X hits on this document

172 views

0 shares

0 downloads

0 comments

48 / 55

nous d'être débarrassés des soins des choses temporelles et de n'avoir comme les anges qu'à louer, aimer, bénir et servir Dieu, à travailler pour sa gloire et pour le salut, de nos Frères, d'avoir tout donné à Dieu, biens, honneur, plaisir, liberté même, et de pouvoir dire comme saint François d'Assise: «Mon Dieu est mon Tout, et je n'ai plus rien que lui», de nous voir continuellement les favoris de Jésus-Christ et l'objet de ses divines communications à l'oraison, à la communion, dans les visites au Saint Sa­crement, dans tous nos exercices de piété qui sont si mul­tipliés ; enfin, d'être appelés à un état où tous les moyens de salut nous sont prodigués, où nous nous trouvons dans l'heureuse nécessité de faire le bien et comme dans l'im­possibilité de commettre le péché ou du moins d'y persé­vérer? «C'est là, dit saint Bernard, déjà cité, que l'homme vit avec plus de pureté, qu'il tombe plus rarement, qu'il se relève plus promptement, qu'il marche avec plus d'assurance, qu'il reçoit plus de grâces, qu'il repose plus doucement, qu'il meurt avec plus de confiance, qu'il est purifié plus tôt et qu'il se voit récompensé plus abondam­ment. » Que ces avantages inestimables aux yeux de la foi nous attachent pour jamais à notre saint état et qu'ils nous y soutiennent toujours malgré les difficultés que la nature peut y rencontrer.

«Il n'est pas une seule action, même des plus naturelles et des plus indifférentes, qui, étant faite en état de grâce et dans la vue de plaire à Dieu, ne nous mérite un degré de gloire éternelle, ou qui ne soit, comme dit saint Bernard, la semence de l'éternité. Dans chaque bonne action, quel­que petite qu'elle soit, est renfermé le paradis comme dans sa semence et la foi y découvre la vision bienheu­reuse, la possession éternelle de Dieu, toutes les richesses, toute la gloire et la joie infinie du paradis ... Nous n'a­vons pour être parfaits qu'à faire ce que Dieu veut et à le faire comme il le veut ... Le royaume de Dieu est au-dedans de nous-mêmes et la dépense de notre salut est toute faite. En ne faisant que ce que nous faisons chaque jour sans plus de temps ni plus de peine, nous pouvons arriver à la perfection et à la sainteté. »

Dans une quatrième et dernière circulaire sur l'esprit de foi, celle du 9 avril 1853, le Frère François recherche tes moyens d'entretenir cet esprit. Sans doute il recommande l'oraison, sans doute il préconise le recours fréquent à la communion, et qui plus que lui pouvait parler de cette «ivresse spirituelle» qui est, selon saint Cyprien, un don de l'Eucharistie ? Mais il rappelle ici surtout l'efficacité de la lecture des livres saints, cette lecture à laquelle on peut toujours revenir comme à un ami éclairé et consolant. Il se souvient de saint Jérôme écrivant : « Lorsque nous prions, nous parlons à Dieu; mais lorsque nous lisons, c'est Dieu lui-même qui nous parle. » Il fait sien le conseil que ce même Docteur donnait à la vierge Eusto­chium : «Que le sommeil ne vous surprenne qu'en lisant, et ne vous endormez que sur la Sainte Ecriture. » Mais il y a plusieurs façons de lire. Il y a surtout une façon profane de lire un texte sacré, contre laquelle l'auteur de la. circulaire s'élève en invoquant l'autorité de saint Ber­nard . « Que celui qui se met à lire, dit le grand Cistercien, ne cherche pas tant à apprendre les choses de Dieu qu'à les goûter; car la simple connaissance de l'entendement est sèche et stérile, si elle n'échauffe la volonté et si elle n'excite en elle cette ferveur qui rend la lecture fruc­tueuse et qui en est la principale fin. Nous faisons nos lec­tures par esprit de curiosité et de vanité, pour parler avec habileté des choses de la religion ... Ainsi les livres saints sont pour nous comme des «livres scellés». Le Frère François veut que le lecteur des livres spirituels imite l'abeille. Il veut qu'il n'abandonne une fleur pour une autre qu'après en avoir épuisé tout le suc. Ces cahiers nous prouvent assez que, pour son compte, il n'avait pas une autre façon de procéder.

Ces lectures approfondies lui permettaient de s'élever à des considérations qui ne sont pas strictement d'un do­maine restreint à sa Congrégation, mais, avec, une portée générale, s'appliquent à la chrétienté, intéressent même l'humanité tout entière. Ainsi, dans la circulaire du 21 juin 1856, qui repose sur ces deux propositions : fuir le péché, imiter Marie, on relève cette réflexion de haute vue : «Nous sommes tous solidaires des fautes de la société dont nous sommes membres; et quand une nation dans son ensemble est devenue prévaricatrice, tous nous méritons de participer aux châtiments que le ciel lui inflige. Dieu a l'éternité pour dédommager et récompenser les justes des peines qu'ils auront endurées. »

La dévotion indéfectible qu'il eut pour son maître, le Père Champagnat, lui donnait occasion de ramener sans cesse le regard de ses Frères sur le modèle que leur lais­sait leur Fondateur. Il a même voulu, le 6 janvier 1857, lui consacrer une circulaire d'une religieuse affection «Sa vie sera pour nous comme une lumière continuelle, écrit-il à ses Religieux. Nous devons nous comporter de telle manière en toute chose qu'aucune de nos paroles et de nos actions ne puisse être désavouée par lui ni condamnée par ce qu'il a dit ou par ce qu'il a fait ... Ef­forçons-nous de le faire revivre en chacun de nous 1 »

Document info
Document views172
Page views174
Page last viewedFri Dec 09 18:22:29 UTC 2016
Pages55
Paragraphs574
Words41963

Comments