X hits on this document

155 views

0 shares

0 downloads

0 comments

2 / 55

UN RELIGIEUX PRÉDESTINÉ

Un gracieux diminutif, celui de Maisonnette, suffit à désigner le hameau sur lequel est né le Frère François. C'est au pays de Forez, dans une région accidentée qui offre en tout temps, l'hiver surtout, des paysages grandio­ses. Mais, en tout temps aussi, le bourg de Maisonnette y fait petite figure. Humble parmi les humbles, il se cache. Il se réfugie à l'intime d'un plissement de terrain qui laisse dans le creux de son sillon couler le Ban et porte sur ses arêtes supérieures, d'un côté le village de La Valla, de l'autre celui du Bessat. Il s'accroche à l'un des versants qui dévale de ce dernier. Sur le chemin ro­cailleux qui va de la Barbanche au barrage de La Valla, rien ne signale aux amateurs des contreforts voisins du Pilat ce mince agglomérat de maisons paysannes. Au commencement du siècle dernier, il comptait sept feux; il n'en compte aujourd'hui plus que trois..

Pourtant, il se pourrait qu'un jour ces chemins de montagne fussent trop étroits pour contenir l'ampleur du mouvement populaire qui porterait les foules vers la maison des champs où vécut son enfance un obscur petit pâtre, qui devait être grand devant les hommes et qui reste grand devant Dieu.

Il s'appelait Gabriel Rivat.

Son père, Jean-Baptise Rivat, sa mère, Françoise Boi­ron, étaient des cultivateurs aisés. Il faut entendre que, possesseurs de leur ferme et de quelques arpents à l'en­tour, ils s'estimaient assez riches pour fonder une famille et l'élever dignement.

La leur comprenait sept enfants : quatre garçons, dont Gabriel Rivat fut le plus jeune, et trois filles. Dans la vie de notre héros, ses frères et ses sœurs n'ont pas tenu grande place. Nous ne devons pas, cependant, oublier que l'aîné de ces enfants fut prêtre et mourut, en 1830, curé auxiliaire de La Valla. De son côté, la plus jeune des filles, mariée au Bessat, devint la mère d'un prêtre, l'abbé Jean-Marie David, qui fut curé de Bussy-Albieux. Nous retiendrons souvent les témoignages précis qu'il a laissés sur son oncle.

Les mœurs de cette famille restaient patriarcales. Si pénétrante qu'eût été la Révolution, elle avait laissé in­tacts certains vallons retirés où la plus pure tradition re­ligieuse gardait une force de loi intérieure. Dans ces re­traites, un catholicisme infrangible ne cessait d'orienter du côté du ciel les plus humbles vies de la terre. C'est ainsi que, par delà le XVIIP siècle dissolvant, malgré la grande subversion de 1793, quelques familles françaises conservaient et continuaient de transmettre dans son inté­grité l'héritage irremplaçable des pères.

Que les Rivat de Maisonnette fussent une de ces famil­les, plus d'un souvenir nous permet de l'affirmer. Sans doute, chaque matin et chaque soir, la prière y rassem­blait aux pieds du Christ le père, la mère et les enfants; mais, en outre, l'habitude y était aussi quotidienne de ré­citer en commun le chapelet. Garçons et filles y rece­vaient les leçons de la plus rigoureuse honnêteté. Pour quelques noix rapportées à la maison, la plus jeune sœur de Gabriel fut réprimandée et dut aller replacer sur le chemin d'où elle venait les fruits trouvés dans la pous­sière. Aux yeux de Françoise Boiron, la vie de chaque jour avait un sens certain et un but unique. Son petit-fils, l'abbé David, rapporte qu'elle était accoutumée de lever les bras au ciel et de lui dire : «Mon enfant, c'est là-haut qu'il faut aller. » D'ailleurs, sur cet ascétisme familial, le même prêtre nous fournit le trait le plus décisif: il atteste que, jusqu'à son mariage, sous sa ceinture de jeune fille, sa mère avait caché un cilice et qu'en mou­rant, elle exprima la volonté d'être accompagnée dans son cercueil par cet instrument de pénitence.

C'est dans ce milieu que naquit Gabriel Rivat, le 12 mars 1808.

Nous ne pouvons nous défendre de remarquer que, dé­jà, dans l'entourage de ce petit être, tout est symbole. Mais il y a plus. Au symbole viennent s'ajouter sans re­tard les faits précurseurs de l'avenir. Après avoir reçu le prénom d'un archange, l'archange de l'Annonciation, cet enfant fut, dès l'âge de cinq ans, consacré par sa mère à la Vierge de Valfleury, le samedi 13 août 1813 Comme nous aurons l'occasion de le signaler, les dates majeu­res qui vont jalonner la vie du nouveau consacré coïnci­dent toutes avec le jour réservé à la Reine du Ciel, celui du samedi. Cette consécration prononcée par Françoise Boiron, alors que son jeune fils n'avait encore que cinq ans, le petit Gabriel porta jusqu'à l'âge de sept ans la livrée bleue de Marie.

Berger, il commande déjà à des ouailles. Et l'on voit que, dès cette époque, la forme de son destin s'annonce par de purs linéaments. Dans ce vallon que trouble seulement aux

Document info
Document views155
Page views157
Page last viewedMon Dec 05 08:48:15 UTC 2016
Pages55
Paragraphs574
Words41963

Comments