinoise semble avoir été primitivement peuplée par une population australo-indonésienne assez semblable à celle qui habite aujourd'hui la Nouvelle-Guinée. Ces aborigènes furent repoussés de plus en plus loin dans les zones montagneuses de leur pays par les envahisseurs Thaïs et Mongols venus du Nord et par les Hindous venus de l'Ouest. La migration Thaï a commencé probablement vers l'an 2 000 avant J-C et n'a pas complètement cessé8, contenue cependant sur les hauts plateaux par le peuplement vietnamien.

  • 7.

    L'ouvrage de Maurice DURAND, Miroir complet de l'Histoire du Viet, Hanoï, École Française d'Extrême-Orient, 1952, est une intéressante traduction de la correspondance diplomatique entre la Chine et le pays des Viets pendant les années 258-112 avant J-C. Dans un échange diplomatique entre une impératrice Han et le vieux Trieu Da, général chinois qui s'était fait lui-même roi et plus tard empereur du pays Viet, l'impératrice exprima le regret d'avoir à faire verser un sang valeureux de part et d'autre, uniquement parce que Da se disait aussi empereur. Ce dernier répondit qu'il avait été obligé de prendre ce titre parce que ses deux vice-rois s'étaient faits « rois ». La question fut réglée par un remarquable compromis typiquement chinois (qui n'est pas de rejeter les extrêmes et prendre ce qui reste, encore moins la recherche d'un mystérieux « juste milieu ») à travers une stratégie double: le roi vietnamien se ferait appeler empereur dans son propre pays, mais il utiliserait le titre de « roi » dans ses relations avec les autres pays. Cet incident, fondateur du Viet- Nam historique, explique peut-être les confusions des auteurs postérieurs qui désignèrent alterna­ tivement les souverains du Viet-Nam comme « rois » et comme « empereurs ». Au départ, ce ne fut qu'une banale mutinerie des commanderies chinoises aux marchés de l'empire, comme celle des colonies britanniques d'Amérique et de George Washington, officier britannique félon.

  • 8.

    Par exemple, en 1961-1962, plusieurs tribus et groupes Thaï Noirs, fuyant devant les éléments communistes du Pathet-Lao, descendirent dans la province de Sayaboury, répétant exactement la migration ancestrale qui a peuplé le Laos et les hauts plateaux du Nord-Viet-Nam.

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