X hits on this document

203 views

0 shares

0 downloads

0 comments

39 / 106

21

échange de leurs services.128 Garçon a observé que les lois votées en mars 1997 sur le regroupement des milices étaient motivées par une bataille clanique en vue de s'approprier les forces paramilitaires:

L’instrumentalisation de groupes paramilitaires est devenue un élément clé des tractations ayant abouti, en février 1997, à la création du RND, le parti présidentiel qui faisait défaut au pouvoir pour mener à bien les législatives. […] Si chaque clan du pouvoir essaie de s’approprier cette force, l’armée, qui considère les milices indispensables pour ne pas trop exposer ses unités, n’entend pas pour autant laisser des petits seigneurs de guerre de l’intérieur du pays redorer leur blason grâce à leur « résistance contre l’intégrisme » et prétendre en retirer un pouvoir de négociation.129

Les lois votées en mars 1997 ont confié le contrôle opérationnel des milices à la Gendarmerie Nationale, alors sous le commandement du général éradicateur Abbas Ghezail.

Cependant, quand Zéroual a limogé Ghezail et a nommé le général Tayeb Derradji à la tête de ce corps, en juillet 1997, son clan a achevé sa main mise sur cette structure armée, déclenchant des réactions hostiles du camp éradicateur qui avait perçu ce contrôle comme un contrepoids militaire menaçant.

Lors du conclave d'urgence, tenu en septembre 1997, d'âpres discussions auraient opposé les clans sur le sort de cette force paramilitaire. Le faucon Lamari y a proposé de confier conjointement au général Fodhil Cherif,D chef des unités spéciales anti-terroristes, et au général Kamel Abderrahmane, chef de la 2ème RM, de restructurer les paramilitaires et de les mettre sous le commandement d'un général non encore désigné.130 Les généraux Nezzar et Mediène, autrefois partisans du projet de création de milices, auraient argumenté que cette force irrégulière devenait une force de plus en plus incontrôlable, impliquée dans des activités criminelles. Ils ont proposé son démantèlement progressif. 131

Du camp opposé, Zéroual, autrefois colombe opposée à la création de milices, aurait défendu le statu quo, qui était à l'avantage de son clan. Il aurait souligné la position fourbe de ses rivaux en évoquant la distribution, quelques semaines auparavant, de 25 000 Kalachnikovs aux civils en Kabylie par le général éradicateur Said Bey, alors chef de la 1ère RM. 132

Le conflit clanique pour le contrôle des milices a pris une autre tournure en avril 1998. Suite à l'arrestation – fait sans précédent – de deux chefs de milice, El Abed, maire de Jdioua, et Fergane, maire de Relizane, les journaux éradicateurs Liberté, El Watan et Al Khabar ont publié une série d'articles accusant ces milices d'être impliquées dans les massacres de civils, de corruption et d'importants détournements de fonds.133 La réaction de l'autre camp militaire ne s’est pas faite attendre: la télévision nationale a passé des spots publicitaires pour le recrutement de miliciens et un documentaire montrant les femmes et les enfants des auteurs présumés louant leur patriotisme et leur intégrité. Le suspects ont ensuite été relâchés sur ordre de Adami, ministre de la justice et client du clan réconciliateur.

Certains observateurs ont comparé ces hostilités avec un précédent dans la politique militaire de l'Algérie. Le 19 juin 1965, le colonel Boumediene a renversé Ben Bella. Ce coup d'Etat, perpétré par les prédécesseurs claniques des éradicateurs d'aujourd'hui, visait entre autre à devancer la mise sur pied d'une milice. Ben Bella, l'aile gauche du FLN ainsi que les ex-guérilleros de l'ALN de l'intérieur (les prédécesseurs claniques des réconciliateurs d'aujourd'hui) avaient cherché à créer une milice comme contrepoids militaire à l'armée professionnelle dont le noyau se composait de l'ALN de l'extérieur et des anciens officiers de l'armée coloniale. 134 C’est cette initiative qui aurait précipité le coup d’Etat.

Quelques jours avant le conclave, le général Fodhil Cherif prit l'inhabituelle initiative d'attaquer publiquement la Gendarmerie Nationale : « Ce sont le laisser-aller et la grave démission des autorités qui ont fait que l’on arrive à cette situation. » Voir Le Monde, 8 octobre 1997. D

© 1999-2010 Institut Hoggar

www.hoggar.org

Document info
Document views203
Page views203
Page last viewedFri Dec 02 20:38:06 UTC 2016
Pages106
Paragraphs1718
Words43682

Comments