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réellement habité de Dieu. Jaloux de cette présence intérieure, il laissait le plus possible ses Assis­tants traiter avec les gens du dehors les affaires indispen­sables à la vie de la Communauté. Pour lui, il redoutait tout contact étranger qui aurait pu l'éloigner de l'oratoire secret où Dieu restait vivant dans son cœur. Le public ne pouvait retrouver qu'à la chapelle le privilège de l'aper­cevoir. Une habituée des offices, Marguerite Cognet, nous a laissé ce témoignage : «Le Frère François entrait gra­vement, marchait lentement, faisait une génuflexion. Comme il se tenait bien pénétré de la présence de Dieu, il était le modèle des autres. Malheureusement, on ne le voyait pas assez à travers les barreaux, pas autant qu'on l'aurait voulu. » Immobile, jamais appuyé sur l'accou­doir, sa tenue valait un sermon. Mais, tandis que le pu­blic était avide de le voir, le Frère François ne voyait per­sonne. On n'a jamais pu le surprendre à tourner la tête.

Il avait une dévotion particulière aux mystères de l'Enfance et de la Passion du Sauveur. Il faisait chaque jour son chemin de croix, avec une piété qui émouvait ceux qui pouvaient le voir et les portait à l'amour du Christ. Mais c'est surtout au Saint Sacrement qu'il aimait à renouveler l'offrande de son cœur et de sa vie. Il était le seul Religieux de sa Communauté habitué à faire la com­munion quotidienne. Chaque jour aussi, à quatre heures de l'après-midi, il laissait toutes ses occupations pour venir adorer le Saint Sacrement. Il lui confiait toutes les difficultés de sa charge et tous ses espoirs. Il déposait. devant lui ses joies et ses peines. Il traitait avec lui des grandes affaires de sa direction, il en attendait la solu­tion de tous les problèmes qu'il avait à résoudre.

Cette charité s'avérait dans les moindres observances. Il gronda un Frère qui gardait à la sacristie son chapeau sur la tête. Il veillait à ce qu'aucun papier portant le nom de Dieu ne fût profané. A un de ses Religieux qui avait brisé le globe d'une statue, il se contenta de dire : « Il n'y a pas d'autre mal que le péché. » Conscience délicate, la moindre faute lui faisait horreur, et il aurait voulu que l'esprit de charité dont il était animé, pénétrât tous ceux qui l'approchaient. Pénétration, sans contrainte, pénétra­tion inconsciente, qui se faisait, pour ainsi dire, au gré des circonstances. Ainsi, il voulait que la Semaine Sainte fût pieuse, il voulait que les récréations fussent moins bruyantes, il voulait que les chants sacrés qu'il aimait fussent bien exécutés, et lui-même chantait bien, il voulait que les fêtes religieuses fussent célébrées magnifiquement et il se réjouissait de les voir venir parce que Dieu y serait mieux honoré. Mais il suffisait de le voir aller chaque jour au cimetière, il suffisait même de lui voir contem­pler une image religieuse pour qu'éclatât au regard le brasier d'amour qu'il portait au cœur. Un jour qu'un de ses Religieux considérait une gravure pieuse, le Frère Fran­çois la prit, la tint quelque temps à la main, se pencha sur elle avec émotion., y appliqua ses lèvres et la rendit, les veux pleins de larmes. Elle représentait le baiser de Judas.

Ses instructions des dimanches et des jours de fête étaient très écoutées parce qu'elles rayonnaient l'amour de Dieu. Son éloquence simple et suave met l'accent sur les devoirs, et toujours revient dans ses conseils le terme de charité, qui fart li trame de ses allocutions comme elle fait celte de ses circulaires.

Quel sentiment de bonheur émanait de toute sa per­sonne ? Un vieillard qui l'avait connu depuis son enfance évoquait sa piété et disait : « C'était un heureux temps ! » Il est vrai. Comme il était beau de le voir prier, comme tout priait en lui ! En le voyant prier, on pensait à ta prière parfaite.

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*   *

Ces vertus majeures se sont accompagnées chez le Frère François de toutes celles qui leur font un cortège obligé et qu'il a pratiquées jusqu'à l'héroïsme.

Avant tout, il fut humble.

Or, précisément, saint Augustin écrit: «Ce qui doit être avant tout recherché, pour marcher dans la vérité, c'est d'a­bord l'humilité, ensuite l'humilité et encore l'humilité. »

Le Frère François était l'humilité même. Il fuyait les honneurs, les dignités, la première place. Nous rappelons qu'en 1880 lorsqu'il s'agit de donner au Frère Louis­-Marie un successeur, un fauteuil présidentiel avait été pré­paré pour le Frère François. Il déclina cet honneur et s'en vint simplement prendre place auprès du Frère Vicaire.

Pour lui, la seule distinction d'un Petit Frère de Marie devrait être l'humilité. Toujours affable, il est lui-même le prototype de ses Religieux. Il concentre en sa personne l'esprit primitif de l'Institut et tout cet esprit n'est qu'hu­milité. Raffinant encore sur l'humilité de la Trappe où le Père

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