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l’histoire brutale de l'Algérie ».187 Grandguillaume, anthropologiste français, affirme : « l’Histoire est partie prenante dans les évènements actuels. Nous assistons à un règlement de comptes généralisé qui débouche sur les horreurs. »188

Deux aspects distinguent ces thèses de celles passées en revue plus haut. Primo, les instigateurs, les auteurs et les victimes ne sont pas définis rigoureusement, ou même politiquement. Ils appartiennent à des catégories sociales universelles telles que la famille, la tribu, le clan ou la communauté, représentées comme entraînées dans un tohu-bohu meurtrier et politiquement aveugle. Secundo, aucune intention instrumentaliste, qu'elle soit stratégique, politique ou économique, n'est invoquée pour expliquer les atrocités. Certaines conjectures imputent des mobiles psychologiques comme la « vengeance » et la « haine » à des entités sociales comme la « famille » ou la « tribu ». Les comptes-rendus typiques, en revanche, font appel à des faits et à des régularités historiques, culturels et/ou sociaux, plutôt qu’à des intentions putatives dans les esprits et/ou les politiques des instigateurs ou des auteurs comme c'est le cas dans les sections 3.1-3.4.

Grandguillaume croit que certains massacres sont imputables à des « contentieux familiaux » :

Ils [c.-à-d. les contentieux familiaux] doivent jouer un rôle. Des haines traditionnelles entre village, entre familles, entre clans subsistent. Elles reposent sur quoi ? Sur des atteintes à l’honneur, sur des querelles de terres qui n’ont pu être résorbées. On les voit réapparaître de nos jours à l’occasion de matches de football qui peuvent se terminer par des heurts violents entre partisans des deux camps.189

Garçon rapporte la déclaration, sous l'anonymat, d'un responsable algérien:

Quand la justice de l’Etat n’existe pas, qu’il n’y a aucun recours, que la neutralité des médiateurs traditionnels (djemaas) les rend suspects, la vengeance personnelle, la vendetta familiale ou tribale, la loi du talion deviennent la règle.190

A propos des massacres comme « atavismes tribaux » ou « expéditions punitives d'ordre tribal ou clanique »,191 Abdi rapporte des mobiles psychologiques de « haine » et de « vengeance » :

Dans les régions rurales, c’est devenu une guerre de tribus. Certaines sont liées au pouvoir, car un proche est petit fonctionnaire, policier, gendarme… ou même gradé dans l’armée. La spirale de l’horreur commence lorsque les islamistes tuent un membre de cette tribu. Celle-ci décide alors d’accepter les munitions des services de sécurité, puis monte une vengeance contre ceux qui ont des enfants au maquis. A la fin, les islamistes reviennent eux aussi massacrer, car l’armée a réussi à impliquer les gens, qui, depuis, 1992, n’ont jamais voulu prendre parti dans cette guerre.192

Mais quand les massacres sont décrits comme relevant de criminalité sociale chaotique, les

193 194 comptes rendus parlent d’une Algérie qui « s’est gangstérisée » par « des mafias locales qui entretiennent leurs propres milices » et où les tueries sont perpétrées ou « des seigneurs de la guerre

[…] qui recrutent des hommes dans leur famille et cherchent à agrandir leur fief ».195 perçoit une violence anarchique:

Garçon y

La multitude d’acteurs impliqués dans les violence interdit toute lecture politique ou idéologique de la terreur actuelle, qui s’assimile de plus en plus a des violences privées. Tous les protagonistes – petit « seigneurs de la guerre » islamistes ou miliciens, différents clans militaires ou des services de sécurité, gangsters agissant sous couvert de Dieu ou de la Patrie – ont des « clientèles » à satisfaire, des trafics juteux à contrôler et des vengeances personnelles, tribales ou locales à assouvir.196

Son explication omet une classe particulière de « gangsters » que Grandguillaume ne néglige pas pour rendre compte de la « recrudescence » des massacres :

Il faut intégrer l’existence d’une délinquance massive. Avec toute cette jeunesse désœuvrée, dans un climat de violence institutionnelle où il n’y a plus de place pour le droit et la loi, la délinquance ne peut que prospérer.197

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