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II

UN SUPÉRIEUR GÉNÉRAL DE TRENTE ET UN ANS

Depuis 1836, le Père Champagnat avait conscience de son déclin. Il ne comptait que quarante-sept ans, mais il parvenait à cet âge usé par les travaux, les tribulations, les voyages. Ses déceptions restaient aussi le fruit amer de ses démarches à Paris. Il y avait en vain sol­licité une autorisation qui eût affranchi ses Religieux des obligations militaires. Autour de lui, on commençait à s'inquiéter de sa succession et lui-même en était soucieux.

A l'origine, Pères Maristes et Frères Maristes formaient un seul corps, placé sous le même gouvernement. Encore qu'il fût le Fondateur et le Supérieur des Frères, Mar­cellin Champagnat n'avait cessé de voir dans les deux Instituts les fils d'une même génération et de considérer le Père Colin comme Supérieur Général.

Ce dernier se rendit auprès de l'Archevêque de Lyon afin d'y être investi des pouvoirs qui lui permissent de procéder à une élection devenue indispensable.

Pour la Congrégation des Petits Frères de Marie, cette élection a le caractère d'un événement et, on peut le dire, d'une seconde naissance. Elle porte la date du 12 octo­bre 1839.

D'ailleurs, elle fut précédée de longues heures de priè­res, de silence, de méditation; elle fut entourée du cérémonial le plus précautionneux. Sur le point d'ouvrir la séance, le Père Colin terminait ses invocations par la belle supplique des apôtres : «Seigneur, vous qui con­naissez le cœur de chacun des hommes, faites connaître celui que vous avez choisi. »

Sur quatre-vingt-douze profès, rassemblés solennelle­ment pour donner un successeur au Père Champagnat, le Frère François fut élu par quatre-vingt-sept voix.

Pour les charges auxiliaires, le Frère Louis-Marie, qui devait un jour, lui aussi, devenir Général, obtenait soi­xante-dix voix. Cinquante revenaient au Frère Jean-Bap­tiste, travailleur infatigable qui mit plus de vingt ans à rassembler les documents dont la substance lui permit d'écrire une vie du Père Champagnat. Le Frère Jean­-Marie, mort en 1886 et considéré comme un saint, re­cueillit quarante-cinq voix.

Le Frère Louis-Marie et le Frère Jean-Baptiste deve­naient donc les Assistants du Frère François, élu le pre­mier Général.

Le titulaire de ce poste éminent avait trente et un ans et six mois.

«Dieu soit béni, dit le Père Champagnat, ce sont bien là les hommes qu'il faut ! »

Quant au Frère François, c'est encore son journal qui nous renseigne sur son état d'âme, à la date du samedi, 12 octobre 1839. Il y écrit: «Que ferai-je, moi qui recon­nais clairement n'avoir pas la force du corps et de la santé et encore moins celle de l'esprit et de la vertu ? La volonté de Dieu s'est manifestée. Je m'y résigne avec la douce confiance que Celui qui, d'une main, m'impose ce fardeau, saura de l'autre en soutenir le poids. »

Voici qu'après avoir été, à l'aube de l'Institut, l'enfant des premiers essais, le confident associé aux grandes in­tentions du martre, le lieutenant immédiatement uni aux responsabilités du Supérieur, le fils spirituel honoré des faveurs du Père, il devient à son tour le chef de la grande famille qu'il a contribué à faire naître. Comment va-t-il s'y comporter ?

L'instant est décisif.

Nous venons de voir qu'au début Pères Maristes et Frè­res Maristes ne formaient qu'une seule Congrégation. Sans retard, Rome eut de, leur avenir respectif une vue plus sûre et plus sage. Le Saint-Siège décida qu'il fallait, sans plus attendre, séparer deux fondations qui n'avaient ni les mêmes activités, ni les mêmes buts. Qu'elles sui­vent des voies parallèles et gardent les relations affectives de la première heure, que les Pères conservent l'admi­nistration qu'ils se sont déjà donnée, mais que, de leur côté, les Frères soient régis par un gouvernement person­nel, qu'ils élisent un Supérieur Général choisi parmi les leurs !

La transition ne va pas sans danger. Le Frère François n'est pas prêtre. Il n’apporte pas à la tète de l'Institut le prestige que donne la consécration sacerdotale. L'afflux spirituel ne descend pas de lui comme, chaque jour, à l'autel, il descend du cœur brûlant du Père Champagnat. Pour tout dire, la succession qui vient de lui échoir est redoutable. Que, pour une cause d'insuffisance ou d'im­péritie, le nouveau chef laisse sa Congrégation dévier de la ligne première, elle risque d'y sombrer.

Sans doute, les antécédents du Frère François étaient destinés à donner confiance. Dans une lettre qu'il écri­vait à Mgr Pompallier, vicaire apostolique de la Nouvelle­-Zélande,

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