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intensifier la répression pour discréditer leurs rivaux de l'armée au gouvernement. Ainsi, Farcau note :

Tout au long de 1974 et 1975, les commandants militaires partisans de la ligne dure augmentaient intentionnellement le nombre d'enlèvements, de tortures et d'assassinats de journalistes, de responsables syndicalistes, et même d’un citoyen étasunien, essentiellement pour embarrasser et discréditer le gouvernement. Et tout comme les partisans de la ligne dure se servaient des forces de sécurité comme une arme pour contrer les castelistas dans la lutte pour le pouvoir, c'est sous cet angle qu'il convient donc de voir Geisel serrer les brides à ces forces et non pas nécessairement sous l'angle de son engagement personnel pour les droits de l'Homme.155

En Colombie, les mêmes tactiques ont été employées dans la rivalité qui a opposé en 1979 « l'armée comme gouvernement » (conduit par le présent Natush) à « l'armée comme institution » (conduite par chef d'état-major Garcia Meza). Farcau a observé que « Garcia Meza était capable de commettre les plus abominables violations de droits de l'Homme et, tant que Natush et les ‘‘générationalistes’’ ne pouvaient rien faire pour l'arrêter, ils étaient contraints d'endosser la responsabilité ». 156

3.4. Les massacres comme tactique d'éviction pour la privatisation des terres

Quelque peu évoquée par les médias, cette hypothèse suggère que les massacres sont instigués par de gros spéculateurs fonciers, dont la plupart sont des officiers de l'armée en retraite ou des officiers d'active s'adonnant à des activités commerciales à temps partiel. L'intention présumée est l'expulsion des occupants des terres les plus fertiles dont la privatisation est envisagée pour s'approprier les terres en question. Michael Willis observe que :

La dépopulation des zones rurales par la menace des massacres ouvre à certains la voie pour contrôler et bénéficier de l'abandon d'une terre de bonne valeur. L'entretien d'un certain niveau de violence empêche l'examen de près, notamment de l'extérieur, de toute une variété d'intérêts financiers occultes que beaucoup, en haut de l'échelle, exploitent sans doute.157

Pour une grande part, cette hypothèse n'a pas été utilisée pour expliquer tous les massacres. Elle a servi pour rendre compte des massacres dans certains lieux précis, comme ceux perpétrés dans les terres fertiles de la Mitidja et dans les zones suburbaines à l'Ouest d'Alger.

Ici aussi on peut dire que l'imputation de cette intention ne peut exclure ni le motif de la stratégie COIN ni le mobile de la guerre des clans de l’armée. L'intention de la privatisation des terres n'exclue nécessairement aucun de ces motifs car elle peut leur être superposée en ce sens que différents officiers de l'armée algérienne ont des objectifs privés – par opposition à des objectifs institutionnels et/ou claniques – qui rejoignent ceux de la stratégie COIN.

La structure de l’argumentation avec laquelle cette thèse est habituellement présentée consiste à délinéer les corrélations entre les massacres et la valeur économique intrinsèque des terres où ils sont perpétrés, et/ou avec l'évolution de la valeur et du statut légal de ces terres, avant et après ces massacres.

Parlant des massacres de l'été et de l'automne 1997, Alain Joxe observe:

On remarque que les principaux massacres récents, en Algérie, se situent dans la zone la plus peuplée, la mieux desservie en routes et la mieux quadrillée de l’Algérie utile : la riche plaine de la Mitidja, la grande banlieue d’Alger. Qu’ils ont eu lieu souvent à quelques centaines de mètres de casernes ou de poste de police, forces de l’ordre qui se sont conduites en « neutres » non intervenants, que ce soit sur ordre ou sans ordre. Tout observateur de massacres organisés dans des régions de terres riches et d’expansion urbaine sait qu’on ne massacre pas dans ce type de territoires sans que s’y cache une opération foncière. Soit on veut recréer de la grande propriété, en faisant fuir les paysans des coopératives fondées à l’indépendance. Soit qu’on veuille libérer des terrains pour la spéculation urbaine. Pour faire fuire les populations rurales, il faut et il suffit, dans

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