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appelés est saint. »

Il n'oublie personne. Le 9 mars 1858, dans l'église consacrée à sainte Françoise Romaine, c'est le souvenir de sa mère, c'est Françoise Boiron qui l'accompagne. On re­trouve sous sa plume l'évocation des Sacconi, ces cardi­naux, prélats ou princes romains, qui, tous les vendredis, vêtus d'un mauvais sac ceint d'une corde, un voile sur le visage comme les pénitents, un bissac pendant sur la poitrine, s'en allaient alors, pieds nus, quêter pour les pauvres. Et comme il nous plaît de retrouver l'homme à travers le saint ! Tant de préoccupations d'ordre religieux n'empêchent pas notre Frère François de s'intéresser, comme le Poverello dont il porte le nom, aux plus hum­bles créatures de Dieu. Le 15 juillet 1858, il note : «Chant des cigales au Quirinal ... Les arbres ont conservé la belle verdure de leurs feuilles, ce qui n'est pas ordinaire à Rome en cette saison. »

Quand notre voyageur dut quitter la Ville Eternelle, le 21 août 1858, il ne rapportait pas la reconnaissance sollicitée. Celle-ci ne fut accordée par la Sacrée Con­grégation et sous la signature de Pie IX que par un décret du 9 janvier 1863.

Pour le Frère François, il venait de faire un séjour qu'il considérait comme «une des plus belles époques de sa vie». Les conseils qu'il avait reçus du Pape pour obtenir l'auto­risation de son Institut, il les observa «jusqu'à l'ongle». Fidèle vénérateur de Pie IX, il portait toujours un petit crucifix qui était un don du Saint-Père et il mourut en le tenant entre ses mains.

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Ce Supérieur qui a charge d'hommes, ce Supérieur qui a charge d'âmes, nous voyons les jeunes Frères affluer sous sa houlette. Quel est le secret de cette faveur ? Ou plutôt quels sont les secrets d'un commandement à la fois si recherché et si efficace ? On peut dire d'abord que le Frère François obtient tout en restant fidèle à la con­signe que lui a laissée le Père Champagnat, «en se sacri­fiant». Nous lisons sous sa plume : «Les supérieurs sans croix sont stériles pour former des enfants de grâce. »

D'ailleurs, pour répondre aux questions que nous ve­nons de nous poser, les faits ne sont pas seuls à nous donner une réponse convaincante. Il n'est que de consul­ter les précieux petits carnets du Frère pour y trouver, en abondance, soit des confidences directes, soit des extraits de lecture qui répondaient à ses préoccupations.

A la date de 1854, nous y lisons cette prière inspirée de Salomon : «Mon Seigneur et mon Dieu, vous m'avez établi Roi, Supérieur à la place du Père Champagnat notre Fondateur. Mais je ne suis encore qu'un jeune enfant qui ne sait pas la manière de se conduire et votre serviteur, votre enfant se trouve au milieu de vos serviteurs, de vos enfants que vous avez donnés à Marie, notre commune Mère, et qui sont déjà bien nombreux. Je vous supplie donc de me donner un cœur docile aux leçons de votre sagesse divine afin, que je puisse diriger votre peuple choisi, vos enfants privilégiés, et discerner entre le bien et le mal, pour éviter et détruire l'un, et pour pratiquer l'autre, tous les jours de ma vie.»

S'il se fait une idée très humble de sa personne, il se fait une idée très haute de sa fonction. Avant tout, il a le respect de ceux qu'il administre. Rappelant la parole de Grégoire VII aux Religieux de l'Ordre dont il était issu : «Si je suis plus élevé en dignité, vous l'êtes plus en sainteté», le Frère François la prend à son comp­te et dit: «Voilà ce que je dois penser de moi et de mes Frères. »

Il ne se contente pas de diriger et de se laisser entraîner par un courant d'activités incessantes, il prend encore le temps de s'arrêter et de réfléchir sur la gravité de ses obligations. Il s'adresse à lui-même, quand il écrit : « Le Supérieur est le serviteur de tous ceux à qui il paraît commander. Il est fait pour eux. Il se doit tout entier à eux ... Il faut qu'il s'accommode à leur faiblesse, qu'il les corrige en père, qu'il les rende sages, bons et heu­reux. .. Il est l'homme le moins libre et le moins tran­quille de la maison. C'est un serviteur qui doit sacrifier son repos et sa liberté pour le bien et la félicité de tous ... Il faut qu'il entre dans tous les besoins, qu'il se propor­tionne aux petits, qu'il porte les faibles, qu'il soutienne ceux qui sont tentés, qu'il soit l'homme, non seulement de Dieu mais encore de tous les autres hommes qu'il est chargé de conduire, qu'il s'oublie, se compte pour rien, perde la liberté pour devenir par charité l'esclave et le dé­biteur de ses frères; qu'en un mot, il se fasse tout à tous pour les gagner tous ... »

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