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avait immédiatement besoin pour illustrer un catéchisme ou une instruction. La référence de l'au­teur, de l'ouvrage, de la page, attestent la probité de ses études, comme son travail de refonte décèle à la fois son souci d'assimilation et la rigueur de sa méthode.

Le bilan de ces cahiers nous révèle encore qu'il est peu de sciences que le Frère François n'ait voulu non seu­lement aborder mais, autant que le permettaient les con­naissances de son temps, approfondir. Ses remarques abondent sur la grammaire, l'orthographe, la pronon­ciation. On y trouve un long lexique de noms propres de l'Ancien et du Nouveau Testament et de l'histoire ancienne, avec leur étymologie grecque, latine ou hé­braïque. On y trouve encore un traité complet de littéra­ture qui énumère, avec exemples à l'appui, les formes savantes de la rhétorique. Passant à la pratique, le Frère François a laissé quelques poèmes religieux: rimes légè­res, strophes fluides, elles sont l'émanation d'une âme fraîche. La science musicale lui était familière et il s'in­téressait à l'étude du plain-chant. D'autres cahiers trai­tent de l'arithmétique et notamment du laborieux pas­sage des mesures anciennes, encore pratiquées, aux mesures nouvelles, devenues officielles; de l'algèbre dans laquelle le Frère se meut avec une singulière aisance, de la géométrie, de l'astronomie, de l'origine des chiffres romains, du comput ecclésiastique et même de l'art de correspondre par des écritures secrètes que l'on appelle­rait aujourd'hui de la sténographie privée et chiffrée. Ces notes prouvent, en outre, qu'il n'ignorait rien de la chimie dont les notions de l'époque sont, aujourd'hui, en grande partie périmées, ni des sciences naturelles, notamment du règne animal, dont il détaille l'anatomie et énumère les classifications admises en son temps.

Plus curieux encore ce recueil de remèdes de huit cent quarante-huit pages, puisés au long de traités de médecine assez rares. Ce véritable manuel d'infirmier contient, avec étymologie grecque à l'appui, les, noms des mala­dies, leur diagnostic, et l'énoncé d'une thérapeutique qui fait rêver. C'est ainsi que, pour guérir un malade atteint du choléra, il fallait d'abord le réchauffer tant à l'inté­rieur qu'à l'extérieur, l'entourer de briques passées au four, le frictionner avec des orties, promener sur tout son corps un fer à repasser aussi brûlant que possible. Lorsqu'il avait vomi, il était conseillé de lui faire ab­sorber un verre d'eau-de-vie dans lequel on pilait au pré­alable une douzaine de grains de poivre. Quant à la pharmacopée, comme elle se réduisait alors à la science des simples, le Frère François en dressait des listes sa­vantes, accompagnées de recettes. L'une d'elles, celle d'un certain ratafia composé de neuf plantes aromati­ques macérées dans l'eau-de-vie, pourrait bien être la for­mule initiale de l'arquebuse.

En un mot, il ressort de l'examen de ces carnets qu'a­vant l'âge de trente et un ans, et surtout à l'Hermitage, le Frère François s'était ouvert à toute science et avait acquis une culture générale des plus étendues.

Cette période dura cinq ans, de 1826 à 1831. Ce fut un lustre de ferveur, un stage complémentaire, vécu en pleine jeunesse, mais aussi dans un milieu favorable, la ruche bien close où, pour l'abeille industrieuse, un doux miel s'élabore sûrement et sans hâte.

Pendant ce temps, les oppositions ne cessaient de se multiplier et la Congrégation ne cessait de s'étendre. Pour le Fondateur, la responsabilité en devenait acca­blante. D'année en année, il éprouvait plus de difficultés à rassembler en ses seules mains les rênes multipliées de son gouvernement. Son corps malmené commençait à se montrer plus rétif aux exigences de la volonté. Il lui fallait un auxiliaire.

Choix difficile, qui exigeait de la compétence, de l'au­torité, du discernement, de la discrétion, un véritable faisceau de qualités et de vertus. Choix cependant fort simple puisque, cette somme d'aptitudes, le Père Cham­pagnat la trouvait pour ainsi dire à sa portée dans la personne de celui qu'il voyait, depuis son plus jeune âge, progresser dans le droit fil de sa vocation et répon­dre sans défaillance à chacun de ses appels, le Frère François.

Il était encore bien jeune. Vingt-trois ans ! Il conti­nuait d'avoir l'air d'être toujours trop jeune pour les postes qu'on lui confiait. En fait, il avait de si bonne heure embrassé le service de Dieu que sa jeunesse ne cessait de bénéficier d'une maturité acquise avant l'âge. N'était-il pas juste que le Père Champagnat devînt, à son tour, le bénéficiaire d'une avance qu'il avait eu soin de favoriser ? Il n'hésita pas à remettre à la sagacité du Frè­re François cette sorte de lieutenance que réclamait la direction de l'Institut.

Désormais, au cours des absences de plus en plus pro­longées que le Père Champagnat était obligé de faire à distance de l'Hermitage, il prenait sa place. Le

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