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un Etat de non droit ou de dictature militaire, de massacrer quelques villages entiers. L’effet de terreur produit un effet multiplicateur de fuite.158

La région de la Mitidja, vastes plaines situées au sud-ouest d'Alger, est géo-historiquement connue pour être le grenier de l'Algérie en raison du haut rendement de ses terres fertiles. Ces terrains sont également convoités parce que situés sur le littoral et « idéalement placés pour y édifier des complexes touristiques en prévision du jour où le calme reviendra et où l'Algérie renouera avec son indéniable vocation touristique bridée depuis trente-cinq ans ». Actuellement, il existe un projet de construction de quatre villes nouvelles dans la Mitidja. Le statut légal de ces terres a changé radicalement à l'indépendance de l'Algérie quand l'Etat algérien a récupéré ce qui avait été usurpé par les colons français, en nationalisant huit millions d'hectares de terres fertiles dans l'ensemble du pays. Quelque quatre-vingts pour cent devaient être travaillées par des paysans regroupés dans des domaines autogérés. Conformément à la Charte de Tripoli (juin 1962) du FLN, qui stipule que la « terre appartient à ceux qui la travaillent » et prescrit « le partage sans parcellisation de la terre » associé à un système coopératif, ce principe est devenu loi par décret en août 1969. La charte de la révolution agraire (1971) a maintenu le principe de la petite et moyenne propriété et a intégré des dispositions légales pour prévenir la fragmentation ou la concentration post-mortem de la propriété foncière. Elle a accordé « l'usufruit éternel » aux paysans qui travaillent les terres nationalisées et leur a donné le droit de transmettre cet usufruit à un héritier mâle (non encore bénéficiaire de terre) s'il s'engage à travailler cette terre. 159

Le statut légal de ces terres a connu toutefois un bouleversement depuis septembre 1995, date à laquelle le régime militaire a annoncé son intention de privatiser 2,8 millions d'hectares (sur les 8 millions d'hectares de terre arable), dont 0,1 million d'hectares dans la Mitidja. Même avant que la loi sur la privatisation ne soit adoptée en 1998, environ 600 000 hectares de la région de la Mitidja ont été livrés à la spéculation foncière depuis septembre 1995.160 Cette loi en a facilité l'acquisition par les vétérans de la guerre de libération reconvertis dans les affaires.161 Ceci a été largement perçu comme un traitement préférentiel de ce que l'on nomme aujourd'hui le lobby des milices, un groupe de pression où figurent le commandant Azzedine, Boubnider et Zbiri, anciens commandants du maquis. Certains d'entre eux ont participé à la mise sur pied des forces paramilitaires en 1994 et dirigent, à ce jour, les opérations COIN en coordination avec – et pour le compte de – l'armée.162 Parmi d'autres importants bénéficiaires, on retrouve des officiers d'active engagés dans les activités commerciales à temps partiel, des officiers de l'armée en retraite et de puissants fonctionnaires de l'Etat qui blanchissent d'énormes sommes d'argent volées des institutions publiques.163 En octobre 1990, le premier-ministre Mouloud Hamrouche avait ordonné la publication d'une première liste de 150 fonctionnaires et officiers qui s'étaient appropriés illicitement des terres nationalisées, initiative à laquelle de puissants intérêts dans

l'armée mettront rapidement fin.164 Parti des Travailleurs, a déclaré:

Faisant allusion à ces bénéficiaires, Louisa Hanoune, leader du

Pour toute une série de gens, il y a beaucoup de profits à faire. Par exemple, on laisse pourrir sur pied des pommes de terres algériennes, ce qui permet à des « amis » d’importer des pommes de terre étrangères et de ramasser beaucoup d’argent au passage. Idem pour la nouvelle loi sur la redistribution des terres, qui profite aux « anciens combattants et à leurs ayants droit » ; ce sont des proches du pouvoir, et certains sont de véritables mafieux. Il est d’ailleurs à noter que les terres où des familles sont égorgées – et celles de leurs voisins qui, terrorisés, s’en vont – sont considérées comme abandonnées et donc redistribuables… Même chose pour de petits entrepreneurs qui sont harcelés, rackettés, au point de devoir fermer leur affaire. Celle-ci est alors reprise par d’autres qui, curieusement, ne sont pas ennuyés.165

En résumé, ceux qui induisent la privatisation des terres comme motif des massacres le font sur la base de certaines conséquences matérielles, économiques et légales particulières. Matériellement, les massacres ont déclenché un exode croissant des villageois vers les grandes centres urbains. Economiquement, les massacres ont lieu dans les terres de grande valeur

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