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Fondateur présent, il devenait son secrétaire. Mieux encore, son conseiller, surtout dans le choix toujours si délicat des novices. Et dans ces périodes alternées d'initiative ou de collaboration, il s'habituait à faire face à toute situation avec une activité régulière et une vertu discrète.

Il s'efface et, s'effaçant toujours, il ne cesse de s'éle­ver. En occupant les fonctions les plus humbles, il a participé à la vie de sa Communauté, que dis-je ? il s'est à ce point fondu et confondu en elle qu'il n'a plus d'autre vie que la sienne. Et voici que, de proche en proche, par la volonté prévoyante du Fondateur, il se trouve associé à son gouvernement. Admirable montée par échelons réguliers, progression d'autant plus cer­taine que nulle avance ne s'est faite sans qu'un appui solide n'eût été pris sur le degré précédent !

Le Père Champagnat fit plus. Un règlement était de­venu indispensable à la bonne marche d'une maison en plein développement. Il chargea de sa rédaction le Frère François. C'était en 1831. Il y avait alors quatorze ans que l'Institut des Petits Frères de Marie existait. II im­portait à cette heure de rassembler sous des formules écrites les usages que l'expérience confirmait et de fixer tes termes de la loi intérieure pour tous ceux qui, main­tenant, venaient en si grand nombre accepter sa disci­pline.

Elevé dans cette obédience au sortir du jeune âge, témoin des succès et des crises, confident des espoirs et des craintes, nul n'était plus que le Frère François capa­ble d'apporter à l'élaboration de ces textes un esprit averti.

C'est bien cet esprit que le Père Champagnat se plut à reconnaître dans le travail qu'avait aussitôt entrepris et mené à son terme le Frère François. Cependant, son économie générale ne correspondait pas aux nécessités de l'Institut. Il fallait nettement séparer les deux études que comportait le texte intégral, traiter les Constitutions d'un côté, les Règles de l'autre.

Humblement, le Frère François se remit au travail. Quand la refonte fut achevée, ce qui parut au Père Champagnat plus remarquable que l’œuvre elle-même, ce fut la simplicité avec laquelle son auteur avait con­senti à la dissocier pour la reconstruire. Sans amour-propre, avec la conscience de n'être dans cette fonction qu'un modeste secrétaire, il renonçait à une ordonnance première, il adoptait un plan nouveau, il replaçait sur le métier une étude délicate et qui lui avait coûté; il fallait, au mépris de toute fatigue, satisfaire au désir du Fon­dateur et aux intérêts supérieurs de sa Communauté, et il y satisfit.

Ce comportement à l'égard du Père Champagnat n'é­tait pas exceptionnel. A l'égard de qui que ce soit, le Frère François agissait avec la même générosité. De 1831 à 1839, il fut professeur, infirmier, maître des novices, secrétaire, directeur. Dans chacune de ces fonctions, égal à lui-même, il montra une humeur heureuse et un dévoue­ment sans limites. Quelle que soit la charge dont il était investi, il se conduisait envers tous avec une grande dé­férence. Il témoignait à chacun l'empressement d'un ser­viteur. Et il suffisait à tout. Dès que le Père s'absen­tait pour visiter ses fondations, toute la responsabilité de la direction lui incombait. En 1836 et en 1838, lorsque lé Fondateur se rendit à Paris pour obtenir la recon­naissance légale de son Institut, il lui remit la plénitude des pouvoirs.

Cependant, plus humble que les humbles, il s'appli­que, comme un novice, à l'exécution des pénitences pu­bliques. A deux reprises, on le vit s'agenouiller au ré­fectoire, pour y battre sa coulpe. La première fois, il avait laissé brûler un récipient de métal. La seconde fois, en se lavant les mains au lavabo, il avait laissé tomber ta cruche remplie du son qui, en ce temps de pauvreté, remplaçait le savon. A genoux au réfectoire, les débris auprès de lui de sa cruche cassée, on souriait peut-être à première vue, on réfléchissait ensuite, on finissait par admirer.

Aussi bien, cette droiture innée, que la pratique de la vie religieuse a encore renforcée, lui rallie des con­frères sur lesquels ses exemples agissent plus que ses conseils ou ses corrections. Ses lettres commencent à être commentées et admirées. La pondération n'y exclut pas la hardiesse, la tendresse n'en diminue pas la fer­veur. Le mot qu'il écrit dans l'une d'elles : «Faisons au ciel une sainte violence ! » paraît être alors sa profes­sion de foi.

En 1839, le Père Champagnat estime que le Frère François peut être élevé à la dignité et aux fonctions de Supérieur Général.

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