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Mediène et Smain Lamari), les Forces spéciales (Fodhil Cherif) et l'armée de l'air (Benslimane puis Aouadi).84 Jusqu'en septembre 1998, les « réconciliateurs » ont dominé la présidence (Liamine Zéroual), le cabinet militaire (Mohamed Betchine), le secrétariat général du ministère de la défense (Mohamed Ghenime), la Gendarmerie Nationale (Tayeb Derradji) et la Marine (Chabane Ghodbane). Comme il ressort des données sur les origines régionales des officiers « visibles », le clan « réconciliateur » semble regrouper plus de membres chaouis et moins de membres kabyles que le clan « éradicateur ».85 On ne sait pas grand chose sur les liens familiaux en tant qu'attaches claniques. Les « réconciliateurs » ont été qualifiés de nationalistes et de conservateurs tandis que les « éradicateurs » ont été associés à la laïcité et au libéralisme. Cependant les pratiques antérieures des chefs des deux clans indiquent qu'ils ne sont attachés à aucune idéologie en particulier, qu'ils considèrent comme un obstacle à leur capacité d'attirer des clients militaires et civils. Leur seul engagement idéologique est envers une orientation prétorienne.

La rue algérienne perçoit la rivalité factionnelle comme opposant hizb frança (le clan de la France) et hizb essarqa (le clan du vol), et non pas les « éradicateurs » et les « réconciliateurs ». La France est le patron militaire et politique du clan « éradicateur » (Lamari-Mediène) dominé en grande partie par des ex-officiers de l'armée coloniale française et des officiers formés en France.86 Le clan « réconciliateur » (Zéroual-Betchine) a agit comme client politique des Etats- Unis.87 On ne sait pas grand chose sur les facteurs générationnels et les intérêts de grade en tant qu’attaches horizontales dans les structures des deux clans. Il convient aussi de distinguer ces clans selon la nature des appareils de l'Etat, générateurs de rente, dont s'est emparé chaque groupe de généraux pour s'en approprier les ressources pour lui-même et sa clientèle. 88

Après avoir expliqué les limites des distinctions établies, nous recourrons cependant aux termes d'éradicateurs et de réconciliateurs (sans guillemets), distinctions actuellement employées, à des fins de simplicité.

3.3.2. Le conflit clanique au sein de l'armée

Le mode normal d'interaction entre les deux clans n'est pas le conflit. Il n'est pas la coopération non plus, contrairement au cas singulier du coup d'Etat militaire de janvier 1992, une affaire hybride bricolée pour prévenir ce qu'ils percevaient comme menace commune grave. 89

Le mode régulier d'interaction entre ces deux clans a été décrit comme un équilibre de nature « délicate » ou « instable ».90 Abdennour Ali-Yahia voit « l'équilibre interne précaire » du système militaire algérien comme le résultat d'une règle prévenant la concentration du pouvoir aux mains d'un seul clan, une sorte de loi régulatrice de l'anarchie: « les clans de l’armée sont d’accord pour garder ensemble le pouvoir mais pas au profit d’un homme ou d’un clan dominant, qui risquerait d’éliminer les autres ou de minimiser leur rôle. »91

Cet équilibre est régulé par des mécanismes tels que les réunions et les procédures communes de prise de décision. Addi affirme qu’ :

Aux moments cruciaux, les officiers supérieurs se réunissent en « conclave » pour parvenir à un compromis les engageant tous. C'est ainsi qu'a été décidée l'annulation des élections [législatives] de décembre 1991 ou la désignation de M. Liamine Zéroual comme candidat à la présidence. Informelles, ces réunions ne sont pas annoncées par la presse. Et pour cause : elles ne sont pas prévues par la Constitution […] Vu l'importance des décisions qu'elle est amenée à prendre, cette assemblée informelle s'érige en fait en organe souverain.92

Le premier des innombrables conclaves a eu lieu en décembre 1978, après la mort du colonel Boumediene, pour désigner conjointement le colonel Chadli comme président. Le suivant a été tenu en décembre 1986 pour arbitrer un conflit opposant Chadli au chef d'état-major, le général Mustapha Belloucif. Le troisième, tenu en octobre 1988, a vu la décision commune de décréter l'état d'urgence. Un mois plus tard, le conclave s’est réuni de nouveau et a approuvé la nomination de Chadli pour un troisième mandat présidentiel. En mai 1991, une autre réunion

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