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commandé par la DRS. Les escadrons de la mort secrets qui comprennent, entre autres, des membres des milices dites « patriotes » et dont la gestion opérationnelle relève de la Gendarmerie Nationale.61

Le compte rendu de Amer sur la « génération multiplicative des milices par les massacres » implique plusieurs phases et semble faire fortement usage d'une analogie biologique (pathogenèse). Le diagramme dans la figure 1 est une traduction abrégée de ces phases dans son schéma explicatif. Selon Amer, l’aiguillonnage d'une population-cible donnée commence par un massacre commis par le GIA:

Tout massacre par le GIA agit comme un mécanisme le « cheval de Troie ». Le GIA interrompt la défense de la population hôte et, par l’application massive de la terreur, la fragmente en groupes et en individus polarisés, isolés et très vulnérables, qui deviennent ainsi prêts à être retournés et recombinés, par la propagande et l’organisation, en unités de milices. L’usage d’assaillants camouflés en guérilleros musulmans a des impacts précis sur les populations ciblés, souvent les familles et les sympathisants des rebelles. La réaction psycho- politique du groupe d’identification avec les victimes comprend la terreur, la confusion, la désillusion et la suspicion à l’égard les guérilleros ainsi que la dissension. Des transitions de loyauté s’amorcent. Quant à la population neutre dans son ensemble, la réaction est la peur extrême, la condamnation des rebelles, l’hostilité envers eux, ainsi que des sentiments d’insécurité et d’isolement aigus.62

Ces deux processus sont indiqués sur la figure par les termes « massacre » et « fragmentation du tissu social ». Quant aux trois étapes (3, 4 et 5 dans le diagramme), Amer suggère:

Ces transitions de loyauté sont ensuite consolidées par une propagande aux niveaux national et local enfonçant cinq notions clés dans les esprits : a) incriminations des « terroristes islamistes », b) incapacité des guérilleros à protéger leurs familles et leurs sympathisants, c) blâme des victimes comme méritant leur sort du fait de leurs allégeances politiques erronées d’autrefois, d) besoin de s’armer pour assurer sa propre sécurité contre le terrorisme, e) disponibilité des autorités à pourvoir aux besoins de sécurisation par l’armement et l’entraînement au sein des milices de légitime défense. L’étape suivante est la recombinaison et le déploiement. Elle implique l’incorporation, l’armement et l’entraînement de « volontaires » passés préalablement au crible, leur paiement pour leurs services, leur allocation de privilèges sociaux (emplois garantis, transport gratuit, santé, activités sociales etc.) et d’un badge d’autorité ou d’un uniforme pour accroître leur prestige.63

D'après Amer, ce processus serait assimilable au mécanisme d’allumage du cycle reproductif qui réduit la base sociale des rebelles islamistes et alimente les contre-organisations armées du régime. La seconde moitié du « cycle de prolifération » (le demi-cercle inférieur dans le diagramme) est une récurrence du processus sus-décrit sauf que cette fois-ci les auteurs des massacres comprennent des « unités sélectionnées à partir des milices elles-mêmes que les massacres ont induites ». 64

Les milices dites Patriotes différent de celles dites Groupes de Légitime Défense (GLD) par le profil de leurs membres et la nature de leurs opérations. Ces dernières ne comprennent essentiellement que des villageois apeurés et des paysans entraînés pour faire de la défense territoriale et des tâches de surveillance. Mais les milices dites Patriotes incorporent des volontaires ayant perdu un parent tué par les guérilleros musulmans, des repris de justice, et des « terroristes repentis » (des rebelles qui se sont rendus ou qui ont été capturés et retournés). Elles peuvent aussi inclure des miliciens présélectionnés des GLD, en particulier des jeunes dont les familles ont été massacrées dans des opérations spéciales du GIA et qui sont résolus à se venger. Certaines unités de ces milices sont commandées par des anciens moudjahidine. Sur le plan opérationnel, elles ont des forces mobiles qui font de l’offensive territoriale, c’est-à-dire traquer la guérilla islamiste locale et son infrastructure et les détruire, ainsi que de la subversion. Certains escadrons de la mort secrets des milices dites Patriotes opèrent aussi comme le GIA. La DRS les emploie pour exécuter des massacres dans des régions hors de leurs zones d’opérations déclarées pour aiguillonner d’autres population-cibles vers le bouclier armé toujours croissant qui protège le régime.65

Ceci vient achever un cycle reproductif dans la « génération multiplicative des milices par les massacres » et, selon ce schéma explicatif, fait de la formation de milices un « processus qui se perpétue et prolifère ». 66

© 1999-2010 Institut Hoggar

www.hoggar.org

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