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En définitive, on peut dire que la foi n'a cessé d'animer ses paroles et ses actes. Comme il voyait Dieu en toutes choses, bien avant que Léon Bloy eut écrit : «Tout ce qui arrive est adorable », il avait dit lui-même : «Tout ce qui arrive est voulu ou permis par Dieu. » Il respirait la foi, il l'inspirait en sa personne. Sur les vingt circulaires qu'il a laissées, il en a consacré quatre à cette première des ver­tus théologales. La ferveur qui le portait à la conquête des âmes le brûlait aussi du désir d'aller enseigner cette foi dans les pays de mission, de se joindre à ceux de ses Frères que, à deux reprises; il y avait envoyés au nombre de trente. Avec quel amour, du moins, il parlait d'eux, avec quelle sollicitude de père il leur écrivait, avec quel respect il recevait tout ce qui touchait à leur personne ou à leur apostolat! Lorsqu'il eut résigné son généralat, les deux bras élevés vers le ciel, dans un geste d'incessante implo­ration, ses Frères disaient à juste titre qu'il était le «Moïse de leur Congrégation». Ils pouvaient ajouter avec non moins de raison : «Il a la foi à opérer des miracles. »

L'espérance est une sœur de la foi. Au Frère François, cette espérance a donné l'égalité de l'âme et le courage de persévérer sans défaillance. Au cours de sa vie, il a pu sem­bler à plus d'un qu'il était hardi dans ses entreprises. Au­jourd'hui, nous voyons que cette hardiesse n'avait pas pour fondement une présomption basée sur ses capacités, mais l'espoir que lui donnaient ses recours confiants dans le cœur inépuisable du Christ et dans celui de sa Mère. Dans les conjonctures les plus inquiétantes, il gardait une paix intérieure qui assurait sa maîtrise sur les événements et rassérénait les fronts timorés. En 1846, le premier diman­che de l'Avent, le Gier déborda de telle façon que la mai­son en fut menacée. Lé mur du jardin emporté, la cour envahie, le rez-de-chaussée inondé, le danger devenait sérieux. Déjà le Frère Louis-Marie organisait le sauvetage. Quant au Frère François, très calme, il se rendait à la chapelle pour la célébration des vêpres. Le péril augmen­tant, le Frère Louis-Marie dut venir jusqu'au sanctuaire et inviter les Frères à lui prêter main-forte. Quelques-uns le suivirent; les autres restèrent avec leur Supérieur qui continuait à diriger le chant. Cependant, les vêpres ache­vées, il fit solennellement porter le Saint Sacrement dans un bâtiment surélevé du noviciat, à l'abri de toute at­teinte. Alors, la pluie cessa, le torrent perdit sa violence, il recula au moment où, devenu furieux, les murs de la maison risquaient de céder sous sa poussée. En 1848, l'Hermitage pouvait recevoir la visite redoutée des révo­lutionnaires, les «Voraces » ou «Ventres Creux», dont nous avons déjà parlé. L'incursion donnait à craindre même aux communes voisines, qui dépêchaient des secours pour la défense des Religieux. Le Frère François se contentait de prier et d'espérer. Il disait bonnement: «Ne craignons pas, Dieu fera ce qu'il voudra et il nous aime tant. »

D'autres orages lui venaient de l'intérieur. Quelques­-uns de ses Frères avaient demandé un adoucissement à la Règle. Le ton des réclamations montait et l'affaire tour­nait à la cabale. Il suffit au Frère François de lui opposer une fermeté tranquille pour en triompher sans retour.

Il y a plus. Cette espérance était communicative. Un jeune Frère croyait n'avoir ni le temps, ni les capacités pour affronter les examens' du brevet. Le Frère François le réconforta, l'encouragea, lui inspira l'espoir du succès. Le candidat se mit au travail par obéissance et, avec le soutien moral qui lui était insufflé, il se présenta et fut reçu quatrième sur soixante-quatre concurrents.

A l'aide des mêmes sentiments, il soutenait le courage des malades, il aidait à leur guérison. Un Religieux, té­moin de ses paroles convaincantes, disait : « Je voudrais être assisté à la mort par un pareil Frère. »

Si on ne lui connaît pas une parole de découragement, s'il est impossible de relever dans sa vie un trait de pes­simisme, c'est qu'avec une confiance absolue il faisait tout passer par la Sainte Vierge et qu'elle ne l'a jamais déçu. D'ailleurs, en maintes circonstances, il répétait « Le Père Champagnat est au ciel et il nous secourra. » A la mort même du Fondateur, ne disait-il pas mieux en­core : « Que Dieu l'avait mis dans l'heureuse nécessité de tout lui demander et qu'en retour Dieu s'était mis dans la nécessité de tout lui accorder pour les choses nécessaires à l'Institut.» Lui a-t-il tout accordé? Inébranlable dans les tribulations, gardant l'espoir après l'échec, il attendait l'heure de Dieu.

L'espérance et la foi se tenant par la main marchent de concert vers la charité.

La charité, ce sommet de la perfection, «celle qui réunit toutes les perfections», dit saint Paul, le Frère Fran­çois en fut animé toute sa vie. Il la tenait de sa mère et elle fut chez lui manifeste dès l'âge de dix ans. A l'Her­mitage, elle était apparente dans sa façon de faire le signe de ta croix, de dire le Benedicite, de réciter l'office et les autres prières faites en commun. Le geste, le ton, la tenue prenaient un sens surnaturel qui n'échappait à personne. On le sentait

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