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Il savait, à l'occasion, donner sur le chapitre de l'obéis­sance des leçons encore plus pertinentes. En mai 1853, un Frère, qui venait d'être nommé directeur d'une école de l'Allier, se rendit chez le Frère François pour lui pré­senter les objections que faisait surgir dans sa pensée l'occupation de ce poste. Le Supérieur l'écouta jusqu'au bout. Puis, prenant son cordon, symbole de la subordina­tion qui le liait à ses chefs, il lui dit

- Avez-vous fait vœu de désobéissance ?

- Et quand j'aurai des ennemis et  des difficultés, ré­pliqua son interlocuteur, que ferai-je ?

- Vous remercierez le Bon Dieu qui vous bénit, répon­dit le Frère François.

Il faut même voir dans le silence, dont le Frère Fran­çois exigeait l'observation rigoureuse, une façon d'obéir. Et il importe de ne pas perdre de vue l'esprit dans lequel il pratiquait cette vertu de soumission : il voulut être obéissant comme le Christ, qui le fut jusqu'à la mort.

*

*   *

Les vertus sont des chaînons. Comme eux, elles valent par elles-mêmes, mais elles valent beaucoup plus par la soudure qui les unit l'une à l'autre et dont la solidarité fait la force de la chaîne. C'est cette succession continue qui assure aux héros du Christ une âme de saint.

Ainsi, on n'a jamais relevé chez le Frère François les marques extérieures d'une passion ou d'un défaut, on ne lui connaît aucun acte d'intempérance.

A l'Hermitage, la table des supérieurs n'était pas diffé­rente de celle des inférieurs. Le Frère François mangeait de bel appétit, mais, insensible à ce qu'on lui servait, il a toujours ignoré en quoi consistait ce qu'il est convenu d'appeler un bon repas. De la soupe, des légumes, peu de viande, quelque dessert, de l'eau rougie, ce fut son ré­gime habituel.

Il pratiquait l'observance du jeûne même au cours de ses maladies. Il insistait beaucoup sur le jeûne de Règle du samedi, dont il n'admettait pas la suppression: sans com­pensation. Après son repas, il buvait un grand verre d'eau du Gier et disait plaisamment que c'était son café. Invité à Saint-Chamond dans la famille de Boissieu, il se contenta pour boisson de son verre d'eau et refusa courtoisement café et liqueurs. A Saint-Genis, il fit remporter un repas plus délicat qu'on lui avait préparé en raison de son état de santé et réclama l'ordinaire des Frères. On crut pouvoir, en usant de supercherie, lui faire manger des truites. On en servit donc dans son carré, après les avoir enrobées d'une omelette. Mais il eut. vite fait d'éventer le petit stratagème : « Il n'y en a pas pour tout le monde, dit-il. Portez cela aux malades. »

A l'Hermitage, il reprocha un jour, au Frère boulanger, d'avoir fait des brioches pour toute la Communauté. Pour­tant, il était soucieux de la nourriture des Frères. Il la voulait simple et copieuse. Il allait fréquemment à la cuisine surveiller les préparations.

Dans une lettre du 6 novembre 1846, le Frère François condamne deux abus : le premier est celui des voyages qu'il interdit sans autorisation à plus de six kilomètres de la résidence de ses Frères. Dans une seconde pres­cription, il supprime le goûter que l'on prenait l'habitude de servir dans certaines maisons. II ajoute judicieuse­ment : «Il vaut mieux ne faire que trois repas avec une nourriture bien préparée et abondante que d'en faire quatre mauvais; car c'est là ce qui arrive : sous prétexte que l'on goûte, on se contente d'un mauvais dîner et d'un souper encore pire. » Il fait suivre ces observations d'une remarque dont l'intérêt rétrospectif ne peut échap­per à personne : « Vu la cherté extraordinaire des vivres cette année, nous ne sommes pas d'avis que vous receviez des pensionnaires à moins de trente francs par mois ... Dans les endroits où généralement le prix de la pension est de vingt-cinq francs par mois, les Frères retranche­ront le dessert aux enfants, à midi et à goûter, et leur serviront du vin trempé aux trois quarts d'eau. »

Ne prenant jamais rien entre les repas, veillant à éviter toute satisfaction sensuelle, il pouvait, pendant vingt-cinq ans, cultiver son petit jardin sans se permettre de man­ger une alise. Il disait : « Si je mange quelque chose d'amer, je pense au fiel que Jésus prit sur la croix et je lui fais le sacrifice de ma sensualité. Quand je souffre de la faim, je m'unis aux souffrances de Jésus dans le désert. Mon lit, si dur qu'il soit, je le trouve plus doux que la croix de mon Jésus ! »

Ce sacrifice de la sensualité, le Frère François s'est évertué à s'y soumettre d'une façon totale et dans les manifestations les plus intimes de son activité. Toujours dans le même esprit, la tempérance qu'il appliquait à la chère, il l'étendait à la fréquentation des hommes, il l'étendait à la voix et c'est pourquoi il chérissait le silence avec passion, il l'étendait aux yeux et c'est pourquoi son attitude était si pudique, il l'étendait au geste et c'est pourquoi son attitude

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