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Pour sa part, Le Nouvel Afrique-Asie rapporte que « le général Betchine, conseiller de la sécurité à la présidence de la République, est devenu un élément incontournable de l’Est de l’Algérie, dont il est originaire. Il y contrôle le renseignement, tout l’immobilier, l’industrie de transformation et, en dépit de ses prétendues rivalités avec les généraux Smain et Toufik, il partage avec eux l’appareil de répression ».174 Il possède aussi plusieurs journaux en Algérie et on dit qu’il possède un domaine et des biens immobiliers en France, en Suisse, en Tunisie et en Syrie. Le général Mediène détient d'importantes parts de marché dans la prospection du pétrole et de l'or tandis que son fils aîné représente le géant industriel sud-coréen, Daewoo, en Algérie.175 Le général Khaled Nezzar possède des biens immobiliers et fonciers à Alger, Batna et Constantine. Son fils détiendrait de grosses parts dans l'importation des produits agro-alimentaires et serait marié à la fille d'un multimillionnaire qui possède, entre autres intérêts, le restaurant du Château de Versailles en France et la compagnie aérienne Go Fast qui fait la navette entre Paris et la principale base pétrolifère algérienne, Hassi Messaoud.176 Le général Larbi Belkheir possède des biens immobiliers au Maroc, en France, en Suisse et au Venezuela.177 Il a amassé une fortune considérable, estimée à des centaines de millions de dollars, provenant du projet Fiat – qui n'a jamais vu le jour – alors qu'il était secrétaire à la présidence, et d'une rente qu'il reçoit régulièrement des sociétés italiennes de construction de gazoducs.178 Quant aux généraux Abdelhamid Djouadi, Lakehal-Ayat et Abdelmadjid Cherif, ils détiennent le monopole des sociétés de sécurité privées pour la surveillance des champs pétrolifères. 179

La troisième série d'observations expose des corrélations moins évidentes entre la violence et la restructuration de l'économie. L'économiste Bellami note:

La libéralisation économique a été imposée par un terrorisme d'Etat manifeste et subreptice. Le « produit économique » des attentats à la bombe contre des entreprises publiques a été la fermeture des usines et la mise au chômage de milliers de travailleurs sans aucun coût politique puisque la responsabilité en est imputée à des groupes armés occultes comme le GIA. En fait, un pourcentage assez important de travailleurs licenciés ont été convertis en ressources répressives paramilitaires. Dans un pays qui a connu 115% d'inflation en 4 ans, 8% de baisse dans la production industrielle, une classe moyenne balayée et un taux de chômage affectant 30% de la population active, est-ce le fait du hasard que, d'une part, on ferme des usines et licencie 800 000 travailleurs et que, d'autre part, on engage plus de 200 000 miliciens, gagnant des salaires 2 ou 3 fois plus élevés que le salaire minimum garanti? Est-ce une coïncidence que les prescriptions de « restructuration » du FMI viennent soutenir explicitement cette destruction de notre économie et la militarisation de notre société?180

Bellami ajoute:

Les nouvelles lois économiques, financières et monétaires servent à légaliser une libéralisation anarchique et socialement brutale, blanchir d’immenses fonds détournés et brader les ressources nationales à quelques multinationales peu scrupuleuses. La plupart de ces lois ont été votées entre 1992 et 1996 par les membres du Conseil National de Transition (CNT), c'est-à-dire, sans exception aucune, par des personnes nommées par l'armée et non élues par le peuple. Est-ce un hasard si ces lois ont été votées dans les moments où le pays était submergé par des vagues de terreur? Alors qu'il n'y avait aucune instance élue pour prendre de telles décisions? A un moment où la visibilité du pouvoir coercitif de l’armée était à son maximum et la marge de protestation sociale à son minimum? Un proverbe algérien dit : « le hasard, c'est la volonté des autres. »181

3.5. Les massacres comme « ronde barbare »

On retrouve cette explication le plus souvent, mais non exclusivement, dans les écrits des commentateurs et « experts » français en violence. Cette thèse suggère que les massacres relèvent d’une guerre sociale totale, « un engrenage de vengeance et de haine »,182 « un règlement de comptes généralisé »,183 « un règlement de comptes permanent »,184 « une spirale de l’horreur »185 ou « une terrible ronde barbare »186 prenant racine dans l’histoire et la culture de l’Algérie. Hirst, journaliste britannique, lui parle d'une « guerre civile obscure, presque indéchiffrable […] et barbare » où se déroulent « des vendettas tribales, familiales et communautaires enracinées dans

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