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la portait sur lui comme l'armure protectrice du chevalier, il la portait en lui. Le Frère Angelicus pouvait dire, sans être taxé d'exagération : « Si on perdait le livre des Règles, on en trouverait la copie vivante dans le Frère François. »

Dès les premières années de son généralat, il veillait à ramener ses Frères à cette observance essentielle. Le 15 janvier 1841 il leur écrit : « Nous ne vous souhaiterons ni les richesses de la terre, ni les honneurs du monde, ni les plaisirs de la vie. Ces richesses vous les avez abandonnées pour ne porter vos espérances que sur les trésors impérissables de l'éternité; la gloire, vous ne la mettez qu'à faire connaître et aimer Jésus Enfant et Marie, sa divine Mère; les plaisirs, vous n'en trouverez que dans la pratique de vos devoirs, la fidélité à la Règle et la paix d'une bonne conscience. »

D'ailleurs, la consigne qu'il leur donnait était simple et se réduisait à un précepte fondamental : « Gardez votre Règle, elle vous gardera. »

Il en parlait avec une autorité et une conviction dont témoigne sa circulaire du 11 janvier 1853, que nous rap­pelons une fois de plus: «Pourrions-nous nous régler sur les exemples de ceux avec lesquels nous vivons ? Non, car rien n'est plus dangereux que de se conduire par l'exem­ple de la multitude. La perfection est trop difficile, trop relevée, trop divine pour être commune. Nous ne devons pas nous engager dans une voie par la raison seule qu'elle est fréquentée, attendu que l'exemple des autres n'est pas la règle qui doit assurer notre conscience et que ce qu'ils font ne nous montre pas infailliblement ce que nous devons faire.

«Je pourrais vous dire ce que Moïse disait aux Hébreux en leur montrant les Tables de la Loi qu'il venait de re­cevoir des mains de Dieu sur le Mont Sinaï : Je vous présente dans ce Livre la vie ou la mort; la vie si vous vous conduisez selon les préceptes qu'il vous donne, la mort si vous les méprisez, si vous les violez.

« La Règle doit occuper toutes les puissances de notre âme et toutes les facultés de notre corps. »

Le Frère François comparait le religieux au soldat, qui doit être brave, et il estimait . « Ceux des Frères qui manquent à la Règle sont plus à craindre que des ennemis. » Voulant que l'on s'y tint ferme et qu'on n'éludât quoi que ce soit, il rappelait la parole de saint François de Sales : «Il vaut mieux vivre sous la Règle que d'avoir des exemptions sans nécessité, d'autant plus que souvent les Supérieurs accordent ces permissions, comme Moïse, à cause de la dureté du cœur de ceux qui les demandent. » Cependant, cette rigueur pourrait faire illusion : elle était dans le principe, elle n'était ni dans la forme ni dans l'ap­plication. La haute idée que se faisait le Frère François de l'observation de la Règle par un de ses Religieux lui avait dicté cette formule que nous relevons dans la lettre du 15 janvier 1844 : « Là est son honneur devant Dieu et devant les hommes. » Le Père Gustave Grenot éclaire judicieusement la conduite du Supérieur Général sur ce point qui lui tenait tant à cœur, lorsqu'il dit que la vertu du Frère François consistait dans «la régularité pour lui et son zèle à faire appliquer la Règle doucement par les autres ».

A l'égard des étrangers, le Frère François restait infle­xible sur le maintien de cette observance. En 1844, une voisine de l'Hermitage, Madame Monteiller, souffrait de­puis deux ans de douleurs violentes, consécutives à une opération chirurgicale. Après avoir d'abord prié le Père Champagnat, mort depuis quatre ans, et enseveli dans le cimetière des Frères, elle se persuada que, si elle pouvait aller l'invoquer sur sa tombe, elle serait guérie. Mais, pour atteindre cette tombe, il fallait franchir l'enceinte de la Communauté, dont l'entrée est interdite aux fem­mes. A moins que, en raison du but invoqué, le Frère François n'autorisât cette infraction. La malade lui fit adresser une demande, et crut pouvoir user d'influence d'autant plus décisive à son avis que plusieurs membres de sa famille n'avaient pas ménagé leurs bienfaits à l'Ins­titut. Hélas ! l'intention était louable, mais la Règle im­muable. Le Frère François ne voulut rien concéder. Pour­tant, cette femme persistait dans sa conviction. Compa­rable à celle dont parle saint Mathieu, cette malade affligée depuis douze ans d'un flux de sang, qui aspirait à toucher seulement la frange du manteau du Christ, et que Jésus renvoya en lui disant : «Ayez confiance, ma fille, votre foi vous a guérie. » Mue par une foi semblable, la sup­pliante du Père Champagnat se décida pour un parti héroïque. Un jour que la Communauté était absorbée par un office, elle franchit le Gier en aval de l'enclos. Com­ment se présentait la rivière à cette époque, avant tous les travaux qui en ont modifié le cours, nous ne pouvons que le conjecturer. Sa largeur atteignait certainement trois à quatre mètres, sa profondeur près d'un mètre. La cou­rageuse femme ne se laissa pas arrêter par ce fossé d'eau. Elle le franchit comme elle put, pénétra aux abords de l'enclos, escalada tes murettes et s'agenouilla enfin sur la sépulture du Père en qui elle avait mis tout son espoir. Et ce

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