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devait se prolonger, à peine de maintenir l'Institut sous l'empire d'un paradoxe : celui d'une amplification constante dans son développement numérique et d'une limitation rigou­reuse dans le champ de ses activités. Aussi bien, chaque fois qu'il en avait l'occasion, le Supérieur Général appe­lait à l'aide toutes les autorités religieuses et civiles ca­pables de lui faire obtenir une reconnaissance dont la nécessité devenait de jour en jour plus urgente.

Pressenti par Ozanam, il lui exprime, par une lettre du 12 avril 1845, tout le regret que lui inspire la situation de l'Institut pour lui refuser les Frères qu'il demande et que demandent avec lui, non seulement l'Archevêque de Paris, mais le Ministre de l'Instruction Publique lui-mê­me. Et il essaie de négocier avec ces personnalités impor­tantes pour obtenir, au prix des plus larges concessions de sa part, cette autorisation légale que le Gouvernement persiste à lui refuser.

Le 28 février 1849, il écrit dans le même sens à Mon­talembert pour lui demander son appui.

On ne peut qu'admirer la tenue de ces lettres, le ton ferme et cependant discret, l'adaptation exacte du terme à l'idée et, quelle que soit la personne à laquelle elles s'adressent, leur parfaite dignité. Ce qui ne les empêche point d'être adroites dans leur présentation, finaudes dans leur raisonnement et la balance des arguments mis en pré­sence. Dans ce genre de tractations, qui exigent de la diplomatie, leur auteur ne perd jamais de vue la monnaie d'échange.

Cette autorisation légale fut enfin accordée le 20 juin 1851.

Elle était signée du prince Louis-Napoléon, avec lequel le Frère François eut une entrevue des plus encoura­geantes.

Elle mettait le terme à dix-sept ans d'efforts, d'oppo­sitions et de déceptions. Et, pendant ces dix-sept ans, les Petits Frères de Marie avaient, chaque jour, récité l'Ave Maris Stella pour en obtenir la faveur. Elle intervenait à son heure, c'est-à-dire au moment où, suivant une pré­diction du Père Champagnat, sa proclamation s'imposait à la vie de l'Institut. Elle semblait arriver bien tard, mais elle se présentait avec une libéralité inespérée qui donnait à la Congrégation des Petits Frères de Marie une liberté d'action pleine et entière.

A l'Hermitage, la joie fut grande. Le Frère François la partage avec ses Religieux. Mais, dans la lettre par la­quelle il leur annonce la nouvelle, il ajoute : «Ce qu'on désire surtout de nous, c'est plus de zèle et de piété; ce qu'on désire surtout de nous, c'est que nous nous con­servions toujours dans l'esprit de modestie, de simplicité et d'humilité qui est le caractère propre de notre associa­tion; que nous fassions le bien sans bruit et sans éclat, que nous soyons toujours les humbles, les Petits Frères de Marie. Malheur à nous si nous abusions du don de Dieu et si nous nous prévalions de la faveur qui nous est faite pour nous élever, pour nous montrer moins soumis et moins respectueux, soit envers les pasteurs de l'Eglise, soit envers les autorités civiles, plus difficiles avec les po­pulations, moins réservés dans nos rapports avec ceux qui se livrent comme nous à l'enseignement de la jeu­nesse. »

Nul doute que les vertus éminentes dont ces lignes témoignent n'eussent fait impression sur les personna­lités civiles avec lesquelles le Frère François avait dû entrer en rapport. Elles émanaient aussi de sa personne. Nous n'en voulons pour preuve que' la lettre suivante dont on peut dire que le Ministre de l'Instruction Publique lui fit hommage :

Paris, le 6 juillet 1852

Très Cher et Vénérable Frère,

Je suis heureux et reconnaissant de votre souvenir. Je connaissais tout le bien que vous aviez déjà fait, tout celui que nous devions espérer pour notre pauvre pays d'un dévouement à la fois si éclairé et si pieux. Je bénis le ciel que, durant ce court passage aux affaires, il m'ait été donné de concourir à votre constitution définitive.

Dans le cours d'une longue et laborieuse carrière, je n'ambitionnerai jamais d'autre récompense que l'estime et l'affection des hommes dont le suffrage a du prix. Je vous remercie encore, très cher Frère, pour tout ce que votre lettre a de bienveillant et de gracieux. Vous me portez bonheur en me donnant quelque part dans vos prières. Celles qui viennent des âmes droites et pures sont écoutées. Je n'aspire qu'à déterminer d'une façon digne et pas trop inutile à mon pays une carrière déjà avancée.

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