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3.3.2f. Rivalité dans les négociations avec le FIS

Les états de conflit clanique se manifestent également lors des négociations avec le FIS. Le clan dirigé par Zéroual a cherché une transition négociée vers un système politique plus inclusif qui pourrait, d'une façon ou d'une autre, réhabiliter ou coopter le FIS. Le clan Lamari-Mediène a été, lui, en faveur de l'éradication physique et politique du FIS, et a été peu disposé à accepter une quelconque concession au-delà des défections individuelles. Ali-Yahia commente que :

Les deux stratégies qui s’affrontent au sein de l’ANP sont la cause de décisions en dents de scie, faisant alterner durcissement, agressivité et recherche du dialogue, qui influencent négativement le paysage politique. Deux tendances opposées coexistent en effet, l’une soucieuse du maintien de l’ordre, qui est force de conservatisme et d’immobilisme, l’autre désireuse d’œuvrer pour la paix civile et la réconciliation nationale par le dialogue.135

Les politiques claniques qui sous-tendent ces positions ont été expliquées comme suit: un règlement négocié avec le FIS est une option favorable aux réconciliateurs dans la mesure où il servirait leurs intérêts à liquider leurs rivaux institutionnels tout en satisfaisant les exigences du FIS. Le clan éradicateur ayant perpétré le coup d'Etat de janvier 1992 et porté, depuis, l’essentiel du fardeau opérationnel de la répression, tout établissement des responsabilités ou procès pour le bain de sang et la destruction affecterait surtout le clan Lamari-Mediène. On dit aussi que c'est l'option recommandée par les Etats-unis, parrains étrangers du clan réconciliateur.136 D'autre part, le clan éradicateur pressent que tout règlement négocié se ferait à ses dépens. On dit aussi que l’opposition à la solution négociée fait partie des recommandations politiques du parrain de ce clan, la France. 137

Zéroual a engagé des discussions tant directes qu'indirectes avec les responsables politiques du FIS, alors en prison, en 1993, 1994, 1995 et 1997.138 Les contacts indirects ont été menés par le biais des généraux Mohamed Betchine, Tayeb Derradji et Abdelmajid Cherif, beau-frère de Zéroual et parent du responsable du FIS, Ali Djeddi. Les négociations ont invariablement exacerbé les tensions claniques et provoqué deux types de réaction dans le clan éradicateur.

Le premier type de réaction a été insolite et politique, et a consisté en l’initiation de pourparlers parallèles avec l'aile militaire du FIS (c.-à-d. l'AIS). En juin et juillet 1997, les leaders du FIS, Abassi Madani et Abdelkader Hachani, ont été libérés suite à de précédentes négociations avec les généraux de la ligne modérée. L'étape suivante convenue aurait dû être une intervention télévisée de Madani, appelant l'opposition armée à cesser les hostilités. 139

Ceci n’a toutefois jamais eu lieu. La perpétration des massacres s'est embrasée en août 1997, Madani a été arrêté sur ordre du général Mediène en début septembre, et, comme il a été relaté plus haut, Lamari a tenté un coup d'Etat. Etonnamment, un mois plus tard, Madani Mezrag, commandant de l'AIS dans l'Est algérien, a annonçé une trêve unilatérale, diffusée par la télévision nationale, quelques jours seulement après que Zéroual aurait déclaré publiquement que « le dossier du FIS est clos ». 140

On a appris plus tard que les généraux éradicateurs Mediène et Smain Lamari – le chef du contre-espionnage – avaient établi autrefois des contacts illicites avec l’AIS et négocié parallèlement une trêve, à l'insu de Zéroual, s'appropriant et retournant ainsi une arme politique longtemps détenue par leurs rivaux.141 Ceci a contrecarré la démarche politique menaçante de la ligne modérée. Addi résume ainsi cet épisode:

La trêve signée avec l'Armée islamique du salut (AIS, bras armé du FIS), en octobre 1997, avait pour objet d'empêcher le succès des pourparlers entre la présidence et la direction politique du FIS, qui aurait fait du président Liamine Zéroual l'artisan de la paix, et l'aurait renforcé par rapport au haut commandement.142

© 1999-2010 Institut Hoggar

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