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maison provinciale pendant quarante ans, il déclara devant la tombe du Frère François: «Un jour viendra où l'on mettra le Frère François sur les autels. J'ai beaucoup connu ce Révérend Frère et le tiens pour un grand saint. »

Tant de voix concertantes pouvaient-elles se tromper ? C'est en pénétrant davantage dans l'intimité de notre héros que la certitude nous est venue de pouvoir, à toutes les leurs, joindre aujourd'hui la nôtre.

D'abord, il vivait, il priait, il agissait avec une foi to­tale. Il croyait toutes les vérités de la religion avec une foi si vive que leur sublimité semblait lui être visible. Et il en émanait de toute sa personne un rayonnement qui élevait au-dessus d'eux-mêmes l'âme de ceux qui l'appro­chaient. Combien l'ont répété :. « Il suffisait de le voir prier pour se sentir soi-même porté à la prière. » Au jardin, au réfectoire, partout, on le voyait en prière. Par­tout on le rencontrait, son chapelet à la main, et à force d'avoir été roulés entre le pouce et l'index, les grains en étaient usés et blanchis. Mais c'est surtout en revenant de la Table Sainte que le Frère François apparaissait transfiguré et que cette transfiguration agissait sur tous ceux qui pouvaient arrêter sur lui leurs regards. « Quand je voulais avoir un peu de piété, dit alors un témoin, je regardais le Frère François et cette grâce m'était donnée. Il a été mon édification absolue pendant tout le temps que j'ai vécu avec lui !'» Ce sourire céleste éclaire encore la mé­moire des survivants dont la jeunesse a pu se réchauffer à ce flambeau. Ainsi le Frère Acatius, qui compte quatre-vingt-trois ans, me confie qu'au cours des années où il était enfant de chœur, il a bien souvent vu son Supérieur aller à la table de communion et en revenir. Alors, ajoute-t-il, «il avait un visage angélique». Plus âgé encore, à quatre-vingt-un ans, le Frère Stanislas Kostka me parle avec ravissement de ce sourire inoubliable.

Ainsi, souriant à son Dieu comme s'il le voyait, parais­sant déjà ne plus appartenir au monde, la foi éclatait dans toute sa personne dont la dignité s'imposait aux religieux comme aux laïques. On le voyait surtout à la chapelle, parce qu'il ne se prodiguait pas au dehors. Tenant toujours en main un petit missel,. il assistait aux offices avec attention et respect. Sa façon de faire le signe de la croix valait à elle seule un enseignement. Son adoration était longue et fervente. Il se confessait tous les jeudis après la messe. Il exigeait des prières faites avec lenteur, des prières aux voix unies. Il aurait voulu que ni la toux, ni le moindre bruit ne vinssent troubler les exercices religieux qu'il présidait. Il les considérait comme des marques d'irrespect. Qu'un Frère marchât trop vite dans le lieu saint, il le condamnait à se mettre à genoux ou l'invitait à prendre la porte. Les offices divins duraient toujours trop peu pour le satisfaire. Dans sa déférence pour la hiérarchie, il fit entendre debout la lecture des encycliques et voulut lire à genoux le texte de bienvenue adressé au cardinal de Bonald qu'il recevait à l'Hermitage. Et chacun de ces gestes de soumission qu'il accomplissait sans réserve correspondait à un acte de foi.

Pour lui, comme pour le Père Champagnat, rien n'était assez pauvre. Mais, pour Dieu, rien n'était assez riche. Il se souvenait que si le Fils de Dieu avait eu pour premier berceau une mangeoire, il n'en avait pas moins reçu des hommes, peu de temps après sa naissance, l'or, l'en­cens et la myrrhe. Recherchant donc la somptuosité des ornements, il veillait à en rehausser la pompe des céré­monies. A l'Hermitage, les fêtes religieuses étaient des fêtes de famille. Mais, si grandioses qu'elles fussent, elles conservaient le caractère prédominant de fêtes religieuses.

«Aussi, dit un témoin, comme les gens du voisinage aimaient à venir à ces fêtes qui parlaient aux yeux et au cœur plus qu'ailleurs ! » Au soir de la Fête-Dieu, le Frère François parcourait les chemins suivis par te Saint Sacre­ment, parce qu'il sentait encore la bonne odeur du Maître qui venait de passer.

Toujours à l'exemple du Père Champagnat, il traitait ses affaires importantes devant le tabernacle. Il déposait sur l'autel ses listes de placement et prescrivait des prières pour obtenir l'approbation du ciel. Et comme cette foi adorante restait une foi vigilante, il fit visiter les cham­bres de sa Communauté par un Père Mariste pour exa­miner les livres qui s'y trouvaient et en écarter tous ceux qui pouvaient être teintés de jansénisme.

D'ailleurs, la prodigieuse activité du Frère François ne s'expliquerait pas sans la foi. Elle faisait sa force. Ce ti­mide avait l'audace des croyants. Sans présomption, il allait de l'avant. Et. Dieu voulut le justifier en des cir­constances mémorables. En 1854, le choléra sévissait dans la vallée du Rhône. Avec une foi totale, il confia au ciel l'immunité de ses Frères. Et ceux-ci purent donner des secours, soigner les pestiférés et même se réunir pour leur retraite, sans être atteints par le fléau. Un jour de crue, il lui suffit, pour arrêter tes eaux menaçantes du Gier, de suspendre devant sa fenêtre son scapulaire.

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