X hits on this document

199 views

0 shares

0 downloads

0 comments

38 / 106

20

Les affiliations claniques des organisations para-politiques ont été, tout bien considéré, en faveur de la faction Zéroual jusqu'en été 1998. Le principal syndicat, l'Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA), l'Organisation Nationale des Moudjahidines (ONM) et celles des enfants des martyrs, dont l'ensemble forme la famille dite révolutionnaire, étaient cooptés par le clan réconciliateur. Par opposition, la faction éradicatrice contrôlait uniquement des organisations moins importantes comme l'organisation des femmes (RAFD) et des organisations professionnelles comme l'Union Médicale Algérienne (UMA). Cet avantage a été toutefois contrebalancé par le puisant pouvoir des médias du clan éradicateur. Les médias publics comme la télévision nationale, le quotidien francophone El Moudjahid et le quotidien arabophone Ashaab, sont sous le contrôle étroit du général Mediène. Ces derniers sont cependant un peu moins factionnels que la presse « indépendante » plus polarisée, appartenant à l'un ou l'autre des clans. Ainsi, El Watan, Liberté, Le Matin et El Khabar défendent les casernes éradicatrices alors que les journaux comme L'Authentique, Demain l'Algérie et Al Acil écrivent pour leurs patrons des casernes réconciliatrices. 125

Lorsque le confit entre rivaux militaires s'exacerbe, il se reflète dans ces organisations politiques, sociales et la presse donnant lieu à des déclarations hostiles à l'un ou l'autre des clans, à des propositions d'ordre législatif, des manifestations, des grèves et/ou des campagnes diffamatoires. Evoquant ces événements périodiques, Ali Yahia observe que:

Chaque fois qu’il y a un changement du rapport de force en faveur du dialogue, les radicaux de l’armée font appel aux éradicateurs des partis politiques et de la société civile, qui sont mis à contribution par des interventions violentes dans la presse et des organisations de marches « spontanées ».126

Octobre 1997 laissera le souvenir d'un mois où les massacres ont atteint des proportions génocidaires. A l'époque, la victoire du RND aux élections locales truquées du 23 octobre sera contre-attaquée par une importante manifestation, curieusement la première autorisée depuis le coup d'Etat de janvier 1992. Elle a été organisée par une coalition, en apparence disparate, regroupant le MSP islamiste, le farouchement anti-islamiste RCD, une partie du FLN, en plus d'une alliance éphémère de partis d'opposition authentiques comme le FFS, le Mouvement Enahdah (MN) et le Parti des Travailleurs (PT).127 Cette manifestation, dont on croit largement qu'elle a été tramée par le clan éradicateur pour contrecarrer l'avantage politique de son rival, a dénonçé la fraude électorale et le RND, sans succès. On a finalement coupé court à ces manifestations lorsque le nombre de manifestants, criant « pouvoir assassin » et d’autres slogans n'épargnant aucun des clans, a augmenté et s’est rapproché de façon alarmante de la limite au- delà de laquelle l'impératif de dominer la sphère civile supplante les querelles intestines de l'armée sur le partage des pouvoirs.

3.3.2e. Dispute pour le contrôle des organisations paramilitaires

La lutte pour le contrôle des civils armés est un champ bataille clanique qui est comparativement. En 1994, la décision d'armer la population visait à appuyer les troupes régulières au bout du rouleau, avec des ressources répressives peu coûteuses, afin de mener à terme la stratégie de guerre COIN. A un moment où le clan réconciliateur était en train de négocier avec les leaders du FIS emprisonnés, elle a servi également à rendre la politique d'éradication militaire irréversible. Depuis, cette force, contrôlée par la Gendarmerie Nationale, s'est proliférée dans tout le pays. On l'estime à 0.5 million d’hommes. L'hypertrophie de cette structure paramilitaire et le recul de l'activité insurrectionnelle ont fait du contrôle de cette force un grand enjeu clanique.

La première dispute clanique rapportée sur le contrôle des milices a eu lieu en novembre 1995 lorsque L'Authentique, corne du général Betchine, a plaidé pour la nécessité de « fédérer un jour les Patriotes », qui étaient à ce moment là menés par les vétérans de la guerre de libération, dont plusieurs visaient une autonomie pour obtenir des privilèges politiques et économiques en

© 1999-2010 Institut Hoggar

www.hoggar.org

Document info
Document views199
Page views199
Page last viewedFri Dec 02 18:16:46 UTC 2016
Pages106
Paragraphs1718
Words43682

Comments