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La circulaire du 15 avril 1859 est un véritable traité sur l'esprit de piété, et d'une psychologie si riche : «Nous pouvons dire de la piété ce que Salomon disait de la sa­gesse : Avec elle me sont venus tous les biens... Vivant loin du monde et de ses fausses jouissances, où trouve­rons-nous le bonheur si ce n'est en Dieu et avec Dieu ? Et trop heureux mille fois que notre état ne nous permette de ne le trouver que là ... La piété est un don de Dieu qui nous unit à lui comme à notre père et nous fait aimer tout ce qui a rapport à lui. Elle rend notre âme souple aux mouvements du Saint-Esprit et à toutes les impres­sions de la grâce; elle nous porte surtout à avoir pour Dieu un esprit filial et un cœur d'enfant qui nous le fait envisager comme notre vrai père. Parce que vous êtes ses enfants, dit saint Paul, Dieu a envoyé dans vos cœurs l'esprit de son Fils qui crie : «Mon Père ! mon Père ! » ... La piété rend affable, honnête et généreux. Malheur aux cœurs durs ! »

La circulaire sur le Saint-Esprit, la plus haute, la plus sacerdotale, est datée du 31 décembre 1859. Le début y est plein de grandeur : «C'est sa grâce et son esprit qui, comme une sève divine, doivent tout diriger en nous, tout vivifier, tout sanctifier, pensées, paroles et oeuvres. Nous sommes les temples du Saint-Esprit, et par lui du Père et du Fils, de la Trinité entière. Il faut donc que Dieu soit aimé, honoré et servi en nous comme dans un temple. Notre cœur doit être un autel toujours dressé devant la majesté infinie de Dieu qui habite en nous.»

Nous laissons ici cette circulaire, que nous appellerions volontiers la circulaire des pierres vivantes, mais pour la retrouver bientôt, lorsque nous allons parler du Reli­gieux Mariste à qui elle s'applique spécialement.

D'ailleurs, c'est avec, regret qu'ici et là nous ne donnons de ces lettres admirables que des extraits trop brefs. Comme les Béatitudes de Franck, elles sont l’œuvre d'une vie et, pour le Frère François, l’œuvre de sa vie. Ce qui nous permet d'évoquer à leur propos le grand musicien, c'est leur éloquence tranquille, la phrase d'une ampleur soutenue, le pur hosanna. De génération en génération, les Petits Frères de Marie pourront les relire et les mé­diter, leur premier Supérieur Général leur a laissé en elles un message toujours actuel.

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Ce large enseignement, d'une portée générale, est complété par des admonestations éparses et énoncées à toute occasion. On sent que le Frère François y tend à parfaire dans chaque Religieux la personne du Frère Mariste.

Ainsi, en décembre 1848, il donne à ses correspondants quelques leçons de simplicité épistolaire : «Je vous re­commande à tous, leur dit-il, de ne pas vous perdre en compliments dans vos lettres, de les faire simples, comme il convient à des Religieux, sans recherche de mots ni de pensées extraordinaires, mais seulement pour nous faire connaître ce qui se passe dans vos établissements et vos dispositions personnelles. »'

Il entend qu'un Frère Mariste soit un Frère Mariste, totalement, mais rien de plus. Sollicité combien de fois de laisser remplir à ses subordonnés une fonction publi­que, il a pris, dès les premières années de son généralat, une position définitive. Il en fait part au Père Colin, à la date du ter janvier 1843 : «Monsieur le Maire de St-Martin et. celui de la commune d'Izieux nous pressent de nous faire porter sur la liste des électeurs municipaux et de viser à faire partie du Conseil Municipal. Ces Messieurs le font par bienveillance et dans de bonnes vues, mais nous y sommes entièrement opposés : nous ne devons en au­cune façon nous immiscer dans les affaires de l'administration civile ou ecclésiastique. »

Il voulait des prières faites sans confusion, ni précipi­tation. Il remarquait : « La retraite la mieux faite n'est pas celle où l'on fait le plus de réflexions, où l'on entend le plus d'instructions, mais celle où l'on prie le plus, où l'on prie le mieux. Si l'on prie mal, la retraite se fait mal, si l'on prie imparfaitement, la retraite se fait im­parfaitement, si l'on prie bien, la retraite se fait bien. » Il ne cessait de revenir sur ce sujet de la prière et le té­moignage qu'elle comporte : « La prière est comme le miroir de la vie, le pouls de l'âme, le baromètre des pas­sions, le thermomètre de la grâce, le câble des vertus, le support de la vocation. Telle prière, telle conduite; tel pouls, telle santé; tel degré, tel temps; telle chaleur, telles grosseur et force du câble, telle sûreté de la vertu; telle solidité du support, telles fermeté et assurance de ce qui repose dessus. »

Il ne méconnaissait pas la violence des passions, A es chiens enragés, disait-il. Ceux qui s'en laissent mordre prennent la rage et cherchent à la communiquer aux autres ». Mais il savait aussi que « l'humble soumission de l'esprit obtient l'assujettissement de la chair ». Il aurait voulu

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