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Un exemple édifiant, parmi tant d'autres, est celui du médicament, où l'on affiche ouvertement, à travers la création de sociétés privées d'importation, ses liens familiaux avec des dignitaires du régime. Parmi les noms les plus connus, on retrouve les Ghenim, Bouhadja, Benmansour, Laroussi, Sidi Saïd, Lamari.168

Quatre de ces noms ont accès au monopole de la violence institutionnelle : Benmansour, ministre de l'intérieur, Ghenim et Bouhadja, généraux, et Lamari, chef d'état-major de l'armée. Ce dernier est associé à Mohamed Ait Djedou, magnat dans le secteur pharmaceutique.169 Plusieurs observateurs ont également perçu le lien avec l'éradicateur Lamari comme vital pour faire bénéficier, de « l'autre côté du comptoir », l'industrie pharmaceutique française. L'Algérie importe 80% de ses médicaments, ce qui représente 4,5% de la recette pétrolière (500 millions de dollars en 1995 par exemple), et la plupart d'entre eux sont produits par les entreprises pharmaceutiques françaises. 170

Dans une étude de l'économie de guerre, Martinez souligne que:

La tactique des groupes armés islamistes s’accompagne d’un phénomène de privatisation des secteurs les plus exposés. Ainsi, la destruction systématique des véhicules publics a entraîné une prolifération des sociétés de transport privées qui représentent, à présent, 60 % du marché dans le Grand Alger. Depuis un décret de février 1987, il était possible de se mettre à son compte, mais ce n’est qu’à partir de la guerre civile qu’une véritable privatisation sauvage s’est opérée […] Selon une étude du ministère des Transports financée par la Banque mondiale, les transporteurs privés détiennent 100 % des parts de marché à Annaba et Sétif,98 % à Constantine, 86 % à Blida et 74 % à Oran. La violence des émirs à également favorisé la modernisation du secteur du bâtiment. Le sabotage des cimenteries d’Etat a permis la naissance de nouvelles entreprises privées.171

L’affirmation de Martinez à propos de la motivation économique de la violence est confirmée par un rapport de Karabadji, qui ne partage pas, en revanche, la certitude de Martinez quant à l'identité des instigateurs et des auteurs de cette violence:

« Les monopoles publics ont été remplacés par des monopoles privés proches des cercles du pouvoir. Il est inutile d'essayer d'importer des produits alimentaires, des médicaments ou des matériaux de construction. Tout le monde sait qu'il y a des gens incontournables sur ces marchés et qu'il vaut mieux, pour sa propre sécurité ne pas s'en approcher », reconnaît un employé de la chambre de commerce d'Alger. « Je mets au défi n'importe quel opérateur algérien anonyme d'importer du sucre ou du ciment français. Au mieux, il recevra un refus poli du fournisseur. » […] D'autres opérateurs ont eu moins de chance : les Algériens sont persuadés que certains assassinats attribués à des groupes islamistes armés sont liés à des affaires de rivalités en matière de commerce international.172

Dans la seconde série d'observations, on relève souvent que ce n'est pas un hasard si ceux qui détiennent le monopole de la violence institutionnelle sont ceux-là mêmes qui profitent des privatisations et de la corruption. Le parlementaire suisse Ziegler note:

Les centaines de victimes des massacres de Rais et de Beni Messous ne risquent pas de chagriner les militaires : par leur mort, elles contribuent au maintien de la rente pétrolière des généraux algériens, déposée majoritairement dans les banques de Genève. Depuis plus de cinq ans, depuis le coup d’Etat militaire de janvier 1992, le sanglant chaos organisé par les tueurs – certains de leurs officiers traitant au sein des services secrets algériens – sert admirablement la stratégie des généraux : aussi longtemps que, dans la Mitidja, la banlieue d’Alger ou la Kabylie, les femmes, les hommes et les enfants sont égorgés, personne ne parlera d’élections libres. Elections que les généraux sont certains de perdre. Et avec elles les faramineux profits qu’ils tirent mensuellement des revenus du gaz et du pétrole. A Genève, des rues entières appartiennent aujourd’hui, par le truchement des sociétés immobilières par actions – qui garantissent l’anonymat des propriétaires réels –, à des généraux et des directeurs de sociétés d’Etat de la pétrochimie algériens. D’immenses fortunes prospèrent sur des comptes numérotés algériens. A Berne, un général – Abdelmalek Guenaizia – occupe l’ambassade. Il veille sur la bonne marche des transferts. Certains diplomates algériens se sont même fait rappeler à l’ordre par le département suisse des Affaires étrangères : ils passent leur temps à fonder des sociétés écrans au Lichtenstein. Ce qui n’est pas exactement une activité classique de diplomate.173

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