X hits on this document

185 views

0 shares

0 downloads

0 comments

15 / 55

Enfin, comme son maître, le Père Champagnat, le Frère François triomphait de la terre par le ciel. Il priait. Et sa prière était animée de la foi qui renforce la persé­vérance.

Les soucis et les tribulations lui laissent alors moins le temps de se confier à son journal. D'ailleurs, il garde pour lui seul tout le poids de ses misères. Cependant, à la date du 3 décembre 1842, on trouve ces mots signifi­catifs : «Devoirs mieux sentis», et, à la date du 12 mars 1843: «Courage redoublé. »

Cette dépense ininterrompue des forces morales n'en usait pas moins la structure physique. Quelques confi­dences, toujours empruntées au journal, nous donnent beaucoup à penser et sur l'importance, et sur la durée d'une crise que dut traverser le Frère à cette époque.

En 1844, il écrit : «Congestion cérébrale, gastralgie, né­vralgie, affaiblissement général, quel état pour un Supé­rieur ! » Aveu confirmé par une note de janvier 1845 : « Ecriture redevenue possible. » Combien de temps avait duré cet empêchement d'écrire ? Heureusement, une aide venue d'en haut lui permet de nous confier ensuite : «Saint Joseph, notre cher patron et puissant protecteur, m'a secouru merveilleusement. » Au mois de décembre 1845, le malade s'adresse à la Vierge et lui fait une neu­vaine qu'il qualifie de miraculeuse.

Cette amélioration se prolonge pendant l'année 1846. Cependant, elle ne fut pas assez sensible pour l'affranchir des scrupules qu'il exprime aux Frères les plus anciens par une lettre confidentielle du mois d'août 1847. Il leur demande un auxiliaire sur lequel il puisse se décharger du détail de l'administration. Les Frères consultés se gardèrent bien d'accéder à sa demande. Ce n'est pas qu'ils voulussent lui refuser un vicaire, mais, dans ce par­tage de gouvernement, ils voyaient une sorte de dimi­nution qu'ils ne voulaient pas infliger à un Supérieur dont ils admiraient l'énergie et qui n'avait rien perdu de leur confiance. D'ailleurs, en dépit de ces accidents, ils estimaient que le Frère François, âgé seulement de trente-huit ans, pouvait se rétablir et reprendre seul, en toute vigueur, le commandement de son Institut. La sûreté avec laquelle il résolut les problèmes de tout ordre que soulevait alors la multiplication heureuse autant que dangereuse des Petits Frères de Marie leur donna raison.

En 1839 et en 1840 lorsque le Frère François fut élu Supérieur Général, le recrutement des novices se faisait annuellement au chiffre de soixante. En 1849, ils étaient dans les divers noviciats au nombre d'une centaine. Le 11 janvier 1853, le Supérieur annonce dans une circulaire qu'au cours des deux dernières années, il a pu fonder une cinquantaine de maisons et qu'après avoir donné l'habit à une cinquantaine de postulants le jour de l'Im­maculée Conception, il en reste encore une centaine qui se préparent, pour le mois de mai suivant, à la même cérémonie. Et cette progression incessante ne lui permet pas de répondre aux sollicitations qui lui arrivent, maintenant, de tous les horizons. Ainsi, le 20 février 1845, sollicité par les autorités religieuses de Bordeaux de fon­der une maison dans cette ville, il répond : «Un établis­sement et surtout un noviciat dans le diocèse de Bor­deaux me sourit assez, mais dans ce moment, la chose nous est bien difficile. Il nous faut au moins quatre ans pour remplir les promesses que nous avons déjà faites. De plus, nous avons cent douze établissements existants à soutenir. »

D'année en année, les lettres du Frère François ne sont que la répétition d'un refus qu'il a le regret d'op­poser aux demandes dont il est assailli. Au mois de décembre 1848, il fait remarquer que ces demandes lui arrivent « presque chaque jour ».

Quand le Supérieur pouvait détacher quelques-uns de ses Frères en faveur d'une commune, il faisait une de ces réponses dont nous tenons à donner un exemplaire qui nous renseigne sur les modalités de l'accord :

Notre-Dame de l'Hermitage, le 1°' octobre 1840.

A Monsieur le Maire de Chazelles-sur-Lyon (Loire)

Monsieur le Maire,

Votre lettre m'est parvenue au moment de la ren­trée de nos Frères pour la retraite. Les embarras insépa­rables d'une telle circonstance et l'accablement des visites m'ont mis dans l'impossibilité de vous répondre sur-le-champ. Veuillez, je vous prie, recevoir mes hum­bles excuses pour mon retard tout à fait involontaire.

Nous donnons des Frères aux communes qui les de­mandent et qui fournissent

1) un local suffisamment vaste, un jardin et un lieu de récréation pour les enfants;

a) l'assurance d'un traitement annuel de 1.000 frs pour deux Frères, 1.200 frs pour trois, 1.600 frs pour quatre, etc. ... ;

3) un mobilier de 1.000 frs pour deux Frères, de 1.500 frs pour trois;

4) 400 frs pour frais de fondation par chaque Frère demandé;

Document info
Document views185
Page views187
Page last viewedSat Dec 10 23:06:27 UTC 2016
Pages55
Paragraphs574
Words41963

Comments