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Cette dernière décennie, il y a eu une émergence de beaucoup de données indiquant que la structure clanique de l'armée algérienne consiste en des groupes amorphes d'officiers qui se coalisent en deux principaux clans, souvent désignés par les termes, entre autres, de « clan réconciliateur » et de « clan éradicateur ».

Le « clan réconciliateur » a été désigné par plusieurs termes : « les réconciliateurs », la « faction modérée », le « clan de la présidence », le « clan Zéroual-Betchine » et le « clan militaire comme gouvernement ». Parmi les généraux affiliés à ce clan il y aurait Liamine Zéroual, Mohamed Betchine, Tayeb Derradji, Kamel Abderahmane, Abderahmane Cherif, Hassan Bendjalti, Mohamed Benhadid, Salah Gaid, Chabane Ghodbane et Rabah Boughaba.79 La dénotation de « réconciliateur » suggère que les membres de ce clan sont partisans d'un interventionnisme moindre de l'armée, d'un règlement politique négocié et d'une transition vers une forme de gouvernement plus inclusive qui intégrerait le FIS d’une manière ou d’une autre.

La référence au « clan éradicateur » s’est faite également par diverses désignations : les « éradicateurs », la « faction dure », le « clan de l'Etat-major », le « clan Lamari-Mediène » et le « clan de l'armée comme institution ». Les généraux qui seraient affiliés à ce clan sont Mohamed Lamari, Mohamed Mediène, Fodhil Cherif, Said Bey, Zoubir Ghedaidia, Mohamed Benslimane, Ahmed Sanhadji, Ahmed Djenouhat, Abdelhamid Djouadi et les généraux, en retraite mais encore influents, comme Larbi Belkheir, Khaled Nezzar, Abdelmalek Guenaizia, Mohamed Touati et Abbas Ghezail.80 Le terme « éradicateur » suggère que ce clan vise la pérennisation du règne militaire, le règlement exclusivement militaire du conflit et l'éradication politique et physique du FIS.

Bien que ce modèle « biclanique » rende compte de l'existence d'une ligne de faille importante entre ces deux clans, la distinction « éradicateurs »-« réconciliateurs » est trompeuse. Il a été relevé que les généraux dits « réconciliateurs » – Rabah Boughaba, Mohamed Betchine et Kamel Abderahmane – ont exécuté des opérations répressives d'une grande brutalité contre des civils. Il existe un scepticisme quant à l'intérêt de ce clan pour le dialogue authentique, l'inclusion et la démocratie, exceptés comme expédients dans sa bataille pour la domination de l'institution militaire et du système politique. De même, on a relevé que les militaires « éradicateurs » adoptent et vassalisent des alliés civils, allant même jusqu'à intégrer le parti islamiste du MSP dans ce processus, en guise d'instrument tactique dans leur rivalité avec leurs concurrents militaires. 81

En d'autres termes, la distinction « éradicateurs »-« réconciliateurs » est inadéquate parce qu'elle situe la genèse des clans (et les lignes de faille entre eux) uniquement autour de la contestation au sujet de la transition vers un système démocratique incluant le FIS. Cette distinction masque l'existence des clans ainsi que l'histoire de leur rivalité pour dominer l'institution militaire et le système politique avant la question de la transition.

La formation de ces clans remonte à la guerre de libération qui a été une expérience de carrière commune qui a induit et cimenté un des principaux jeux de liens centripètes rassemblant chaque regroupement d'officiers. On peut considérer le clan « réconciliateur » comme le successeur factionnel du clan des combattants de l'ALN intérieure alors que le clan « éradicateur » peut-être interprété comme le successeur factionnel du clan des corps d'officiers professionnels de l'ALN extérieure et des ex-officiers de l'armée française.82 La bataille actuelle entre les deux clans pour la domination de l'institution militaire et du système politique est une répétition frappante des conflits qui ont mis aux prises les officiers de l'ALN de l'intérieur (les wilayistes), d'une part, et le bloc de l'ALN de l'extérieur et des ex-officiers de l'armée française, d’autre part.83 Le type de liaison héritée de la guerre de libération n’épuise cependant pas les ensembles d’attaches (verticales et horizontales) qui coalisent chacun des clans (et qui les séparent).

En terme de liens verticaux, chaque clan possède, bien sûr, son réseau fondamental de liens patron-client. Concernant la structure de l'armée, les données publiques indiquent que les « éradicateurs » contrôlent l'état-major de l'armée (Mohamed Lamari), la DRS (Mohamed

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