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de la torture, des exécutions extrajudiciaires et des disparitions.55 Certains membres du FIS et militants des droits de l'homme en Algérie affirment que le retournement dans le comportement politique d’une partie des populations urbaines ainsi que leur contre-organisation ont été provoqués par les actes de terreur, le plus souvent par les attentats aveugles à la bombe, notamment dans les mois précédant les élections qui eurent lieu en 1995, 1996 et 1997. 56

3.2.3. Les massacres en zones suburbaines et rurales

Le second type d'hypothèses invoquant la stratégie COIN comme intention explicative est spécifique aux massacres commis dans les zones suburbaines et rurales comme dans le sud-ouest d'Alger et dans les wilayas de Blida, Médéa, Aïn Defla, Tipaza et Tiaret, champs d'une importante activité de guérilla. Là aussi, on suggère que les campagnes de massacres ont pour but de contre- organiser les population-cibles en forces paramilitaires irrégulières. Ainsi que l'exprime José Garçon:

L’armement des civils est une décision stratégique du régime qui a marqué un changement majeur dans la lutte anti-islamiste que menaient, jusqu’en 1994, les unités de l’armée. Conscient de l’insuffisance des effectifs militaires (150 000 à 160 000 hommes) pour quadriller un immense territoire et voulant éviter le « sale travail » à l’armée, le pouvoir avait fait de l’armement des civils une priorité. Au point qu’une question revenait comme un leitmotiv lors de certains massacres dans des villages qui refusaient de s’armer et qui s’y sont résolus après : ne s’agissait-il pas de forcer leurs habitants à prendre les armes après avoir suscité chez eux ce qu’un expert appelle « un besoin de sécurité, donc d’Etat, donc de milices » ?57

Hormis les objectifs de soulager les forces régulières sur-sollicitées, d'en limiter les pertes ainsi que de dissimuler ou éluder, à travers des forces irrégulières auxiliaires, la responsabilité de l'Etat dans des actes illégaux, cette « privatisation de la guerre » sert à produire des ressources

répressives peu coûteuses.58 affirme:

Dans son analyse sur l'armement des populations civiles Ighilès

La seule politique que notre junte maîtrise c’est celle de la peur et de la manipulation. Elle fabrique de la terreur à grande échelle puis l’impute à ses opposants discrédités pour se légitimer en rempart ultime contre la peur collective, une peur qu’elle instigue subrepticement. Le seul programme de développement social que possède notre hiérarchie d’officiers estropiés moralement et intellectuellement est l’amplification et l’exploitation des divisions au sein des segments les plus démunis et les plus vulnérables de notre société. Dans les esprits tordus de ces officiers, le développement social c’est transférer leur conflit avec l’opposition armée en une guerre sociale intestine où nos communautés les plus pauvres sont divisées, tournées en réseaux d’espionnage de masse, et où elles tuent et se font tuer sans savoir pourquoi. La propagande nomme ces milices « groupes de légitime défense », « patriotes » et « l’Algérie debout ». Mais ces groupes de milices ne sont-ils pas fait du même matériau social dont sont fait leurs opposants armés ?

« L’Algérie debout » ne peut donc avoir qu’un, et un seul, sens : une Algérie dont le tissu social complexe est morcelé et nivelé afin qu’il soit plus facilement patrouillé ; une Algérie ou les interactions sociales organiques sont désintégrées et réduites à des réactions d’individus isolés, non-différenciés et juxtaposés dans leur soumission terrifiée à la junte.59

L’observation, faite par Garçon et Ighilès, que le pouvoir en place produit secrètement des besoins sécuritaires chez certaines populations-cibles pour ensuite les enrôler dans ses organisations paramilitaires semble plausible mais manque de contenu explicatif.

En revanche, un schéma explicatif détaillé a été exposé par Amer qui propose que le régime se sert des massacres comme « aiguillon pour contre-organiser les masses ».60 Amer affirme:

Les massacres semblent des explosions irréfléchies et aveugles de brutalité sadique et nihiliste. Ils sont en fait des instrument COIN précis pour produire des effets politiques déterminés. On les dénomme « opérations spéciales » au département des opérations psychologiques de la DRS [sécurité militaire] et dans les cours de guerre anti-guérilla non-conventionnelle enseignés à l’École d’application des troupes spéciales de Biskra et à l’Académie militaire de Cherchell. Les massacres sont perpétrés par deux corps. Le GIA : une force irrégulière déguisée en rebelles islamistes qui pratique la tactique guérilla pour combattre les vrais rebelles et qui est

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