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La réponse arrive directe, fervente, sans réticence.

- Un souvenir inoubliable.

- Inoubliable, pourquoi ?

- Pour sa tenue, pour sa bonté, pour sa douceur. Heureux le Religieux qui, dans son grand âge, se re­tournant vers le maître de sa jeunesse, n'éprouve qu'un sentiment de reconnaissance pour l'exemple qu'il lui donna par sa tenue, pour tes dons qu'il a reçus de sa bonté et de sa douceur.

Le Frère Gémelin me rappelle une petite histoire de sa vie. Quand le Frère François était devenu le «Grand­-père », il avait en aimante sollicitude tous ses petits Frè­res. Chaque matin il parcourait les dortoirs pour voir ceux qui ne s'étaient pas levés et s'enquérir de ta cause de cette défaillance. Chez lui, le souci de leur santé de­vait l'emporter sur celui d'une surveillance rigoureuse. Un matin, le Frère Gémelin avait dû rester dans son lit. Le Frère François s'approche

- Mon petit Frère, vous ne vous êtes pas levé ? Qu'est-ce qu'il y a ?

- Mon Révérend Frère, j'ai mal au pied.

- Faites-moi voir ça.

Le Supérieur examine le pied et découvre, en effet, à la cheville une plaie si douloureuse que toute ta jambe en est affectée, jusqu'à la ceinture.

- Je vois ce que c'est, dit le Frère François, Vous viendrez me voir dans ma chambre, chaque matin et chaque soir. Je. vous soignerai.

Il le soigna lui-même et lui appliqua un traitement si efficace qu'au bout de deux jours le petit Frère était guéri.

Le même Religieux rapporte encore qu'à travers les couloirs et les cours de la Communauté, le Frère François se promenait, à l'affût de tous les débris de vêtements qui avaient pu échapper au nettoyage de la maison. Il ne les recueillait pas pour les utiliser, ils étaient inuti­lisables. Il les recueillait parce qu'ils restaient à ses yeux des fragments de choses sacrées et qu'il ne convenait pas de les laisser à l'abandon.

Sa prédilection allait à un. petit jardin de plantes mé­dicinales qu'il entretenait soigneusement sur une terrasse de la propriété. Quand il n'était pas penché sur ses plan­tations, on le voyait alter et venir dans les limites de ce modeste enclos. De ta main gauche, il égrenait son cha­pelet. De la main droite, il éventait l'air avec son mou­choir, comme s'il voulait chasser quelque insecte importun. On l'entendait alors si souvent dire à haute voix: «Va-t-en, démon, je n'ai rien à faire avec toi», qu'on. peut se de­mander si cet homme de Dieu ne subissait pas, comme te Curé d'Ars, tes harcèlements ininterrompus du Malin.

Les autres Religieux qui ont connu le Frère François apportent des témoignages identiques. Ils s'accordent, comme le Frère Pierre-Paul, à reconnaître en lui un saint.

- Je te revois toujours, me dit ce dernier, dans sa stalle, celte qui est placée du côté de l'Epître. Il était im­mobile. Il avait l'air d'un ange. On aurait dit qu'il voyait Dieu face à face.

- Et pour la Règle ?

- Il était strict. Le silence surtout, j'étais un jeune Frère, je parlais. Alors, il mettait un doigt sur sa bouche et me regardait. Lorsque nous montions un escalier qua­tre à quatre, il nous le faisait redescendre pour le remon­ter d'une façon posée et décente.

Mais ces rappels à l'observance de la Règle ne lui ins­piraient que des paroles douces. Aussi bien, le Frère Gerlac, qui a également connu le Frère François, m'assu­re que deux mots suffisent à le définir: «Sainteté et affabilité. »

En 1868, fut créée l'œuvre des Juvénats. Le premier, placé à l'Hermitage, se trouva donc sous la direction du «Grand-père». Quel rapprochement pouvait être plus heureux 1 Pour le Frère François, c'était toujours un temps de délices que celui qu'il pouvait passer au con­tact de ces jeunes enfants.

En septembre 1870 l'Hermitage redevint une maison provinciale. Les novices de Saint-Genis, laissant la place aux soldats, s'y réfugièrent au cours de l'invasion qui affligeait la France. On aimait déjà, on aimera revenir vers cette première Maison-Mère, bastion de prières aux murs sanctifiés. Les anciens répétaient à plaisir : «Qu'il fait bon vivre à l'Hermitage ! » lIs rejoignaient dans le temps ceux qui, huit siècles avant eux, exprimaient par les mêmes paroles la douceur de vivre sous la crosse de Cîteaux.

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