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3.1. Les massacres comme campagne islamiste de représailles

C'est la thèse qui a été la plus médiatisée. Elle a été proposée sous différentes formes que l'on peut classer grosso modo en deux catégories.

La première rend compte des massacres en imputant aux insurgés islamistes la punition comme mobile psychologique. Ainsi, le général-président Zéroual explique que les massacres sont la preuve d'un échec des « groupes criminels », qui « face à cet échec […] déversent aujourd’hui toute leur haine et commettent des actes criminels contre des citoyens innocents ».21 Le premier ministre, Ahmed Ouyahia, qualifie sans cesse les massacres « d'actes de désespoir » de « criminels, de traîtres et de mercenaires » motivés par « la vengeance sur une population restée debout face au terrorisme ».22 Le ministre de la coopération, Lahcen Moussaoui, qualifie les massacres de « dernier spasme de la bête enragée »,23 tandis que les communiqués de Mostefa Benmansour, ministre de l'Intérieur, ont fait régulièrement état d’« actes sauvages » procédant d’« une revanche haineuse contre le peuple algérien qui résiste héroïquement à la tentative de détruire sa patrie ».24 L'ancien ministre, Leila Aslaoui parle également de « logique de désespoir »:

Les islamistes ont perdu politiquement et militairement. C’est pour cela qu’ils se retournent contre leur peuple qui, un temps, les a soutenus mais ne les soutient plus aujourd’hui.25

Les éditoriaux de la presse dite « indépendante » soulignent comme d'habitude « le nihilisme des groupes armés qui ont réalisé leur échec et leur isolement dans la société ».26

Dans les versions alternatives de la thèse des représailles islamistes, les explications soulignent et imputent la punition en tant qu’intention instrumentaliste en ce sens que les insurgés perpètreraient des massacres pour altérer le comportement politique des populations ciblées et non pour dégorger un « désespoir outré » comme l’avance la thèse exposée plus haut. En d’autres termes, il y s’agirait d’une violence instrumentale et non expressive. On peut distinguer quatre sous-types d'hypothèses selon la nature de l’intention imputée et l’échelle correspondante des populations ciblées.

Dans le premier type, on soutient que les massacres font partie d’une politique de terreur menée par les insurgés pour empêcher leur base sociale de « faire défection en rendant le retournement de veste très coûteux ».27 Ce type d'explication présuppose que la population – qui avait autrefois soutenu les insurgés en leur fournissant argent, vivres, abri et renseignements — aurait peu à peu diminué ou retiré ce soutien, leur serait devenu hostile ou aurait transféré son allégeance au régime militaire.

Dans la seconde variante, on suggère que, en réponse à la stratégie du régime militaire de contraindre la population civile à s'armer, les insurgés perpètrent les massacres pour dissuader la population de se transformer en milice paramilitaire. L'objectif, affirme Adler, est de « reprendre en mains [les] paysans terrorisés, briser dans l’œuf les ralliements qui s’effectuaient, casser les premières milices d’autodéfense timidement mises en places ».28 Bien que ne le reconnaissant pas explicitement, cette hypothèse tente de rendre compte seulement d'une partie limitée de la population ciblée, à savoir les familles des miliciens.

La troisième forme propose que les insurgés perpètrent des massacres contre les familles des miliciens en représailles contre les massacres commis par les milices paramilitaires (contre leurs propres familles et celles de leurs sympathisants). Certains commentateurs ont parlé de d’« engrenage exactions-représailles-exactions, notamment entre islamistes et milices armées par le pouvoir ».29 Ce point de vue est une thèse hybride imputant la victimisation des familles des miliciens aux insurgés, et la victimisation de la base sociale des insurgés aux milices.

Dans le quatrième type d’hypothèses, on avance que les massacres sont le résultat de « guerre intestine entre les rebelles ».30 Cette thèse est destinée à expliquer uniquement les violences subies

© 1999-2010 Institut Hoggar

www.hoggar.org

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