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rance, il méditait la création d'un Institut de Frères qui se chargeraient spécialement de leur éducation. Avant d'en venir à cette fondation, il prenait souci d'étayer sur des connaissances solides la vie de ses jeunes paroissiens. Comme tous les grands directeurs, il s'évertuait à être un catéchiste clair, attentif et patient. Toujours ambi­tieux d'élargir le groupe de ses jeunes auditeurs, il avait même promis quelque pieuse récompense à chacun de ceux qui lui amèneraient un enfant de leur âge.

C'est ainsi qu'un matin, deux frères se présentèrent à l'abbé Champagnat. L'un était l'aîné; le plus jeune, celui qu'il amenait par la main depuis la ferme de Maisonnette, était Gabriel Rivat.

Mystère des rencontres! Mystère de ces rapproche­ments d'apparence fortuite ! Ils ne semblent être qu'une minute perdue dans l'écoulement des heures et voici qu'ils s'inscrivent définitivement sur la route du temps pour être le point initial d'une destinée commune, et tantôt un point noir, tantôt un point d'or. Ici, l'or de­vait l'emporter.

Parmi tous ces plus petits que l'abbé Champagnat, à l'exemple du Maître, voulait voir venir à lui en nombre toujours plus grand, Gabriel Rivat allait être un enfant d'élection. A partir de ce jour, un lien spirituel allait se nouer entre eux qui, faisant de celui-là le maître et de cet autre le disciple, devait les associer et les associe encore à une oeuvre dont l'avenir a confirmé la néces­sité et révélé l'importance. Il est vrai que, si l'abbé dis­cernait une âme qui correspondait à la sienne et com­mençait à s'y complaire, l'enfant, de son côté, lui apportait, en dépit de son âge, des gages d'espérance et même des éléments de certitude. Apte comme une bonne terre, il se laissa pénétrer de rayons qui, venus de très haut, se réchauffaient à la parole du prêtre. Il faut mar­cher plus d'une heure pour aller du hameau de Mai­sonnette à La Valla. Cependant, de grand matin, alors que les portes de l'église étaient encore fermées, il y avait maintenant un enfant qui s'y présentait, avide d'en franchir le seuil et de retrouver le cours d'un enseigne­ment qui continuait d'ouvrir à la lumière la fleur of­ferte de son âme.

Aussi ne faut-il point s'étonner que, pour un petit être déjà si manifestement habité de Dieu, Marcellin Cham­pagnat consentit à devancer l'âge requis pour la pre­mière communion. Il permit à Gabriel Rivat de se pré­senter à la Table Sainte dès l'âge de dix ans, alors que ses camarades devaient ordinairement atteindre celui de onze ou douze ans. Exception d'autant plus significative que les préoccupations les plus obsédantes du catéchiste de La Valla lui étaient suggérées par l'ignorance massive dans laquelle se trouvaient alors les enfants nés aux champs. Mais, à cette faveur extraordinaire, le nouveau commu­niant répondit par une ferveur inaccoutumée. La preuve en est certaine : à dix ans, il eut conscience d'avoir ac­quis le trésor inestimable que toute la vie ne suffirait pas à épuiser. Un jour, des témoins de tout ordre viendront affirmer qu'après avoir reçu l'Eucharistie, le Frère Fran­çois en était irradié. L'irradiation commence avec l'acte solennel qui le remplit de Dieu à l'âge de dix ans. De l'humble image qui commémore sa première commu­nion, il ne consentit jamais à se séparer. Il en fit l'orne­ment de sa chambre où, exposée sur un mur, il pouvait toujours l'avoir à portée de ses yeux. A l'Hermitage, elle est encore une des précieuses reliques qui continuent de parler de lui. Elle porte la date du 19 avril 1818.

La première communion n'était pas alors cette forma­lité religieuse qu'elle est devenue pour trop de familles où, la cérémonie passée, l'enfant est tenu quitte de ses devoirs envers Dieu. Pour Gabriel Rivat surtout, elle avait toute sa valeur d'initiation, elle lui ouvrait l'en­trée d'un royaume dont l'immensité lui restait à connaître. D'ailleurs, rien ne révélait au dehors le chemi­nement lumineux de la grâce chez un garçon de dix ans, pareil aux autres, aurait-on dit, peut-être plus timi­de, plus doux, plus patient. Mais l’œil averti de l'abbé Champagnat voyait plus loin que ces apparences. Il re­gardait aller vers la vie l'enfant prématurément enrichi de la présence divine, et ce qu'en lui il ne perdait pas de vue, c'était surtout le pâtre choisi entre tous. L'exécution des grands desseins qu'il nourrissait depuis longtemps appelait des collaborateurs. Gabriel Rivat serait un des premiers qu'il se réservait.

En effet, l'époque était venue où le vicaire d'un petit village forézien avait résolu, lui, chétif, de venir au se­cours des enfants nés à la ferme en formant pour eux dès éducateurs religieux.

Qu'il eût à La Valla l'audacieuse idée de cette fonda­tion ne peut étonner ceux qui se rappellent que les fleu­ves ont pour origine un filet d'eau dans la montagne !

Aussi bien, sur la terre féconde du Forez, La Valla, en tout temps, fut un village béni.

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