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IV

UN FRÈRE MARISTE

Le Frère François aimait à dire que saint Jean était le premier Mariste.

En le disant, il évoquait le don mutuel qu'à l'heure suprême du Calvaire le Christ avait. fait à sa mère dans la personne de saint Jean et à saint Jean dans la personne de sa mère. Don intentionnel aussi, parce qu'en rappro­chant de celle qui est la Mère incomparable l'Apôtre qui, pendant la Cène, reposait sa tête sur son cœur, Dieu savait qu'il pouvait les confier l'un à l'autre. L'Evangile ajoute que Jean « prit» Marie avec lui, ce qui signifie qu'il la reçut dans sa maison. On imagine alors de quel respect, de quelles prévenances, de quels soins le disciple bien­-aimé put entourer jusqu'au jour de sa dormition la Mère du plus haut amour.

Enfant chéri de la Vierge, nous avons déjà fait remar­quer que le Frère François est né un samedi, le 12 mars 1808, a été élu Supérieur Général un samedi, le 12 octobre 1839, est mort un samedi, le 22 janvier 1881. Nous avons aussi mentionné en son temps la double consécration qui, de bonne heure, le lia pour jamais à la Reine du Ciel. Mais il y a plus. Comme saint Jean, le Frère François a pris Marie dans sa maison. Que dis-je ? Dans toutes les maisons de son Institut, qui ont à ce jour essaimé sur quarante-cinq pays du monde, il a donné à la Vierge une place spéciale, et cette place est la première.

Le Fondateur de la Congrégation des Petits Frères de Marie le devançait, il est vrai, dans cette préférence. A leurs débuts difficiles, ses compagnons n'avaient pour dortoir qu'une grange, pour lit qu'un peu de paille, pour nourriture qu'un peu de pain noir tombant en lambeaux et quelques légumes, pour occupation rémunératrice qu'un travail manuel très pénible. Pourtant, à une ex­ception près, rien ne put éloigner ces jeunes adeptes de leur petit centre fervent. Pourquoi ? Parce qu'en les grou­pant autour de lui, l'abbé Champagnat leur parlait de Marie avec tant d'amour que, désormais, rien ne pouvait les détacher de son service. Le Fondateur appelait Marie sa « ressource ordinaire» et, pour déjouer les embûches, pour surmonter les obstacles, pour triompher des empê­chements qui tentaient de retarder ou de ruiner sa mis­sion, ce n'est jamais en vain qu'il eut recours à elle.

Disciple, confident, ami du Père Champagnat, le Frère François n'avait qu'à marcher sur ses traces. Il le fit. Le Frère Marie-Victrice, missionnaire en Nouvelle-Calédonie, écrit de Païta : « A mon entrée au noviciat, en 1872, on me présenta au Frère François qui me reçut à bras ou­verts. II me parla si bien de la Sainte Vierge et de la gran­de grâce qu'elle me faisait en m'appelant à la vie reli­gieuse, que je n'oublierai jamais ses paroles. » Mais le disciple n'est-il pas allé plus loin que le maître ? Chez l'un comme chez l'autre, l'amour était le même, l'amour était immense. Pourtant, celui du Frère François nous apparaît surenchéri.

Il ne se contentait pas de l'exalter au pinacle de sa mai­son, cette maison qui porte le nom de sa protectrice Notre-Dame de l'Hermitage, elle régnait dans son cœur, il l'associait à toutes ses actions, tout lui était occasion de lui offrir un perpétuel hommage. Il écrivait dans son journal : « En disant l'Ave Maria, penser et m'unir aux sentiments de l'Ange Gabriel dont j'ai reçu le nom au bap­tême. » Son chapelet ne le quittait guère et nous savons qu'il appelait constamment la Vierge à son secours. Il y avait même entre eux nous ne savons quelle entente secrète, mais, lorsque la santé du Frère François s'améliora, après cette première attaque qui le contraignait à signer de la main gauche, il confiait à ses religieux que chaque pro­grès correspondait à une fête de Marie, et il appelait l'Assomption : «la fête de Pâques de la Sainte Vierge».

Quand il parlait d'elle, quelque chose de surnaturel sor­tait de sa bouche, et il en parlait fréquemment à qui ve­nait le voir. Quant à ses circulaires, la plus pure expres­sion de sa pensée, s'il en est deux sur vingt qui lui soient spécialement consacrées, il n'en est pas une où il ne trouve occasion de célébrer la Mère de Dieu.

Dans celle du 31 juillet 1847, il tire, pour ses Petits Frères, une leçon de l'effacement de Marie : «Ce nom de Frère de Marie est glorieux pour nous. Mais n'oublions pas qu'il nous impose une obligation rigoureuse de res­sembler à notre Mère, car elle ne nous reconnaîtrait pas pour ses enfants si elle ne voyait en nous ses caractères, si nous ne l'imitions et ne lui devenions semblables ... »

« ... Cette Vierge si humble, qui a toujours aimé et recherché la dernière place, pourrait-elle regarder comme son enfant un Frère Mariste superbe, qui tirerait vanité de ses talents et de ses vertus, qui chercherait à paraître de­vant les hommes, qui travaillerait pour s'attirer leur es­

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