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affections. La preuve en est encore dans les fameux carnets. Près de cinq cents Instructions, probablement prononcées telles qu'elles fu­rent écrites, y occupent à peu près quinze cents pages d'une écriture qui serait celle des fourmis, si les four­mis savaient écrire. Celles de ses conférences qui ne pré­sentent que des sommaires se réfèrent à des carnets au­jourd'hui disparus. Leur auteur y traite de préférence des devoirs des directeurs, de la vocation religieuse, de l'obéissance, de la régularité, de la prière. Vingt-cinq d'entre elles sont consacrées à la Sainte Vierge, une ving­taine à Notre-Seigneur. Une particulière dilection le ramène au Père Champagnat. Il ne se contente pas, en effet, de répéter à longueur de journée: «Le Père Cham­pagnat faisait ou ne faisait pas ceci, le Père Champagnat disait ou ne disait pas cela», il continue de choisir son maître pour sujet fréquent de ses Instructions, il le met en parallèle avec saint Vincent de Paul et saint Fran­çois de Sales et, sans peine, il lui trouve en abondance des traits de comparaison avec ces deux grands saints. Pour tout dire, l'examen des carnets révèle qu'il n'est pas un dimanche ou une fête liturgique qui n'ait donné au pre­mier Supérieur Général des Petits Frères de Marie l'oc­casion de leur dispenser une parole généreuse et méditée profondément.

Il y avait chez le Frère François une solidité de carac­tère, un bon sens, une prudence qu'il devait à sa nature. Les grâces du cœur harmonisaient tous ses dons. Pour gouverner son Institut, rien ne lui a manqué de ce qui fait un Général. Mais gardons-nous d'oublier aussi «les forces exceptionnelles qui viennent du Saint-Esprit», dit saint Paul.

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L'Institut était déjà passé de l'humble maison de La Valla au bâtiment plus ample de l'Hermitage, et voici qu'une trentaine d'années après sa formation, la Maison-­Mère s'avérait trop étroite pour le surnombre de ses fils. Le développement de la Communauté exigeait une de­meure à sa mesure.

A cette époque, l'attention des Supérieurs fut attirée par les avantages qu'offrait un emplacement disponible à sept kilomètres de Lyon, sur la commune de Saint-Genis­-Laval.

Il se présentait sous l'aspect d'un vaste enclos, planté de vignes, dont le produit était renommé sous le nom de vin du Montet. Le domaine, incliné au Sud-Est, jouissait d'un superbe coup d’œil sur la vallée du Rhône, le Dau­phiné et les Alpes. Enfin, la propriété réservait des possibilités si nombreuses que son acquisition fut réalisée le 1ier juillet 1853.

Des bâtiments, édifiés au cours des quatre années qui suivirent, permirent à la Maison-Mère de s'y installer en septembre 1858.

Ce transfert était heureux. Il répondait opportunément aux exigences de l'heure et il rapprochait l'Institut de Lyon, centre du diocèse. Pourtant, ses Assistants, ses Frè­res et ses novices rassemblés autour de lui, le Frère François souffrait de constater que le Saint Sacrement devait se contenter d'une chapelle provisoire qui contras­tait avec les bâtiments où les religieux se trouvaient bien logés. Pour faire à Dieu sa juste part, qui doit être la pre­mière, il décida la construction d'une chapelle qui se­rait édifiée avec le concours de tous les membres de l'Ins­titut, maîtres et élèves. Certains Frères y consacrèrent les économies faites sur leurs vêtements. L'appel qu'il lança était favorisé par une lettre de l'Archevêque de Lyon, te cardinal de Bonald. La première pierre posée le 29 juin 1863, la chapelle put être bénie le 26 août 1866.

La famille du Frère François regroupée dans sa nou­velle maison, que devenait l'Hermitage? Allait-il être abandonné ? L'Hermitage garde sa primauté et dans l'or­dre religieux et dans l'ordre affectif. Le lieu de vénération était là et devait rester là. Pour l'Institut des Petits Frères de Marie, la tête est à Saint-Genis, le cœur à l'Hermitage.

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Le 2 juillet 1860 le Frère François convoque ses Frères à leur retraite annuelle. Mais, dans la lettre qu'il leur envoie, il leur fait, dès le début, une confidence doulou­reuse : «Je dois ajouter, leur dit-il, que mes infirmités rendent ma tâche comme impossible. »

Il n'était que trop vrai. Les maux de tête dont souffrait le Frère François atteignaient alors une telle acuité qu'il de­vait, en conscience, renoncer au gouvernement de sa Société.

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