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La tentative de coup suivante, en septembre 1998, connaîtra plus de succès. En effet, Zéroual annonce, le 11 septembre 1998, sa démission et l'organisation d'élections présidentielles anticipées. D'aucuns parlent de « pressions irrésistibles » exercées à son encontre par Mohamed Lamari, Mohamed Mediène et Smain Lamari, pour qu'il se débarrasse du général Betchine, son conseiller militaire et en renseignement, ou qu'il démissionne.116 Ali-Yahia a comparé la technique de démission forcée de ce coup d'Etat à celle utilisée pour évincer le président Chadli après les élections de 1991.117 Malley rapporte que « par l’entremise de ses amis et alliés fidèles, Zéroual avait informé certains chefs d’Etat arabes et non-arabes de l’imminence d’une épreuve de force à Alger qui servirait d’avertissement à l’armée ».118 Le conclave à l'occasion duquel il a été décidé de l’évincer se serait tenu au début de la deuxième semaine de septembre, en pleine exacerbation des massacres de civils et au plus fort des attaques au vitriol dirigées par la presse éradicatrice contre Zéroual et Betchine.119 Ces évènements étaient le point culminant d’hostilités claniques en crescendo et qui avaient débuté en mai 1998 suite à l'élection de Betchine au bureau politique du RND, une initiative interprétée comme un premier pas vers sa candidature aux élections présidentielles de l'an 2000. D'autres observateurs voient dans ces hostilités le reproche fait par les éradicateurs à Zéroual d'avoir refusé de signer les promotions d'officiers éradicateurs au début de juillet ainsi que la pénalisation de l’empiètement accru de Betchine sur le dispositif de partage de la rente pétrolière.120 Après la mort politique de Zéroual, la campagne de « pressions irrésistibles » des éradicateurs ne s'est apaisée que lorsque Betchine a été contraint de quitter son poste de conseiller militaire de Zéroual, en octobre 1998, et de se démettre du bureau politique du RND, en novembre 1998. 121

3.3.2d. Prolongements civils des casernes

Le champ de bataille intestin n’est pas circonscrit à l'armée. Il déborde les frontières civiles- militaires fragmentées et envahit la sphère civile. Chaque clan possède ses propres cliques de clients au gouvernement et dans les partis politiques, d’auxiliaires parapolitiques, d’instruments médiatiques et de milices paramilitaires supplétives, qui sont tous mobilisés pour renforcer une position politique donnée ou, si besoin est, pour miner celle de son rival. Comme le note Addi:

La formation du gouvernement obéit au souci de respecter les orientations politiques fixées par l'armée, dont les différents clans nomment leurs protégés. Loin d'être désignés sur des critères politiques, les ministres doivent leur poste à une dynamique clientéliste qui leur assigne deux objectifs : défendre les intérêts généraux du régime et témoigner leur fidélité à la fraction qui les a nommés.122

Ali-Yahia souligne que les clans négocient aussi les proportions de nomination de leurs clients dans les gouvernements régionaux (walis) et dans les représentations diplomatiques.123 Dans son analyse du prolongement des factions militaires dans la sphère civile, Aїt-Mehdi observe que :

Jusqu'à son évincement en automne 1998, le clan de Zeroual contrôlait un plus grand servage au niveau ministériel mais avait concédé le premier-ministère et le ministère des affaires étrangères à son rival. Le premier-ministre Ahmed Ouyahia et son ministère des affaires étrangères, Ahmed Attaf, étaient les protégés des généraux éradicateurs Fodhil Cherif et Mohamed Mediène. Au niveau parlementaire, le principal client du clan « réconciliateur » était le RND, parti artificiel qui a remporté la majorité des sièges pas plus de trois mois après sa fabrication tandis que l'allié de l'aile politique des éradicateurs était le MSP. Le FLN était divisé car il était aux ordres des deux clans: le groupement dirigé par du Benhamouda-Yahiaoui-Hadjar était au service de ses patrons réconciliateurs, alors que la clique dirigée par Belayat était aux ordres des éradicateurs. Parmi les partis minoritaires au parlement, le RCD se distingue pour son engagement pour l'aile militariste des éradicateurs. Le sénat est le prolongement des casernes réconciliatrices. Un tiers des sièges est occupé par ce qu'on appelle le lobby des milices, à savoir Boumaza, Boubnider, le commandant Azzedine, Zbiri etc., et des généraux et ministres en retraite, tous nommés par Zéroual. Le reste du sénat reflète plus ou moins la répartition clientéliste du parlement. Le Haut Conseil de Sécurité (HCS) est divisé de manière égale entre les rivaux militaires et ne possède pas de membres de partis politiques.124

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