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Ce type de réaction du clan éradicateur était singulièrement politique. En revanche, depuis 1994, les réactions caractéristiques des éradicateurs pour neutraliser leur rivaux claniques ont été de type militaire, c’est à dire – comme le soutient cette thèse – l’escalade de la répression. 143

3.3.2g. Instrumentalisation des massacres dans les hostilités factionnelles

Deux types d'hypothèses expliquent les massacres comme une conséquence de certains états de conflit entre les clans opposés.

Dans le premier type, l’opinion que les massacres résultent d'un conflit clanique est inférée de la concomitance des tueries avec les querelles claniques. Cette inférence implique l’attribution implicite d’un contenu causal à la corrélation temporelle. Ainsi, Garçon observe que « la coïncidence entre ces actes de terreur et l’avancement des négociations avec le FIS – sujet on ne peut plus brûlant au sein du commandement militaire –suggère l'existence d'une lutte au sommet de l'Etat ».144 Amari note : « quant à la population, elle ne peut que constater : chaque fois qu’un enfant est tué ou une femme violée, c’est une parcelle de pouvoir qui se renégocie. »145

Dans le second type d'explication, on impute des intentions précises à l'un des clans. Par exemple, les massacres de l’été et de l’automne 1997 ont été expliqués comme une intervention dirigée par général Mohamed Lamari pour contrecarrer l’initiative dialoguiste des réconciliateurs, comme sa « ferme mise en garde aux avocats d’un dialogue circonspect avec les animateurs du Front islamique du salut »,146 comme le message suivant à Zeroual : « si vous voulez jouer sans moi, voilà ce qu’il en coûtera. »147 D'autres avancent que les tueries visaient à « discréditer ceux qui étaient enclins à la négociation ». 148

L'imputation de ces intentions a été renforcée par les pratiques des clans d'exploiter la question des violations des droits de l'homme et la responsabilité de leur perpétration. Ceci a été relevé dans les articles de presse en janvier 1997 et, plus récemment, en été 1998, au plus fort de la campagne visant à écarter Zéroual et Betchine du pouvoir.

Par le biais de leur presse aux ordres, les éradicateurs ont accusé Betchine de soutenir la généralisation de la torture pour réprimer les jeunes qui s'étaient soulevés en octobre 1988, alors qu'il dirigeait la sécurité militaire. Cette presse a en outre publié des articles impliquant Betchine dans des affaires de détournement de fonds, de corruption et d'infractions judiciaires. Elle a également révélé que le ministre de la justice, Adami, un client du clan réconciliateur, avait ordonné le transfert de trente-deux prisonniers politiques, transfert au cours duquel ils ont trouvé la mort. 149

Ces accusations avaient été provoquées par des attaques précédentes, menées par la presse pro-Betchine qui « a brisé un tabou sécuritaire »150 lorsqu'elle a révélé que le général Belkheir était un mouchard contrôlé par le secrétaire du président Mitterrand et, qu'avec le général Nezzar, il avait crée « au moins 300 escadrons de la mort à Alger pour la seule année 1992 » sans le consentement du Haut Comité.151 Ces révélations avaient succédé aux fuites faisant porter la responsabilité des détentions secrètes, de la torture et des exécutions sommaires d'un grand nombre de civils au clan éradicateur. 152

Le fait que ces pratiques ne sont pas exclusives à l'armée algérienne a été invoqué pour appuyer cette thèse. Les armées affectées par le clanisme en Amérique latine ont eu recours au même arsenal de coups tordus. Le Brésil et la Colombie en sont deux précédents typiques; George Joffé, par exemple, a relevé l'analogie entre les structures de leur sécurité militaire et celle de l'armée algérienne. 153

Dans les années soixante-dix, les duros (partisans de la ligne dure) et les castelistas (partisans de la ligne modérée) de l'armée brésilienne se battaient entre eux.154 Il était courant de voir les duros

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