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au nombre approximatif de douze cents, se sont presque tous convertis. Il a fait naufrage et il a reçu l'aide et le secours des indigènes, alors que, quelques années plus tôt, ses compagnons et lui eussent été infailliblement pillés, mas­sacrés et mangés, Enfin, le bon Frère ne peut se défen­dre d'exprimer le plaisir qu'il éprouve à cueillir sur les lèvres mêmes de ses petits sauvages une fleur délicate de civilisation. «Vous ne sauriez croire, écrit-il, la joie que j'éprouve en entendant sortir des mots français de la bouche de ces petites figures cuivrées et bronzées. Je se­rai bientôt à même de pouvoir suffisamment les instruire pour qu'ils puissent être admis à la grâce du baptême.

De 1836 à 1857, trente-trois Frères Maristes se sont embarqués pour les Missions et on compte parmi eux deux martyrs : le Frère Hyacinthe, parti en 1845 avec Mgr Epalle, immolé en 1847 par les sauvages de l'île Saint-Cristobal, et le Frère Euloge.

Ce magnifique développement, qui permettait d'en­voyer des disciples du Père Champagnat jusque dans l'Océanie, n'allait pas sans comporter des risques. Mais c'est à ces mêmes missionnaires que, dans une lettre dé­bordante de tendresse, le Frère François fait part d'une satisfaction toujours tempérée de prudence. Il est de ceux, assez rares, qui dominent le succès et ne s'en lais­sent point griser. Il voit son oeuvre s'épandre, mais il se tient sur la réserve. Il conserve la prospérité de l'Institut en veillant à ce que son extension même ne soit pas pour lui une cause d'affaiblissement.

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Entre-temps, les soubresauts politiques ne manquaient pas de donner des inquiétudes aux Petits Frères de Marie, mais surtout aux amis de leur Institut.

Pour le Frère François lui-même, ayant apposé à la porte de l'Hermitage la Médaille Miraculeuse, il faisait de Marie la gardienne de sa maison et il conservait sa confiance habituelle.

Pourtant, en 1848, la menace était sérieuse. Il autorisa donc les jeunes Frères, non les profès, à quitter momen­tanément l'Hermitage. Mais on sent avec quel regret le père se croit tenu de donner par prudence cette autori­sation à ses enfants les plus jeunes.

De leur côté, les habitants du voisinage ne ressen­taient pas moins l'imminence du danger. Le maire d'Izieux dépêche un piquet de gardes nationaux pour dé­fendre la maison contre l'invasion possible de ces excités du moment que la voix populaire désigne déjà sous le nom de «Voraces» ou «Ventres Creux». Plus tard, Saint-Chamond et La Valla envoyèrent leurs députations respectives chargées d'une défense que leur inspiraient les mêmes craintes. Les «Voraces» ne se présentèrent pas. Ils passèrent à distance. Aucun établissement ne fut tou­ché et l'Hermitage en resta quitte pour deux alertes. Le 12 mars 1848, le Frère François résume la situation en quelques notés éloquentes : «Quarante ans : chef couron­né d'épines ... Courage dans l'adversité ... Confiance en Dieu ... Gouvernement douloureux, sage, vigoureux. ..»

Dans sa circulaire du 1ier août 1848, il commence par inviter ses Religieux à exprimer à Dieu leur reconnais­sance pour avoir tenu la maison de l'Hermitage à l'écart des bouleversements sociaux, mais la misère des temps est encore si grande qu'il leur recommande de ne pas distribuer de prix à la fin de l'année scolaire, et les es­prits sont encore si troublés qu'il leur conseille de ne pas se rendre à l'Hermitage pour la retraite annuelle par les chemins les plus fréquentés.

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La recherche de la reconnaissance légale restait la pré­occupation obsédante du Frère François.

La raison en était d'abord que la loi sur le recrutement lui enlevait à chaque période des Religieux en trop grand nombre. En 1841, il avait dû, pour leur donner des «remplaçants», débourser la somme de six mille francs. La Congrégation ne pouvait continuer de faire face à ces dépenses renouvelées.

En outre, si la fusion avec les Frères de Saint-Paul­-Trois-Châteaux et de Viviers leur donnait le droit d'en­seigner, comme nous l'avons vu, dans quelques dépar­tements, l'autorisation leur était systématiquement re­fusée pour tous les autres. Cette situation ne

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