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En rapportant leur observation de la structure ondulatoire de l'activité de massacres, Ait- Larbi et coll. soulignent, en citant Merloo, que l'alternance dans le régime des tueries pourrait être la conséquence d'une stratégie d'entretien efficace de la terreur. L’application constante de la terreur engendre, avec le temps, une immunité à la peur et la volonté de résister. En effet, Merloo affirme:

Dans sa description tactique des techniques d'intimidation de masse et de contrôle collectif, la stratégie totalitaire a découvert que susciter la panique, la peur et la terreur à elles seules ne suffit pas. Une trop grande pression psychologique exercée pendant une longue période de temps perd de son impact effrayant et provoque souvent la rébellion et la résistance critique de la population, ce qui va contre l'objectif final de fabriquer des robots manipulables et dociles avec des êtres humaines.

Pour mieux parvenir à ses fins, la stratégie la plus scientifique fait usage de vagues de terreur « entrecoupées de périodes de calme relatif et de liberté » – ce qu'on appelle la « période de répit » (peredishka). Ces intervalles de liberté relative et d'absence de tension manifeste peuvent être mieux exploités pour la persuasion politique et l'hypnose collective si une nouvelle vague de terreur est anticipée. C’est tout à fait comparable au patient sous hypnothérapie qui devient plus facile à hypnotiser au fur et à mesure des séances. L'alternance de périodes de terreur et de répit, et l'alternance d'une guerre froide haineuse et de propagande contraire appelant à une coexistence pacifique et harmonieuse peuvent progressivement créer la confusion et une plus anxieuse

appréhension au sein de la population.211

Considérons maintenant l'hypothèse de la privatisation des terres (dénotée HPT

ci-après). Il

n'existe pas de paramètre de privatisation de terres évident qui alterne avec le temps. Il est peu probable que les vagues de massacres soient toutes impliquées par HPT même si on suppose que les instigateurs des massacres pour privatiser les terres maîtrisent cette stratégie scientifique de la terreur et modulent les tueries en conséquence. Les figures 2 et 3 représentent les activités de massacres et les nombres de victimes pour l'ensemble du territoire, dont certaines parties n'ont aucune valeur foncière ou immobilière particulière. La Mitidja ne compte que pour une petite partie de la victimisation totale. De plus, dans la version simple de HPT, étant donné une région, une fois que la terreur a été appliquée pour en expulser les propriétaires, il n'y a aucune raison apparente d'y entretenir la terreur. Nous reviendrons plus tard sur ce point.

Envisageons maintenant l'hypothèse de la punition islamiste (désignée HPI ci-dessous). Il n’est pas clair comment le dégorgement de « haine », de « vengeance » et de « désespoir » pourrait occasionner des tueries qui éclatent et se calment d'une manière structurée à l'échelle nationale. Comme on l’a vu dans la section 3.1, le ministre Moussaoui qualifie les massacres de « derniers spasmes d'une bête enragée », celle-ci désignant l'ensemble des insurgés islamistes.212 La référence au « spasme » est une représentation vivante de la structure en vague des massacres. Cependant, dans la mesure où un spasme est un mouvement involontaire et où le terme « bêtes enragées » suggère la présence de fanatiques incontrôlablement violents, la probabilité que des insurgés libèrent leur colère nihiliste de manière collective et synchrone dans des périodes particulières, entrecoupées de quiétude collective, semble plutôt faible. La version psychologique de HPI (c.-à-d. la punition comme mobile psychologique par opposition à une intention instrumentaliste) paraît invraisemblable.

Bien sûr, on peut supposer que les islamistes maîtrisent la stratégie scientifique de la terreur décrite par Merloo. Dans ce cas, seule la version instrumentaliste de HPI survivrait car il est improbable que des « fanatiques » – qualifiés, entre autres, de « sauvages », de « barbares », d’ « enragés », de « nihilistes » et d’« irrationnels » – en crise de « désespoir » ou en quête de « purification rituelle », « morale », « religieuse » ou « communautaire » puissent exercer une violence instrumentaliste calculée. A moins, évidemment, que Rheda Malek, Hachemi Cherif et Khalida Messaoudi puissent remédier à leur théorie en recourrant à des hypothèses auxiliaires ad hoc pour expliquer la modulation temporelle des « spasmes » ou des « rituels ».

© 1999-2010 Institut Hoggar

www.hoggar.org

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