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1. Introduction

Des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants ont été tués et brûlés dans la nuit du samedi 4 janvier 1998 à Meknassa, un groupe de hameaux de la wilaya de Relizane, dans l'Ouest algérien.1

Six jours plus tôt, jeudi 30 décembre 1997, dans cette même wilaya, 176 personnes à Khrouba, 113 à Sahnoun, 73 à El Abadel et 50 à Ouled Tayeb ont connu le même sort: elles ont toutes été massacrées en une seule nuit.2

La nuit qui a suivi le massacre de Meknassa, soit le jeudi le 5 janvier 1998, 29 personnes à Sidi Amar et 33 autres à Ouled Bounif ont également été massacrées. Une fois de plus, les deux villages se trouvent dans la wilaya de Relizane. 3

« L'origine de ces massacres en Algérie est un mystère » a titré Alan Sipress, correspondant à l'étranger du Detroit Free Press. « Pourquoi des militants se retourneraient-ils contre le peuple au nom duquel ils prétendent mener une révolution islamique? Pourquoi l'armée tue-t-elle ce même peuple qu'elle est censée protéger? Découvrir la vérité n'est pas chose aisée, » a ajouté Sipress, « le mystère de ces derniers massacres n'a d'égal que leur ampleur. »4

Outre la compassion exprimée pour les victimes et la condamnation des auteurs toujours non identifiés, les massacres ont suscité tant au plan national qu'international des interrogations et l'exigence d'une enquête. Articles et reportages sur les tueries foisonnent de théories concurrentes sur l'identité des auteurs et leurs mobiles.

La plupart des articles et reportages ont comparé leurs intentions putatives avec les détails des massacres pris individuellement pour tester ou affirmer leur vérité. Ainsi, les témoignages, les apparences qu’auraient les assaillants, la proximité passive des forces de sécurité ainsi que les liens de parenté des victimes d'un massacre donné ont tous été invoqués comme preuve d'appui. En fait, on peut dire que plusieurs de ces explications ont été formulées pour rendre compte de ces détails.

Le présent article se propose d'éclairer la question des responsabilités au regard des massacres. Toutefois, son but n'est pas de découvrir toute la vérité. A défaut d'une enquête internationale par des experts, une telle prétention serait déplacée. Il vise cependant à contribuer à la vérité en passant en revue les explications alternatives avancées jusqu'ici, en analysant leurs contenus explicatifs et en circonscrivant leurs limites.

La littérature consultée a permis de dégager cinq groupes de thèses sur les motifs de ces atrocités. Aussi, ces massacres sont-ils considérés comme (1) une campagne punitive islamiste, (2) une tactique contre-insurrectionnelle de l'armée, (3) un instrument dans les hostilités des clans au sein de l'armée, (4) une tactique d'expulsion des populations pour la privatisation des terres et (5) un règlement de comptes familiaux ou tribaux. L'examen de cette littérature est par conséquent synthétisé et exposé sur la base de cette classification par mobile. La classification par mobile inféré, et non pas par auteur présumé, permet une meilleure intelligibilité et une plus grande concision car le conflit n'oppose pas de manière simpliste un régime militaire homogène à une insurrection islamiste monolithique.

Pour analyser les forces et les limites explicatives de ces intentions criminelles putatives, le présent article emploie une approche distincte de la comparaison usuelle des théories avec les détails rapportés sur les massacres pris individuellement. Il se propose de tester ces hypothèses par rapport aux caractéristiques globales qui émergent de l’observation de l’ensemble des massacres. Ces caractéristiques ont été obtenues dans la récente étude conduite par Aït-Larbi et coll. qui ont élaboré des macro-indicateurs de victimisationA en intégrant les données des différents massacres

A

Terme courant dans les études et les journaux de victimologie, il désigne l’action de victimiser.

© 1999-2010 Institut Hoggar

www.hoggar.org

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