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Abbé porte une croix pectorale que soutient une cordelette au gland doré, chez les Petits Frères de Marie aucun signe extérieur ne permet de distinguer des au­tres membres de la Communauté ceux des Supérieurs qui occupent les plus hautes charges.

Le Frère François aurait pu se prévaloir de son inti­mité avec le Fondateur, il n'en fit jamais état. Nous ve­nons de voir qu'il laissait volontiers ses Assistants traiter les affaires de la Communauté avec les hommes; pour lui, il les traitait avec Dieu. Général, on lui a entendu dire plusieurs fois : « Que je regrette de n'être plus infé­rieur ! » Aussi fut-il heureux de rentrer dans le rang comme un novice, et nous avons dit qu'il n'aurait pas voulu être plus considéré qu'un «pot ébréché». Pour avoir son portrait, il fallut que son Supérieur lui donnât l'ordre de le laisser faire. Son attitude comme sa parole étaient simples. Il aimait la vie cachée.

Cette humilité qu'il pratiquait en toutes circonstances, il l'exigeait aussi de ses subordonnés. A l'occasion d'une retraite, un jeune Religieux s'était présenté avec une che­velure dont il tirait vanité. Le Frère François dit au portier qui, au besoin, faisait fonction de perruquier «Je vais vous envoyer un Frère qui a de longs cheveux. Vous couperez tout. » Et, admonesté par son Supérieur, le retraitant qui se flattait de sa belle chevelure se rendit chez le portier et dut offrir son chef au sacrificateur. Ce­pendant, comme il tenait à son système capillaire, il sup­plia le portier d'user de ciseaux discrets. « Soyez tran­quille, lui répondit celui-ci, je ferai pour le mieux. » Il le fit et coupa tout.

Mais cette humilité qu'il imposait à ses Religieux, le Frère François commençait par la pratiquer lui-même. Le jour où il fut élu Supérieur Général, le premier geste par lequel il voulut entrer en charge fut, avec ses deux Assistants, d'assurer au réfectoire le service de la table.

La pauvreté est une forme de l'humilité, une humilité de fait dont le Frère François a donné un exemple conti­nu. Attentif à honorer les saints dont il portait le nom, saint François Régis, saint François de Sales, saint Fran­çois d'Assise, il chérissait en chacun d'eux le caractère qui rendait leur sainteté plus éminente. Ce qui le rapprochait de ce dernier, c'est qu'il pouvait dire avec lui : «Notre Sœur, la Pauvreté. » A l'exemple du Père Champagnat, il se contentait du vestiaire le plus simple et du minimum de vêtements. Sa calotte râpée restait légendaire. Il n'avait qu'une paire de chaussures, si rapiécées que le cordonnier désespérait toujours de pouvoir leur ajouter un nouveau pansement. Quand il était obligé de les quitter, il chaus­sait des pantoufles héritées du Père Champagnat, qui comptaient au moins quarante ans d'usage. Hiver comme été, il portait les mêmes vêtements. Il maintenait très propres et toujours en bon état ses deux paires de bas, les seules qu'il eût à son usage. Pendant ses soixante années de profession, on ne lui a connu qu'un manteau. A la fin de sa vie, élimé jusqu'à la transparence, on renonçait à le raccommoder et on voulait lui en donner un autre. Il le refusa et dit: «Mon manteau et moi nous sommes de vieux amis. Nous avons fait ensemble le voyage de Rome. Ne nous séparez pas à la fin de notre carrière ', » Il fut enterré avec son vieux manteau. D'ailleurs, lorsqu'il abandonna sa charge de Supérieur Général, il rendit sa montre en disant qu'il n'en avait plus besoin et il refusa de renouveler sa soutane. Il voulait que l'on réservât les vêtements neufs pour les Frères qui devaient entrer en relations avec le public. En revanche, ses Frères n'au­raient pas voulu porter ses vêtements. Mais cette pauvreté n'évoquait aucune idée de ladrerie. Elle commandait le respect, parce que le Frère François avait la tenue la plus modeste et la plus digne, parce qu'elle était sainte comme l'homme qui voulait par-là revêtir la pauvreté du Christ.

Approchons-nous de sa chambre. A l'entrée se trou­vait une bibliothèque dont il prenait grand soin et qu'il partageait avec les Frères. Près d'elle, deux tables sup­portaient des caisses dans lesquelles s'accumulaient toutes sortes de choses trouvées çà et là, car le Frère ne laissait rien perdre. Les unes pouvaient avoir, quelque jour, leur utilité; les autres étaient combustibles qui, jusqu'aux brindilles de bois et au moindre fétu de paille soigneu­sement ramassés, pouvaient alimenter son feu. Dans la cellule où il travaillait, où il se châtiait, un lit de fer,. analogue à la couchette des Trappistes, recouvert d'une paillasse en feuilles de maïs. Des livres disposés sur des rayons; un vieux placard trop vaste pour son humble ves­tiaire, un pupitre surélevé qui lui permettait, dans un esprit de mortification, de travailler debout; un vieux fauteuil, qui aurait servi au Père Champagnat, relégué dans un coin; deux ou trois chaises usagées. Sur les murs, quelques images pieuses dans leur cadre vulgaire, des souvenirs qui lui rappelaient ses confrères, surtout le Fondateur; son image de première communion qu'il ap­pelait «son grand trésor».

Dans ce mobilier réduit à l'extrême, le Frère François tâchait de s'abaisser encore à une pauvreté plus extrême. Le Frère qui, pendant cinq ans de sa vie, l'aidait à se cou­cher, ne lui a pas connu de lampe. Pour lui permettre de rendre cet office, son Supérieur jetait sur son feu quel­ques

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