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L'hypothèse fondamentale est que les massacres sont instigués par la faction « éradicatrice » de l'armée dans le but de saper le pouvoir et les initiatives politique de ses rivaux de la faction « réconciliatrice » afin de dominer l'institution militaire et l'ensemble du système politique.

Cette hypothèse a été suggérée comme explication de certaines vagues de massacres en 1994, 1997 et 1998 mais pas de tous les massacres. Notons également que cette intention présumée n'exclut pas nécessairement l'intention de la stratégie COIN. En fait, l'une et l'autre peuvent être concomitantes en ce sens que différents corps et/ou officiers (groupes ou individus) de l'armée auraient des objectifs claniques ou privés – par opposition à des objectifs institutionnels – dans l’exécution de la stratégie de guerre COIN.

La forme typique dans laquelle cette explication a été soutenue comporte deux séquences d’argumentation. Dans la première séquence, une sorte d'identification de la nature des clans putatifs est donnée. Dans la seconde, il s’agit de divers comptes rendus tentant de lier les massacres à certains états de conflit entre les clans en question.

Nous passons en revue cette explication en employant la même structure d’argumentation. La section 3.3.1 s’attache à identifier la configuration des failles qui divisent les clans. La section 3.3.2 discute des principes qui régulent les interactions entre les clans et, après avoir passé en revue les problèmes essentiels qui les précipitent dans des états de conflit, elle tente d'expliquer comment les massacres résultent de tels états.

3.3.1. La structure clanique de l'armée

L'armée algérienne est une armée de nature prétorienne.73 d'une armée professionnelle par les traits suivants:

En d'autres termes, elle se distingue

  • a)

    normes professionnelles de faible niveau;74

  • b)

    loyauté surtout envers l'institution militaire plutôt que l'Etat ou la nation;75

  • c)

    disposition constante à intervenir par la force dans le système politique. Il y a eu, par exemple, quatre coups d'Etat (septembre 1962, juin 1965, janvier 1992 et septembre 1998), deux tentatives de coup d'Etat (décembre 1967 et septembre 1997) et l'assassinat d'un président civil en juin 1992 par la DRS;76

  • d)

    règne sur un système politique en décomposition et dont les frontières civiles-militaires sont considérablement fragmentées (en 34 ans et 6 mois d'indépendance, de juin 1962 à décembre 1998, l'armée a régné 31 ans – 13 ans sous le colonel Boumediene, 13 ans sous le colonel Chadli et 5 ans sous le général Zéroual – et il n’y a eu que 3 ans et 6 mois de régime civil – 3 ans sous Ben Bella et 6 mois sous Boudiaf);77

  • e)

    une faible cohésion.

A ce propos, Lahouari Addi note que:

Si la hiérarchie militaire exerce la souveraineté et se pose en détentrice de l'autorité suprême, réduisant le conseil des ministres à un exécutif chargé de la gestion de l'administration, elle n'est pas pour autant un ensemble homogène. L'armée se compose de plusieurs structures qui, tout en dépendant formellement de l'état-major, jouissent néanmoins d'une certaine autonomie : ainsi de la gendarmerie nationale, de la sécurité militaire ou encore des différentes régions militaires. Les officiers placés à leur tête organisent, parmi leurs pairs et subordonnés, des réseaux de fidélité qui accroissent leur indépendance à l'égard des instances dirigeantes. La puissance publique – dont l'armée et la gendarmerie représentent en principe les bras séculiers

  • se voit ainsi court-circuitée par une logique extérieure à la hiérarchie officielle des pouvoirs. Cette

mécanique conflictuelle, qui n'apparaît pas aux yeux du profane en période normale, éclate au grand jour en temps de crise.78

© 1999-2010 Institut Hoggar

www.hoggar.org

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