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III

UN HÉROS DE TOUTES LES VERTUS

Le portrait qui nous est resté du Frère François nous montre un homme d'une cinquantaine d'années. Gravité et bonté ont façonné ce visage, et ce visage est à l'image du pays dont il est issu. Or, ces lieux ne parlent que d'élé­vations en plein ciel ou de repliements au cœur de vallons méditatifs, d'eaux cristallines et de feuillages murmurants, de troupeaux pacifiques et de sonnailles fraîches, une atmosphère de paix, de verdeur et d'amitié qui fait pen­ser aux enfances du monde.

Les traits de ce visage révèlent la concentration d'un esprit sérieux, habitué à réfléchir, à ramener longtemps sa pensée sur le même sujet non seulement pour l'appro­fondir, mais pour en faire remonter la plante qui nourrit ou la fleur qui enchante. La physionomie est celle de la terre, qui travaille toujours sans avoir l'air de travailler. Dans les humbles carnets où le Frère François note ses Instructions, l'écriture est fine, régulière, un peu pen­chée, une écriture ordonnée, l'écriture d'un homme en pleine possession de sa pensée, si maître de lui que la plume a marché sur la page, sans rature et sans défail­lance. Encore que le papier ne soit pas réglé, les lignes y ont l'orientation droite des sillons.

Pourtant, sur cette face de terrien laborieux que stig­matise la ride de la réflexion, se propage un demi-sourire. Et si quelque malice y vient de l'œil, la lumière y vient de l'âme.

*

*   *

C'est là le portrait physique qu'il importait de fixer parce que, chez le plus dissimulé des hommes, il y a dans les traits une sincérité involontaire qui permet déjà de pénétrer le fond de l'être. Mais, quelque intérêt que l'on puisse accorder à ce portrait physique, celui qui nous attache, c'est le véritable portrait de l'homme, c'est celui de l'âme. Il est, chez le Frère François, d'une richesse qui va nous retenir plus longtemps.

Que pensait-on du Frère François ? Dans la vie quoti­dienne, il allait comme un saint. II ne faut donc pas s'éton­ner que la voix des profanes, rejoignant celle des religieux, s'accorde à prononcer sur lui un mot, celui de «saint».

Il est bien entendu qu'en répétant ce terme et en l'ap­propriant à notre sujet., nous l'employons dans un sens général et sans rien préjuger à ce propos des décisions de Rome, qui restent souveraines.

Autour de l'Hermitage, bien avant sa mort, le Frère François eut sa légende. Une légende qu'il n'avait rien fait pour accréditer ou pour entretenir. Un témoin, l'insti­tuteur Gallois, ne manque pas de le remarquer : « Il n'y a rien d'extraordinaire aux yeux du monde dans cette vie si cachée, si régulière. » Madame Stéphana Michel dit à son tour : «J'ai beaucoup connu le Frère François, mais je ne lui ai jamais parlé. Il vivait si retiré que nous ne l'abordions pas. Mais à la chapelle je le voyais souvent et il m'édifiait profondément. » Ce n'était autour de lui qu'un concert de vénération et de louange. Une personne qui l'a connu dans son enfance proclame qu'il « a été un ange de Dieu toute sa vie». L'abbé Mathieu Berne, curé de La Valla, ainsi que l'aumônier M. Chapuis, le tenaient pour « un personnage au-dessus de l'ordinaire». D'ail­leurs, à La Valla, on avait une admiration presque égale pour le Père Champagnat et pour le Frère François. Ca­therine Licheron reconnaît : «Jamais je n'ai entendu dire un mot contre le Frère François. » Madame Féasson ne l'appelait jamais que «le saint Frère François». En un mot, pour la voix populaire, il n'était pas seulement un saint, il était le saint du pays.

Pour ses Religieux, qui le voyaient de plus près, l'ex­pression ne varie pas : «Nous autres, novices, dit l'un d'entre eux, en 1847, nous avions du Frère Fran­çois la plus haute estime. Pour nous, c'était un saint, un religieux accompli. » Un autre déclare : «Chacune de mes quatorze retraites a vu croître en moi mon estime pour lui. Tout en sa personne me disait que ce disciple bien-aimé du Père Champagnat était un saint comme son maître. » Un de ceux qui abordaient plus fréquemment le Supé­rieur raconte qu'un jour le Frère François lui dit : «Hier, après le coucher de la Communauté, j'ai allumé une lampe pour faire quelques prières ... » Et il ajoute : « A ce moment, il nous aurait dit que la Sainte Vierge lui était apparue, que cela ne nous aurait pas trop surpris. » Mais son interlocuteur lui avait ensuite parlé délicate­ment de la lune qui éclairait sa chambre et qu'il compara à la lumière intérieure. Quant au Frère Ladislas, qui fut attaché à la

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