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qu'il s'interdisait d'ordinaire pour engager un autre d'en­tre eux à prendre le repas indispensable à sa réfection. Le Frère François voit-il un malade sombrer dans la mélan­colie, il va jusqu'à lui chanter, une chanson plaisante, il ne le quitte pas qu'il ne lui ait rendu la grâce d'un sou­rire. L'amour est encore dans les lettres qu'il écrit aux malades et à ceux qui les soignent. L'amour est dans l'organisation de cette pharmacie qui existe toujours dans la teneur qu'il lui assigna, comme dans la formation des infirmiers qu'il initiait à ses connaissances. Doit-il pour quelque voyage quitter la maison ? C'est avec peine qu'il se sépare de ses malades. Avant de partir pour Rome, il va voir un Frère atteint de fièvre maligne et, en dépit de son état, l'embrasse avec effusion.

La charité du Frère François est loin de se borner à l'enceinte de la Communauté. Chaque jour, une cohorte de pauvres se presse à la porte de l'Hermitage. Le Supé­rieur Général veut qu'on ne leur donne que des vête­ments en bon état ou bien raccommodés. Quand ils ne viennent pas à lui, c'est lui qui se rend auprès d'eux. Il leur fait porter des secours dans les maisons du voisinage. N'a-t-il pas consenti à garder quelque temps un fou étran­ger à la Communauté ? Il le protège et gronde les jeunes Frères qui se moquent de lui. Toujours inquiet du sort des voyageurs, il prie pour eux et, les jours de gros temps, prescrit des prières à leur intention. Sa déférence envers les siens reste affectueuse sans aucune marque de complai­sance. Lorsqu'il passe par Rochetaillée, s'il ne rend pas visite à sa sœur, ce n'est pas sécheresse de cœur, mais, sachant qu'elle va bien, c'est spirituel détachement. Nous avons noté nous-même l'extrême politesse de ses lettres.

Sa bonté s'étend aux animaux, à la plus petite des créa­tures, et, particulièrement, aux oiseaux. II veut qu'autour de l'Hermitage ils soient en sûreté.

Lorsque arrive le printemps, c'est toujours un étonne­ment pour les novices de voir qu'à proximité de l'habita­tion, les oiseaux font leur nid sur les rosiers et les ar­bustes les plus frêles du jardin, qu'ils se cherchent même un abri dans les trous des murs élevés autour des cours de récréation, à la portée de tous ceux qui auraient voulu les atteindre. Mais cet instinct de destruction trouve son frein dans une surveillance qui l'empêche d'être mis à effet. Les oiseaux ont un protecteur et le protecteur se montre impitoyable. C'est le Frère François. Il n'interdit pas seulement qu'on les dérange à l'époque des pariades, il veille à ce qu'ils soient respectés et dans la confection de leurs nids et dans les allées et venues que nécessite la recherche des becquées attendues par la faim des petits.

Ainsi, du cœur du Frère François ne cesse de découler une charité extraordinaire. Ferme sur les principes, au demeurant, partout, sa régence est douce. II nous plaît de revenir avec lui dans ce petit jardin qu'il s'est construit en élévation. Là, enveloppé de célestes pensées, non seulement il vit toujours dans la présence de Dieu, mais, cette présence lui étant sensible en toute créature, il la voit avec reconnaissance dans ces plantes médicinales qui recèlent pour la santé des hommes des vertus de salut; il la voit, autour de son jardin, dans les oiseaux confiants qui se reproduisent selon l'ordre du ciel et qui chantent la vie à longueur de journée.

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Quand on a un peu vécu dans l'intimité spirituelle du Frère François, on éprouve au contact de son âme un sentiment de plénitude. Après avoir énuméré quelques­-unes des vertus qui transfigurent dès la terre une pauvre créature héritière de toutes les misères de la chute, il nous est plus prompt de dire qu'il n'en est pas une dont il ne se soit affirmé le héros. S'il n'en est aucune dont son humilité eût voulu se réclamer, c'est nous, aujourd'hui qui, pour lui, les réclamons toutes. Saint Thomas, em­ployant le langage d'Aristote, écrit : Perfectum esse cui nihil deest.

Que rien n'ait manqué au Frère François pour atteindre cet état de perfection qui transporte l'homme au-dessus de lui-même, nous en sommes donc convaincus. Mais cette conviction personnelle est corroborée par les plus hautes attestations. L'un de ses successeurs, dans la char­ge de Supérieur Général, a dit de lui : « Je suis certain que le Frère François a toujours observé tous les commandements de Dieu et de l'Eglise. Je crois qu'on ne pourrait pas citer une circonstance où il ait été en dehors de son devoir de chrétien. Cette pratique des vertus a été certai­nement héroïque et d'une continuité telle qu'elle est admirable. » Pour l'abbé David, elle était si grande et si totale qu'elle paraissait inimitable. On dirait qu'il est à court d'expression lorsqu'en définitive il ajoute : «Il fai­sait mieux que tous les autres. »

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