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Les circulaires, dans la vie du Frère François, c'est la perle au fond du creuset.

Il s'est évertué de si près à leur élaboration qu'aujour­d'hui encore elles sont le domaine qui lui reste propre. Il n'est que de les lire pour le retrouver. Il est là tout entier. Descendues des hauteurs de l'âme, ces circulaires révèlent une spiritualité au sein de laquelle il se meut avec aisance, parce qu'elle est son élément.

Science religieuse et mysticisme, autorité et doctrine, simplicité et grandeur, ces vingt circulaires, dont .l'am­pleur et la solennité rappellent la plupart du temps celles des encycliques, se recommandent encore par leur par­faite adaptation aux esprits qu'elles se proposent d'at­teindre. Quant à leur essence, elle est faite de la plus pure moelle chrétienne. Les petits carnets conservés parmi les reliques du Frère François sont là pour en témoigner : il lisait beaucoup, il lisait la plume à la main, il transférait, d'une dextre inlassable, sur des pages nombreuses, des extraits tirés des auteurs sacrés ou des traités spirituels dont la fréquentation lui était quotidienne. C'est pour­quoi ses circulaires sont substantiellement nourries de ces textes. Il ne se contente pas de les enrichir de citations qui s'y enchâssent naturellement comme des pierres pré­cieuses, prêtes à répondre à une exigence immédiate, le fond même de ces lettres en est tellement pénétré qu'elles brillent dans la trame sans qu'il soit besoin de les mettre en relief et que la coulée du discours en retire à la fois sa densité et sa lumière.

A l'esprit de foi le Frère François a consacré quatre circulaires. Insistance significative qui nous livre le fond de ses préoccupations et nous montre le cas qu'il faisait de cette vertu entre toutes. Dès la première de ces lettres, celle du 15 décembre 1848, il en parle en termes fervents

« Sans ce flambeau divin, nous serions encore ici-bas comme des aveugles qui ne voient rien au milieu même de la plus vive lumière. » Il prend en pitié ceux dont l'esprit de foi ne vivifie pas toute l'existence : «Passer sa vie à filer, avec le plus grand sérieux du monde et toute l'application de son esprit, des toiles d'araignée que la mort balaiera en une demi-seconde .. . Etre chrétien enfin et vivre en païen ... quelle démence ! ... quelle fureur ! ... » II s'écrie : «OÙ sont parmi nous les vrais pauvres d'esprit, les vrais humbles de cœur, les vrais amants de la croix de Jésus-Christ ? . . . La race des saints est presque éteinte de nos jours. » Il rappelle la parole de saint Grégoire le Grand : «Celui-là seul croit parfaite­ment qui pratique ce qu'il croit. » Il flétrit un enseigne­ment dispensé sans une foi totale et sans la prééminence de la religion: «De là, dit-il, ces catéchismes faibles, nuls, sans intérêt, où il n'y a rien de suivi, rien de so­lide, rien qui aille à l'esprit ni au cœur des enfants; où le maître et les élèves bâillent ou languissent en attendant que quelques démonstrations d'arithmétique ou de géo­métrie, données avec tout le feu et tout l'intérêt possible, viennent captiver l'attention générale et achever, par un fatal rapprochement, de faire perdre aux enfants le goût et l'estime de la religion, en leur montrant de plus en plus le peu d'importance qu'on y attache et la préférence qu'on donne sur elle aux sciences profanes. » Mais, com­me on pourrait se méprendre sur le sens qu'il apporte à cette subordination des sciences profanes, il s'empresse d'ajouter le correctif nécessaire : «Nous savons que l'étude de ces sciences, bien réglées et faites pour de bons motifs, contribue efficacement à maintenir le recueillement et la régularité dans nos maisons. » Il célèbre en définitive «le bonheur d'une âme qui fuit les regards du monde».

Dans la seconde circulaire, datée du 16 juillet 1849, il revient sur ce sujet pour se faire, s'il est possible, plus convaincant et plus pressant : «Cette foi, cette croyance doit être telle qu'elle surpasse toute autre foi, toute autre croyance au point que, quand tous les docteurs de la terre et les anges eux-mêmes essaieraient de nous persuader le contraire, toutes les raisons ne fissent pas plus d'impres­sion sur nous, n'ébranlassent pas plus notre foi que s'ils n'avaient rien dit ... La foi véritable, par la force de la certitude qu'elle nous donne, approche de nous les choses éloignées, rend en quelque façon présent ce qui n'est que futur, et sensible ce qui ne peut se voir encore. » Il ac­cule son lecteur au dilemme essentiel : «Je n'ai qu'une affaire importante à traiter sur la terre, celle de mon sa­lut. Si elle réussit, tout est gagné pour moi; si elle est manquée, tout est perdu sans ressource et pour toujours. » Pour le vrai fidèle, «tout son raisonnement tient en ce peu de mots : Dieu l'a dit, c'est donc vrai; Dieu l'a fait, c'est donc bon; Dieu le veut, donc c'est juste; Dieu le défend, donc c'est mal; Dieu l'a promis, donc cela arri­vera, car le ciel et ta terre passeront, mais sa parole ne passera jamais. »

La troisième circulaire sur l'esprit de foi, qui porte la date du 21 décembre 1851 exalte spécialement les privi­lèges de ceux à qui Dieu a fait signe : «L'esprit de foi découvrira l'excellence et les avantages de notre vocation et nous fera regarder l'état religieux comme le plus saint et le plus heureux que nous puissions désirer sur la terre. Quel bonheur, en effet, n'est-ce pas pour

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