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stratège, jouissant de liens puissants dans la DRS, aille saper irrémédiablement leur domination et renforcer leur rival.102 D'aucuns rapportent l'hostilité marquée entre lui et le général éradicateur Smain Lamari, chef de la DRE. 103

Le général Mohamed Boutighane est un autre haut-gradé victime de meurtre éradicateur. Il était second aux commandes de la Marine, proche de Zéroual et de Benhadid, et farouchement opposé au général Mohamed Lamari, à cause, dit-on, « des méthodes inhumaines utilisées par ce dernier dans la lutte anti-terroriste ».104 Boutighane sera assassiné le 27 novembre 1995.105 Le commandant major Cherchali, officier aux renseignements militaires affilié au clan réconciliateur, et proche du général Betchine, travaillait à la DRE, sous le commandement de l'éradicateur Smain Lamari, au moment de son assassinat le 24 juin 1998. 106

Quant à Zéroual, on rapporte qu'il a été l'objet de deux tentatives d'assassinat, l'une en décembre 1996, l'autre en janvier 1997.107 Le général Tayeb Derradji, formé dans les académies militaires arabes, et si proche de Zéroual que ce dernier lui a proposé la présidence à sa place en 1994, a échappé lui aussi à deux tentatives d'assassinat – la première dans la dernière semaine d'octobre 1994 alors qu'il était à Paris,108 la seconde le 26 mai 1999 à Alger.109 Aucune victime parmi les hauts gradés du clan éradicateur n'a été rapportée mais il y a eu une tentative d'assassinat de Khaled Nezzar qui a échappé le 13 février 1993 à un attentat à la bombe télécommandée. 110

L'assassinat du président Boudiaf, entre autre à cause des enquêtes sur la corruption qu’il avait ordonné, a été tramé par le général éradicateur Smain Lamari mais elle avait le soutien tacite des officiers des deux clans.111 La mort du général Mohamed Touahri et du colonel Hachemi Touabih – déclarés victimes d'un accident d'hélicoptère survenu à Bechar, en février 1998 – aurait résulté de querelles claniques intestines mais d'autres rapportent que la cause de leur assassinat est leur travail pour le Mouvement Algérien des Officiers Libres (MAOL). 112

3.3.2c. Coups d'Etat et tentatives de coup

La rivalité entre les clans de l'armée algérienne peut s'exacerber pour passer des fratricides isolés aux tentatives de coup d'Etat et aux hostilités armées. Il y a eu une tentative de coup d'Etat en 1997 et un coup d'Etat réussi en 1998, l'un et l'autre perpétrés par les éradicateurs contre leurs rivaux réconciliateurs.

Le mois de septembre 1997 a vu les massacres les plus horribles de la guerre, la tenue d'un conclave et la préparation d'un coup d'Etat militaire, dirigé par l'éradicateur Lamari, qui sera déjoué par les Etats-Unis.113 Des rumeurs très répandues et certains hommes politiques (en confidence) ont parlé de Zéroual en fuite vers l'ambassade étasunienne et des menaces étasuniennes à l'encontre du chef d'état-major Lamari. Cependant, le seul indicateur visible d'une crise a été l'inhabituelle déclaration de soutien de l'ambassadeur US Ronald Neumann à Zéroual.114 Zemmouri observe :

L'ambassadeur des Etats-Unis, Ronald Neumann, diplomate discret et pragmatique, peut se targuer d'avoir bouclé ses trois ans de mission en Algérie en apothéose en évitant in extremis à l'Algérie de basculer dans un nouveau coup d'Etat. Prévenu par des informateurs inquiets des va-et-vient fébriles et inhabituels entre le siège du ministère de la Défense et celui de l'état-major, il a profité de sa visite d'adieu au président Liamine Zéroual pour rappeler, au milieu de rumeurs de plus en plus insistantes sur l'imminence d'un « coup », que Washington, sans s'opposer aux mesures militaires qui seraient prises contre le terrorisme, souhaitait qu'elles le soient « dans le cadre de l'Etat de droit ». Le message était parfaitement clair : toute action tendant à déstabiliser, voire à renverser le président Zéroual serait dénoncée et combattue. Suffisamment clair en tout cas pour que les couteaux soient remisés au vestiaire et que le conclave prévu initialement par les « éradicateurs » de l'état-major pour faire le procès de Zéroual et de son conseiller militaire, le général Mohamed Betchine, se transforme en séance de travail, houleuse certes, mais somme toute « ordinaire » dans le contexte actuel de crise.115

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