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le Père Champagnat disait : «Le Frère François est mon bras droit, tout le monde se soumet à lui sans difficulté; quand je suis absent, il me remplace. »

Toutefois, n'oublions pas que la Congrégation des Petits Frères de Marie ne présente encore, à cette époque, qu'un faisceau délié et qu'il lui manque, tant au point de vue civil qu'au point de vue religieux, les éléments de solidité et de cohésion qui doivent assurer son avenir. N'oublions pas que l'œuvre du Père Champagnat n'ins­pire alors aux prudents, c'est-à-dire à ceux qui s'en tiennent aux prévisions humaines, aucune confiance. Enfin, n'oublions pas non plus que, lorsque le Fonda­teur écrivait en faveur de son disciple les lignes préci­tées, il vivait. On respectait dans le Frère François son délégué. Sa présence effective était une caution, le Père ­tenait encore entre ses bras tous ses fils. Mais il meurt, le 6 juin 1840 Cette fois, le Frère François est seul.

Il est seul et, sur le point de mourir, le Père Cham­pagnat ne lui a rien caché des conditions sacrificielles dans lesquelles il pourrait accomplir la mission qu'il vient d'assumer. L'allocution est pathétique. Il lui dit «Pauvre Frère, que je vous plains ! Le gouvernement de l'Institut est un si lourd fardeau ! Mais l'esprit de zèle, l'esprit de prière et la confiance en Dieu vous aideront à le porter. Souvenez-vous qu'on ne peut être utile aux autres et procurer le salut des âmes qu'en se sacrifiant. »

Si ce gouvernement redoutable put passer sans heurts des mains du Père Champagnat en celles du Frère Fran­çois, nous croyons en distinguer trois raisons

En premier lieu, le Frère était fidèle. Les hautes con­signes qui venaient de lui être données, il les appliquait dans leur sens le plus strict. Il supportait toute sa peine et toutes celles de ses Frères. Son maître n'avait pas fait autre chose et ne lui avait pas recommandé de faire autre chose. Il n'y a qu'un instant, parce que le Père Cham­pagnat était mort, nous disions que le Frère François restait seul. Mais non. Le Père est toujours là, assistant et veillant. Et le Frère ne perd jamais de vue sa présence, parce qu'il recherche, en toute occasion, son modèle. Depuis trop longtemps il ne fait qu'un avec son maître pour ne pas vouloir, d'abord, assurer son pas dans ses pas. Le 30 février 1841, lorsqu'il reçoit le portrait du Fondateur, il écrit dans son journal : «Réception du por­trait du Père Champagnat. Etre son portrait vivant. »

En second lieu, le Frère François se garda bien d'in­nover. Il est d'un homme jeune de vouloir, dès le pre­mier jour, imprimer sa marque à l'institution dont il prend la tête. Or, dès le premier jour aussi, l'originalité du Frère François fut de veiller à n'en point avoir. Le Père Champagnat mort, il continua d'agir comme s'il était vivant. Et, le faisant ainsi revivre en sa personne, il acquit lui-même l'autorité qu'avait le Fondateur.

Enfin et surtout, le passage d'un gouvernement à un autre se fit sans dommage, parce que le nouveau Supé­rieur était le Frère François. Ce sont les qualités et les défauts qui font la personnalité. Les défauts, chez le nou­vel élu, nous les cherchons. Les qualités, elles auront assez l'occasion de ressortir au cours de cet ouvrage pour que nous ayons ici à les énumérer. Ce qui apparaît dès maintenant, c'est qu'à la mort du Père Champagnat ce furent les exemples du Frère François, ce fut sa personne qui rallia autour du berger des brebis très capables de se disperser et probablement convaincues qu'elles eussent à y être entraînées. Mais il avait le privilège de faire l'union, parce qu'il avait le sens de l'amour. Dans la pé­riode même où il prend possession de son généralat, il écrit dans son journal : « O Saint-Esprit, union des in­telligences dans l'éternelle vérité et des cœurs dans l'éter­nelle charité ! » Cette charité eut des résultats immédiats. La Congrégation se rassembla dans la personne du Frère François, pour cette raison prédominante qu'elle voyait en lui un homme à suivre, un homme à imiter, un hom­me à aimer. Nous ne sommes encore qu'au début d'une carrière progressive et nous aurons jusqu'au bout le plaisir de constater que non seulement les subordonnés s'agrègent étroitement autour du nouveau chef, mais que l'unanimité se réalise en lui. Après l'épreuve qu'ils venaient de subir, les Frères furent heureux de se re­trouver à la retraite d'octobre 1840. Les liens qui au­raient pu se dénouer se resserraient avec une confiance accrue. Chez ce Supérieur Général de trente et un ans, la tête est solide, le cœur est chaud. Avant qu'il ne fléchisse entre les mains du Père Champagnat, le flam­beau a été transmis au bras le plus digne de l'élever. L'avenir va en être éclairé.

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