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Dès le seuil de son généralat, deux préoccupations majeures dominent la vie du Frère François : celle de la reconnaissance légale de sa Congrégation, celle de son approbation religieuse en Cour de Rome.

La reconnaissance légale présentait un caractère d'ex­trême urgence.

Les Statuts de la Congrégation des Petits Frères de Marie avaient été approuvés par le Conseil royal de l'Instruction publique dans sa séance du 28 février 1834. Mais cette approbation n'avait pas été sanctionnée par une ordonnance royale et, tout en assurant son existence, elle ne la faisait jouir d'aucun des privilèges accordés aux congrégations enseignantes. C'est pourquoi, dès 1841, le Frère François reprend les démarches menées déjà depuis 1828 avec tant de persévérance par le Père Cham­pagnat.

La faveur dont jouissent ses Frères est déjà manifestée par les attestations qu'il reçoit à l'envi. Le 14 février 1841, il obtient du Conseil municipal de Saint-Chamond un vote favorable à l'Institut. Il en est de même pour les communes voisines. Le Conseil général de la Loire et le Conseil d'arrondissement de Saint-Etienne lui accordent des témoignages identiques. Hélas, ces décisions locales n'empêchent point de lui préparer de nouvelles déconve­nues. Après trois mois d'attente, le 15 mai, le Frère Jean-Baptiste, qui est à Paris, l'informe que le Ministre demande la communication des Règles de la Congréga­tion. Le 20 juillet suivant, l'Archevêque de Paris, qui avait appuyé la demande, est averti par le Ministre que, d'après un texte législatif de 1836, l'autorisation solli­citée ne pouvait être accordée que par une loi.

C'était une fin de non-recevoir qui n'aurait pas résisté à l'examen des documents. Mais, comme elle déguisait à peine une malveillance secrète, le Supérieur Général refusa, pour le moment, d'entrer dans une voie de pro­cédure qui risquait d'être sans issue. Armé de prudence et de patience, il préféra adopter une solution qui as­surât à ses Frères les avantages que l'autorisation légale leur eût accordés et ménageât pleinement l'avenir.

Depuis quelque temps déjà, des pourparlers avaient été engagés avec deux congrégations autorisées qui ma­nifestaient le désir de s'associer à celle des Petits Frères de Marie. Les nécessités présentes décidèrent le Frère François à consacrer sans retard cette alliance.

La première fut réalisée avec les Frères de Saint-Paul­-Trois-Châteaux, le 31 mars 1842. Elle apportait un ac­croissement de quarante Frères et de quatorze maisons.

La seconde fut opérée avec les Frères de l'Instruction Chrétienne du diocèse de Viviers, le 15 avril 1844. Elle procurait un nouvel appoint de quarante Frères, vingt postulants et quatorze maisons.

Grâce à cette double fusion, la Congrégation des Petits Frères de Marie se trouvait légalement autorisée à ensei­gner dans les départements de la Drôme, l'Isère, les Hautes-Alpes, l'Ardèche et la Loire. Et, dans l'avenir, le Frè­re François n'eut qu'à se féliciter de la décision qu'il avait prise.

Mais, pendant ce premier lustre, de 1839 à 1844, ce furent, pour le Frère François, cinq années de labeur incessant et de peines renouvelées. Sa force était d'abord dans la paix qu'il gardait en lui et qu'il propageait au­tour de lui. Il en démontrait déjà la vertu à ses Frères dans une lettre du 10 août 1841 : « Ce bonheur, leur écrivait-il, est promis aux hommes de bonne volonté, à ceux qui, victorieux de leurs passions, ont soin de con­server leur âme pure en la présence du Seigneur, et de ne rien dire ni rien faire qui puisse devenir pour leurs Frères un sujet de scandale et de chute. Celui qui est encore assujetti à ses passions trouve en soi le trouble et l'inquiétude et change souvent le bien en mal ; mais l'homme vertueux, qui est établi dans cette paix, change au contraire tout en bien et se rend plus utile aux autres que ne le pourraient faire les plus éminents en science. » Il trouvait aussi des grâces sensibles dans l'assistance généreuse de ses deux auxiliaires, le Frère Louis-Marie et le Frère Jean-Baptiste. Il vivait avec eux en si parfait accord qu'on les appelait et que l'on continue de les ap­peler les « trois-uns ». Il puisait encore sa force dans l'exemple du courage incomparable que lui donnaient ses Religieux. Tel ce Frère Chrysostome que consumait de­puis trois ans une violente affection de poitrine. «Pas un seul instant de sommeil, pas une position commode de quelques minutes seulement, une toux déchirante et continuelle, des plaies profondes sur tout le corps, des accès de douleur jusqu'au délire dans l'énorme abcès de son genou gauche. » Et ce cri sans cesse répété : «Mon Dieu, tout ce que vous voudrez, tant que vous le vou­drez. » Cette dernière exhalaison aux limites mêmes de ta vie : «Qu'il fait bon mourir dans la Société de Marie!»

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