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3.2.4. Les massacres dans les zones rurales sous-peuplées

Ce troisième type de conjectures expliquant les massacres comme des opérations COIN se concentre sur les massacres perpétrés dans les zones rurales sous-peuplées, comme c'est le cas des monts de l'Ouarsenis, dans l'Ouest algérien, par exemple.

On suggère ici que les massacres visent à déloger et à disperser les villageois des régions isolées, sous contrôle de la guérilla islamiste, afin qu’ils affluent et se regroupent dans de grands villages plus facilement dominés par l'armée ou dans des villes où ils peuvent être constamment contrôlés. Ce cas de figure diffère des tueries qui affectent les zones rurales peuplées en ce sens que, dans ce dernier cas, le retournement des allégeances politiques est recherché sans déplacer la population-cible.

Sweeney accuse les généraux d'avoir perpétré les massacres et, citant des officiers de renseignement et des soldats en exil, explique qu'ils « avaient appliqué leur propre version de ce que les Britanniques en Malaisie et les Américains au Vietnam appelaient le ‘‘programme des hameaux stratégiques’’ ».67 Il argue que les massacres ne sont perpétrés que si les villageois ne répondent pas aux injonctions verbales d'évacuer le village ou de prendre les armes « pour se défendre ».68 Mari corrobore cela en particulier dans le cas où les villageois d'une région isolée (Aïn Sour, dans la wilaya de Aïn Defla) n'avaient pas réagi aux mises en garde punitives et aux privations comme le retrait du logement public, la fermeture de l'école, de l'infirmerie etc. 69

Amer suggère que « l'évacuation » et la relocalisation des villageois sont destinées à servir plusieurs objectifs COIN. Il soutient que:

[Ceci] prive les guérilleros des ressources matérielles et humaines et des renseignements fournis par les villageois. Cet isolement facilite la traque des guérilleros et la reconquête territoriale des zones éloignées d’où le régime s’était retiré tactiquement dans les phases initiales de la guerre. La disjonction physique et politique des guérilleros musulmans des villageois détruit les « hiérarchies parallèles » au sein de la population et les empêche de se régénérer. Le regroupement des villageois en exode dans de grands hameaux, contrôlés par des milices de hameau, ou dans des villes ou des cités simplifie leur contrôle et les actions psychologiques pour les influencer et les contre-organiser, en particulier grâce à des avantages sociaux et économiques.70

Dans un article intitulé La reconquête du terrain perdu, le quotidien El Watan, journal largement considéré en Algérie comme une agence de presse de la DRS, fait un exposé qui semble soutenir la thèse avancée par Amer.71 On peut l’interpréter comme une approbation à peine voilée de « l'exode de la population victime du terrorisme »:

Le monde rural, conservateur par nature, a été un terreau à l’islamisme rampant qui se présentait comme l’alternative à un FLN rentier, incompétent et décadent. Ce n’est pas un hasard si des villages socialistes, censés être théoriquement à l’avant-garde de la paysannerie, basculèrent entre les mains du parti dissous.

[…] La thèse de Louisa Hanoune, amplifiée en France, qui dit que c’est l’État « éradicateur » qui chasse les paysans de leurs terres, est dangereuse et insidieuse car elle blanchit le terrorisme de tous ses méfaits. S’il est encore très tôt, dans certaines régions, de parler de réoccupation de l’espace, il y a urgence d’ores et déjà de penser à l’après-terrorisme pour les zones situées dans l’arrière-pays et qui retrouvent la tranquillité et la paix. Là tout est à revoir : réfection des pistes, gaz, eau potable, logement social, emploi, promotion de la femme, etc. Mais peut-on appliquer un tel programme avec un sous-encadrement dans les communes, le plus souvent enclavées ?

L’État doit récupérer son dû et ce qu’il a perdu. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Ça, au moins, on le sait.72

3.3. Les massacres comme instrument dans la guerre des clans de l'armée

Cette thèse a été évoquée, notamment au plus fort des massacres commis en 1994, 1997 et 1998, mais son traitement a été superficiel. Nous tenterons de l’examiner ici en détail.

© 1999-2010 Institut Hoggar

www.hoggar.org

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