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Il est clair que ces comptes-rendus dépeignent les massacres comme étant vides d’instrumentalité stratégique, politique ou économique.

Parmi les explications en termes de faits et de caractéristiques culturels et/ou historiques, on trouve des hypothèses avançant que les massacres ont pour cause la nature même de l'Islam et le caractère social du peuple algérien. Le Pen explique que « ces massacres spectaculaires font partie de tradition ».198 Leconte affirme qu’« on tue en Algérie au nom de l’Islam ou, du moins, d’une certaine idée de l’Islam ».199 Grandguillaume fait valoir que l'Algérie est une « société dure ».200 Des articles dans Le Monde et L'Express recourent souvent à des notions comme la « violence algérienne », la « spécificité de la violence algérienne », la « culture de guerre de l'Algérie » pour expliquer les massacres. De même, Hirst affirme que « historiens et sociologues sont enclins à

s'accorder » que les « Algériens ont un penchant naturel vers l'extrémisme ».201 ambassadeur d'Egypte en Algérie, affirme également que :

Amin, ancien

Les Algériens sont plus frustes que les Egyptiens ou leurs voisins marocains ou tunisiens. Ils ont bon cœur mais, même dans leurs rapports quotidiens, ils sont bourrus, durs, dépourvus des manières plus raffinées d'un peuple civilisé. Ceci est dû à la misère qu'il ont endurée lors de la colonisation française.202

Les explications historiques qui ont été déployées pour rendre compte des massacres consistent essentiellement à relever des précédents historiques de violence opposant les Algériens pour les présenter comme des manifestations d'une caractéristique constante, donc d’une sorte de loi historique, subsumant la violence actuelle. Leconte, scrutant l’histoire pour expliquer la « spécificité » de la violence algérienne, affirme:

Les amalgames qui ont cours empêchent, pour l’instant, de discerner leur caractère spécifique […] D’où vient-elle ? De la nuit coloniale, si l’on en croit certains historiens. Bugeaud aurait donc exporté la barbarie, d’origine occidentale, de l’autre côté de la Méditerranée. Rien sur la violence interne au mouvement nationaliste algérien. Acceptée au nom de la lutte contre l’occupant – version tiers-mondiste de « la fin justifie les moyens » – elle a provoqué une hécatombe dans les rangs militants, avant de se retourner contre la société. Depuis la guerre de libération, l’Algérie vit dans un règlement de comptes permanent, dont la variante actuelle est l’une des plus meurtrières.203

L’« hécatombe » à laquelle Leconte fait allusion est le conflit qui a opposé le Front de Libération Nationale (FLN) au Mouvement National Algérien (MNA).204 Grandguillaume invoque lui aussi « la violence du FLN contre la population pour l’engager dans la lutte » et « la violence contre les partisans de la France (harkis) » qui s’est poursuivie après l’indépendance.205 A ce propos, il affirme:

Aujourd’hui, des règlements de comptes ont lieu dont la source est à rechercher dans les conflits nés de l’indépendance algérienne en 1962. Je pense aux massacres de harkis qui ont eu lieu durant l’été de cette année-là, dans les premiers mois de l’indépendance. On évalue le nombre de morts entre 60 000 et 100 000. Les harkis, c’étaient des Algériens recrutés par la France et qui étaient engagés dans des milices du même type que celles que le pouvoir actuel arme dans les villages. A l’indépendance, la France leur a refusé l’accès au territoire français. Ces gens-là se sont trouvés prisonniers dans leur propre pays. Et ils ont été tués. Ces harkis n’étaient pas des individus isolés. Ils appartenaient à des familles, à des tribus. Je suis convaincu qu’il y a des rancunes tenaces que les évènements actuels réactivent. Aujourd’hui le qualificatif de « harki » ou de « fils de harki » est sans cesse utilisé comme une insulte par chacun des camps. Le harki, c’est celui qui a trahi son pays.206

Ces explications sociales ou historiques situent la « cause » des massacres dans des faits antérieurs à l'indépendance algérienne, en 1962. Dans le même ordre argumentaire, faisant appel cette fois-ci à des faits postérieurs à l'indépendance, on peut trouver des références à la « violence enracinée dans les écoles algériennes ». Grandguillaume encore une fois:

[L’Algérie] est une société dure. A l’image de son école, par exemple. Les enfants y sont souvent frappés, brimés. Il a quelques années, il était question de rédiger des circulaires contre ces châtiments corporels. Tout

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