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par la base sociale des insurgés. Ses promoteurs n'ont jamais identifié ceux qui de l'AIS, de la LIDD et du FIDA se livrent à des luttes intestines, ni expliqué pourquoi/comment celles-ci auraient débouché sur des massacres.

Les seuls conjectures qui précisent l'identité des protagonistes de ces luttes intestines partent du principe que le GIA est une force insurgée. Ainsi, Stora affirme que « le GIA semble punir les civils sans défense » dans les zones sous le contrôle de son rival – l’AIS qui est en cessez-le-feu unilateral depuis le 1 octobre 1997 – et cherche à « saboter un accord éventuel entre le FIS et le régime ».31

Cependant, il n'est pas évident que le GIA est une force insurrectionnelle. Les preuves du contraire sont irrésistibles.32 Si on considère que le GIA est une force de contre-guérilla commandée par la DRS, la victimisation des familles des membres de l'AIS, de la LIDD et du FIDA devrait être traitée dans la thèse soutenant que les massacres font partie d’une stratégie de contre-mobilisation, hypothèse que nous discuterons dans la section suivante.

Ce compte rendu a porté essentiellement sur l’intention punitive, qu'elle soit psychologique ou instrumentaliste, du fait de sa large médiatisation. D'autres motifs ont toutefois été attribués aux insurgés islamistes. Malek, ancien premier-ministre, maintenant chef de l'Alliance Nationale Républicaine (ANR), explique que:

Le Ramadan, mois sacré, est choisi par le terrorisme intégriste pour mener ses actions les plus meurtrières considérées comme une offrande à Dieu. L’égorgement est considéré comme un acte pieux. Des victimes tuées par balle sont, de plus, égorgées, ce qui donne à cet acte barbare une signification rituelle.33

Khelladi suggère que le mouvement islamique algérien a adopté un nouvel islamisme qui :

Cherchera moins à abattre un Etat qu’à purifier son âme. En donnant la mort. C’est le djihad expiatoire ; le rituel du sang, le corps souillé qu’on égorge et mutile, sur lequel on s’acharne. La rédemption impossible que la violence libérée atteste […] La violence que mettent en scène les djamaâtes islamiques est délibérément primitive, barbare, « irrationnelle ». Elle ne tue pas, elle montre, elle exhibe, elle prouve […] : cadavres mutilés, vieillards et femmes abattus, policier assassiné par son frère, etc.34

Gallissot propose toutefois une autre version du mobile purificatoire. Il avance que les islamistes, qu'il appelle les « dépossédés contre l’Occident », tuent pour « purifier la communauté islamique » de l’Autre occidental, dont l’Etat national qui, selon lui, n’a pas encore été « indigénisé ».35 Il appelle ceci la « purification communautaire ».36

Cherif, chef du parti communiste rebaptisé Mouvement Démocratique Social (MDS), estime lui aussi que les massacres ont pour motif « une purification morale et religieuse », tandis que, comme intention instrumentaliste, il affirme qu'ils sont perpétrés pour « faire la démonstration de l’incapacité du pouvoir, faire peser sur lui la pression internationale ».37 Messaoudi, membre du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD), affirme à propos des insurgés islamistes :

Ils veulent massacrer de la façon la plus barbare. Leur but est clair : semer la panique dans la population, la conduire à fuir, à déferler sur Alger afin de faire imploser la capitale. Le FIS vise à imposer un chaos afin de prendre le pouvoir, tout le pouvoir.38

3.2. Les massacres comme stratégie contre-insurrectionnelle

A l'exception de l'unique mention faite par l'hebdomadaire britannique The Observer,39 cette thèse n'a pas jamais été exposée dans les médias francophones ou anglophones. Nous l'aborderons par conséquent en détail.

© 1999-2010 Institut Hoggar

www.hoggar.org

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