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Il avait l'esprit de famille, veillant un malade ou se mettant à faire la cuisine lorsqu'un cuisinier était souf­frant. En revanche, il s'affirmait intransigeant sur toute dérogation à cet esprit de famille. Il commença par ré­primander un Frère qui tirait ostensiblement gloriole de ses succès. Cette mesure s'étant révélée inefficace, le Frère fut renvoyé. Il avait l'art de réconforter les Religieux affli­gés ou chancelants. Il suffisait qu'il en vît un qui fût triste pour le faire venir à lui, l'interroger et le consoler. Il n'aimait pas qu'on fît des rapports; il voulait que tout fût dit, simplement., aux Supérieurs.

Encore qu'il souffrît d'une santé médiocre, son carac­tère n'en fut jamais altéré. II n'a pas laissé le souvenir de s'être jamais fâché ou d'avoir prononcé un mot qui pût faire de la peine à quelqu'un. Héroïque pour soigner les corps, il ne l'était pas moins pour soigner les âmes. On l'appelait couramment autour de lui «le paratonnerre de l'Institut ».

Il punit sévèrement les jeux de main et les paroles malsonnantes, mais il préfère admonester que punir. Dans les réprimandes, qui étaient vives et fermes, il se montrait cependant «juste, grave, mais bon ». Il avait la plus belle des noblesses, celle de la bonté. Il disait, d'ailleurs, qu'il fallait accepter les réprimandes imméritées pour les cas où on les aurait méritées sans être réprimandé. II savait surtout distinguer les enfantillages du mauvais esprit. Un jour qu'il montait l'escalier, il fut suivi par un novice qui ne le reconnut pas et se hâta d'enrouler au fer de la rampe l'extrémité du cordon qui pendait au flanc de son prédécesseur. Le Frère François s'arrête, se retourne, délie tranquillement son cordon et rentre chez lui. Le novice, lui aussi, rentre chez lui, mais dans les transes du châti­ment qui peut fondre sur sa tête. Le lendemain matin, le Frère François le fait appeler et lui dit : «. Vous serez donc toujours un enfant ? » Ce fut toute sa punition. Un pos­tulant, après son travail, était monté sur un cerisier pour manger des cerises. Le Frère François le voit et l'appelle à lui. II arrive, tout tremblant. Cependant, son Supérieur lui fait un bon accueil et se contente de lui dire que ce qu'il avait fait n'était pas bien convenable. Encore ces mots indulgents furent-ils enveloppés de délicatesse. Un fait plus grave se produisit : c'est un postulant aussi qui, chargé de garder le troupeau de la Communauté, poursuit si maladroitement une vache récalcitrante qu'elle glisse au bord d'un escarpement et tombe au pied des terrasses où on la retrouve en fort mauvais état. Le jeune garçon craint d'être renvoyé et d'avoir, par surcroît, à payer le prix de la vache. Convoqué chez son Supérieur, celui-ci l'invite à raconter comment les choses se sont passées. Le récit terminé, il le regarde et prononce : «Vous avez fait moins de mal que si vous aviez commis le plus petit des péchés véniels. » Sur cette seule admonestation, il tint quitte le coupable.

Alors, nous ne sommes pas surpris que le Frère Pierre-­Paul, qui compte quatre-vingt-deux ans et a connu quel­ques-uns de ces traits de miséricorde, nous rappelle avec une conviction émue : «C'était un papa, un bon papa. » Nous ne pouvons non plus nous étonner de savoir que, le Frère François ayant un jour visité la maison de Neuville, un Religieux, témoin de sa sollicitude, se soit écrié «Que Dieu doit être bon si un homme peut être aussi bon!» A l'image du Père Champagnat, la prédilection du Frère François allait aux malades. Il regardait Jésus dans leur personne. A l'occasion d'une épidémie de variole qui désolait la Communauté, il répétait volontiers «Maison de malades, maison de bénédictions. » Il était dans sa nature généreuse de céder à ce penchant pour les corps éprouvés. Le Fondateur des Petits Frères de Marie avait-il pressenti cette inclination et les conséquences heureuses qui pouvaient en découler ? II le nomma pre­mier infirmier. Il ne tarda pas alors à reconnaître qu'il montrait de l'adresse à faire des pansements et que les malades le préféraient à tout autre. II est vrai que, le cœur toujours en alerte, le Frère François s'ingéniait à dépister les maladies. Un jour qu'il sort de la chapelle avec un de ses Assistants, il entend une toux qui vient d'un groupe de jeunes Religieux rassemblés autour de la porte du Frère Jean-Baptiste. Il laisse aussitôt son compa­gnon pour questionner celui qui a toussé. Sur les ré­ponses qu'il a entendues, il lui ordonne de monter, dès qu'il aura vu son Supérieur, chez le Frère infirmier et d'y prendre les remèdes dont il donne les noms. Les jours suivants, il ne le perd pas de vue et il veille à ce que ces remèdes lui soient administrés jusqu'à complète guérison.

Il a le souci de ses malades. Il les visite fréquemment. Il les soigne le jour et, s'il est nécessaire, la nuit. L'un d'eux a-t-il besoin d'exercices qui lui rendent la mobilité de ses membres, il l'aide à faire ces mouvements. Puri­fiant l'âme pour mieux obtenir la purification du corps, il exhorte le malade qu'il visite à être un saint malade. Mais, après l'avoir invité à offrir ses souffrances pour des fins supérieures, il n'a pour lui que paroles de tendresse et d'apaisement. Saint François d'Assise dansait pour rendre la joie à un de ses Frères et mangeait des aliments

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